Coronavirus : « Il est temps de forger une nouvelle ère de coopération », plaide le chef de l’OMS

Un parc de Brooklyn, dans la ville de New York, a tracé des cercles afin de renforcer la distanciation sociale pendant la pandémie COVID-19.
ONU Info/Daniel Dickinson
Un parc de Brooklyn, dans la ville de New York, a tracé des cercles afin de renforcer la distanciation sociale pendant la pandémie COVID-19.

Coronavirus : « Il est temps de forger une nouvelle ère de coopération », plaide le chef de l’OMS

Santé

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a appelé, lundi à Genève, la communauté internationale à retrouver « d’urgence le sens du bien commun ».  

Dans cet esprit, nous félicitons le président (américain) élu Joe Biden et le vice-président élu Kamala Harris et nous nous réjouissons de travailler en étroite collaboration avec leur administration », a déclaré le  chef de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Lors de ce discours d’ouverture de l’Assemblée mondiale de la santé qui se tient virtuellement cette semaine, le Dr Tedros a indiqué qu’il était temps « pour le monde de guérir - des ravages de cette pandémie et des divisions géopolitiques qui ne font que nous entraîner plus loin dans le gouffre d’un avenir plus malsain, plus dangereux et plus incertain ». 

« Il est temps de forger une nouvelle ère de coopération, qui place la santé et le bien-être au centre de notre avenir commun », a-t-il insisté, relevant que « le monde est à la croisée des chemins. ».

Et dans cette nouvelle ère, le monde doit repenser le leadership dont les contours doivent être fondés « sur la confiance et la responsabilité mutuelles ». 

Ces deux attitudes sont indispensables « pour mettre fin à la pandémie et s’attaquer aux inégalités fondamentales qui sont à l’origine de tant de problèmes dans le monde ».  

Mais pour y arriver, la communauté internationale devra choisir. « Nous ne pouvons pas nous permettre d’aggraver les inégalités et espérer une paix et une prospérité durables. Nous devons choisir », a ressassé le Dr. Tedros. 

Pour le chef de l’OMS, ce monde post-Covid ne peut plus se « permettre de considérer la santé comme un simple sous-produit du développement, ou comme une marchandise que seuls les riches peuvent se permettre ». 

« Aujourd’hui et chaque jour, nous devons choisir la santé. Nous sommes une grande famille. La règle du jeu est la coopération, la solidarité, la compassion, la paix », a-t-il réitéré.

Le Dr Tedros salue les efforts visant à renforcer l’OMS

Cette assemblée générale, qui doit se tenir jusqu’au 14 novembre, est le deuxième volet de l'assemblée de deux jours tenue en mai dernier, portant sur la pandémie.  Ce nouveau rendez-vous sera l’occasion pour les Etats membres de se pencher sur la réforme de l’OMS visant à rendre l’organisation plus rapide et efficace face aux défis actuels, dont les pandémies.

Le chef de l’agence onusienne a d’ailleurs salué les efforts déployés pour renforcer l’organisme basé à Genève par le biais d’une réforme.

« Ces derniers mois, des appels ont été lancés pour que l’OMS soit réformée. Nous saluons tous les efforts visant à renforcer cette organisation - non pas pour son propre bien, mais pour le bien des personnes que nous servons », a-t-il fait valoir. 

Le chef de l’OMS a appelé à accélérer la réforme, demandant aux pays d’œuvrer en ce sens en renforçant leurs capacités sanitaires nationales.

« Soyez assurés que nous voulons aussi le changement, c’est pourquoi depuis trois ans et demi, avec vous, nos États membres, nous avons conçu et mis en œuvre la transformation la plus profonde de l’histoire de l’OMS. C’est une organisation qui a changé et qui change encore », a dit le Dr Tedros.

