Covid-19 : les campagnes de vaccination reprennent en RDC

16 novembre 2020

Après plus de six mois de suspension liée à la pandémie de la Covid-19, les campagnes de vaccination ont repris en République démocratique du Congo en octobre. 

« En ce moment au Congo, nos priorités concernent la vaccination contre les maladies évitables par la vaccination, qui ont rencontré des épidémies, plus particulièrement la polio», signale le spécialiste en Communication pour le développement (C4D) en appui à la lutte contre la polio au sein de l’UNICEF en RDC, Jacob Serge Akono Amvam.

Ces campagnes de vaccination sont d’autant plus importantes que la dernière épidémie de rougeole ayant frappé le pays a pris fin au mois d’août après avoir causé la mort de 4.189 enfants. Des morts qui auraient pu être évitées par une simple vaccination.

Priorité à la vaccination contre la polio 

« En ce qui concerne la polio nous avons quatre provinces dans lesquelles des épidémies sont déjà déclarées et où nous comptons riposter : Kinshasa, Mai-Ndombe, Tsoppo et l’Equateur », explique l’expert.

Les campagnes de vaccination contre la polio se font en deux volets.  Le premier volet de cette campagne a été mené en trois jours à la mi-octobre, touchant plus de 3.160.118  enfants âgés de 0 à 59 mois, le deuxième à la fin de ce mois.

M. Akono Amvam précise toutefois que la campagne n’a pas pu reprendre dans la province de l’Equateur, qui connait actuellement une épidémie d’Ebola, « au risque d’avoir une forte échelle de contamination ».

« Les campagnes contre la polio se font au porte à porte et les agents vaccinateurs pourraient facilement devenir des vecteurs de maladie à virus Ebola ou en devenir eux-mêmes des victimes », a-t-il expliqué.

Les défis posés par la Covid

En réponse à la pandémie de Covid-19, l’Initiative mondiale pour l’éradication de la polio (GPEI), qui coordonne la lutte contre la polio à travers le monde, a redéfini sa stratégie globale, mettant en « pause » les campagnes de vaccination au printemps 2020.

C’est ainsi que les campagnes de vaccination prévues au mois de mars en RDC ont été suspendues, les acteurs ne disposant pas des moyens pour mener les campagnes « sans aggraver la chaine de contamination de la Covid ».

Manque de matériel de protection et de mobilité, peur et rumeurs

« A ce moment-là, il y avait une conjoncture mondiale en termes de disponibilité du matériel de protection », précise M. Akono Amvam, signalant qu’il n’y avait pas de quantités suffisantes de masques, de matériel désinfectant ou de visières « même pour le personnel de santé ».

Les hôpitaux étaient ouverts, mais les mamans avaient peur se faire contaminer dans les centres de santé

La vaccination routinière aussi a subi des ralentissements du fait que les mouvements étaient restreints pendant la période d'urgence déclarée suite à l’arrivée de la Covid-19.

Les gens avaient peur de se faire contaminer et l’accès aux centres de santé était restreint.

« C’est vrai, les hôpitaux étaient ouverts, mais il y avait un obstacle pour les mamans, à cause de la peur de se faire contaminer dans les centres de santé », explique M. Akono Amvam.

De plus, suite aux déclarations de certains officiels du ministère de la Santé quant à la mise à disposition des Congolais pour conduire des essais d'un éventuel vaccin contre la Covid-19, des rumeurs ont commencé à courir suscitant des suspicions à travers la population.

L’importance de la communication

En mettant en pause les campagnes de vaccination en RDC, les ressources humaines qui étaient déployées sur le terrain ont été réorientées pour appuyer les activités de riposte contre la Covid-19, notamment dans les domaines de la sensibilisation, de l’éducation des communautés et de la distribution de certains équipements de protection.

L’UNICEF et ses partenaires ont œuvré au renforcement de l’engagement communautaire dans tout le pays pour créer l’appropriation de la vaccination et mettre un terme au problème de suspicion. Ils se sont notamment appuyés sur les « cellules d’animation communautaires », des réseaux composés de membres des communautés qui sensibilisent aux bienfaits de la vaccination.

« Lorsque le voisin vient vous parler de quelque chose c’est différent que si c’est quelqu’un du Cameroun ou de l’Angola qui vient vous parler de quelque chose au Congo.  C’est quelqu’un que vous connaissez, avec qui vous avez des relations et vous faites beaucoup d’autres activités, qui vous dit : ‘Si ton enfant souffre de la rougeole combien tu vas dépenser ? Si tu utilises le vaccin contre la rougeole ou contre la polio, tu évites telle ou telle situation qui peut compromettre l’avenir de ton enfant », illustre M. Akono Amvam. 

Cette approche semble avoir fonctionné. Une étude menée par l’UNICEF et ses partenaires indique que la couverture vaccinale n’a pas connu une grande fluctuation par rapport à la même période sur les trois dernières années. 

« Donc la Covid19 a compliqué le travail mais elle n’a pas eu un impact très significatif sur les couvertures vaccinales, si on s’en tient aux comparaisons entre les trois dernières années », affirme l'expert.

La reprise 

En ce moment l'état d'urgence a été levé en RDC, les aéroports sont ouverts et les gens circulent tout en respectant les mesures et gestes barrières édictés par le gouvernement : distanciation sociale, port du masque, test préalable auxx déplacements dans les régions en dehors de la capitale pour éviter la propagation du nouveau coronavirus, etc.

La première campagne contre la polio s'est bien déroulée dans les trois provinces de Kinshasa, Mai-Ndombe, Tsoppo. 

Aux  dernières nouvelles, une commission technique au niveau national a défini les stratégies qui permettront de mener cette riposte dans la province de l’Equateur et elle devrait avoir lieu en décembre 2020, s'est félicité le consultant de l’UNICEF en RDC.

 

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