Le Dr Tedros est toutefois d’avis que « toute discussion sur l’amélioration de l’OMS ne peut se concentrer uniquement sur le Secrétariat ». Elle doit porter « sur l’ensemble du tissu de l’organisation, à commencer par le renforcement des capacités nationales et l’amélioration de la coopération internationale », a-t-il dit aux 194 pays membres de l’Agence onusienne. 

En attendant, l’agence onusienne a préparé une mise à jour détaillée de sa « transformation » dont une nouvelle stratégie portant sur l’impact et « une nouvelle culture axée sur les résultats ». 

S’agissant du volet financement, le chef de l’OMS prône plus de souplesse pour mettre fin à un « désalignement majeur » entre les attentes et les ressources disponibles. A ce sujet, il a cité les efforts de réforme de la France, de l’Allemagne et de l’Union européenne.

« Nous pourrions être fatigués de la Covid-19. Mais elle n’est pas fatiguée de nous »

Dans ce combat pour un financement prévisible et durable, l’OMS a rappelé les déséquilibres notés au cours de la dernière décennie.« Nous pourrions être fatigués de la Covid-19. Mais elle n’est pas fatiguée de nous »

« Les attentes du monde à l’égard de l’OMS ont augmenté de façon spectaculaire, mais notre budget a, à peine, changé. Et ces attentes ne feront que s’accroître à la suite de la pandémie », a détaillé le Dr Tedros, rappelant que le budget annuel de l’OMS est « équivalent à ce que le monde dépense chaque jour pour les produits du tabac ». 

Le budget annuel de l’OMS équivaut à ce que le monde dépense chaque jour pour les produits du tabac.

« Si le monde peut envoyer autant d’argent en fumée chaque jour pour des produits qui tuent, il peut certainement trouver les fonds - et la volonté politique - pour investir dans la promotion et la protection de la santé des populations du monde ».

Par ailleurs, le chef de l’agence sanitaire de l’ONU a souligné que le coronavirus « ne sera pas la dernière crise sanitaire mondiale ».

« Lorsque la prochaine arrivera, les titres des journaux seront-ils les mêmes ? Dira-t-on qu’après la pandémie de Covid-19, le monde s’est tordu les mains, a rédigé des rapports et n’a rien changé ?  Ou diront-ils que la Covid-19 a été un tournant pour la sécurité sanitaire mondiale, et pour la santé mondiale ? », a-t-il interrogé, insistant sur l’occasion, pour le monde, « d’écrire cette histoire maintenant ».

En attendant, le Directeur général de l’OMS a appelé la communauté internationale à « ne pas fermer les yeux » face à la pandémie de Covid-19.

« Nous pourrions être fatigués de la Covid-19. Mais elle n’est pas fatiguée de nous », a soutenu le chef de l’OMS. « Oui, le coronavirus s’attaque aux personnes en plus mauvaise santé. Mais il s’attaque aussi à d’autres faiblesses: l’inégalité, la division, le déni, les vœux pieux et l’ignorance délibérée ».

« Nous ne pouvons pas négocier avec la Covid-19, ni fermer les yeux et espérer qu’il disparaisse », a-t-il ajouté.

Le Dr Tedros a également estimé que le virus ne se soucie pas « de la rhétorique politique ou des théories de conspiration ».

« Notre seul espoir est la science, les solutions et la solidarité. C’est ce que l’OMS fait depuis le début « , a-t-il assuré.

En quarantaine pour avoir été en contact avec une personne testée positive, le Dr Tedros a ensuite appelé l’assemblée générale annuelle de l’OMS à observer une minute de silence, notant que les cas de Covid-19 approchaient les 50 millions avec 1,2 million de morts.

« Cette pandémie a également fait des ravages que personne ne peut mesurer...Nous ne pouvons pas mesurer le chagrin des familles qui n’ont pas pu dire au revoir à leurs proches.  Nous ne pouvons pas mesurer la peur ressentie par tant de personnes face à un avenir incertain », a conclu le Dr Tedros, s’interrogeant sur « le type de monde dont nos enfants et petits-enfants hériteront » après la pandémie de Covid-19.