Covid-19 : des experts indépendants de l’ONU dénoncent le nationalisme vaccinal

9 novembre 2020

« Personne n’est en sécurité tant que nous ne sommes pas tous en sécurité dans un monde interconnecté et interdépendant », ont mis en garde, lundi, des experts indépendants de l’ONU. Ils ont également dénoncé « la thésaurisation du (futur) vaccin anti Covid-19 ».

Dans une déclaration commune sur l’accès universel aux vaccins, cette dizaine d’experts indépendants onusiens ont indiqué qu’il n’y avait « pas de place pour le nationalisme dans la lutte contre cette pandémie ». D’autant que « les virus ne respectent pas les frontières».

Une façon pour ces experts des droits de l’homme des Nations Unies de « critiquer » ces pays qui tentent de « monopoliser tout futur vaccin » contre le coronavirus. Ils affirment que la seule façon de lutter contre la pandémie est de mettre des vaccins abordables à la disposition de tous dans le monde.

« Les pays qui concluent des accords pour obtenir des vaccins pour leur propre population au lieu de s’engager dans un effort mondial coordonné pour les partager au-delà des frontières n’atteindront pas le but recherché », ont-ils averti.

Pour eux, cette pandémie, à l’échelle mondiale et au coût humain énorme, dont la fin n’est pas clairement en vue, exige « une réponse concertée ». Et une telle réponse doit être fondée sur les droits de l’homme et « courageuse de la part de tous les États ».

« Malheureusement, certains gouvernements essaient de n’obtenir des vaccins que pour leurs propres citoyens », ont estimé les experts, ajoutant que cela s’avérerait contre-productif car le succès de la lutte contre la pandémie dépend d’une immunisation de masse.

A cet égard, ils ont appelé les pays à soutenir le dispositif COVAX pour un accès mondial équitable aux vaccins mené par l’Alliance pour les Vaccins (GAVI), la Coalition pour les Innovations en matière de Préparation aux Epidémies (CEPI) et l’Organisation mondiale de la Santé.

« En vertu du droit international des droits de l’homme, l’accès à tout vaccin et traitement Covid-19 doit être mis à la disposition de tous ceux qui en ont besoin, dans les pays et entre eux, en particulier ceux qui sont en situation de vulnérabilité ou qui vivent dans la pauvreté », ont fait valoir les experts.

Ne pas faire « passer les profits avant le droit des gens à la vie et à la santé »

Ils ont également appelé à une coopération et à une assistance internationales entre les pays développés et les pays en développement afin d’assurer un large partage des technologies et du savoir-faire en matière de santé concernant les vaccins et le traitement du coronavirus.

En outre, les experts ont déclaré que les entreprises pharmaceutiques ont la responsabilité de respecter les droits de l’homme. Elles ne devraient pas faire « passer les profits avant le droit des gens à la vie et à la santé ».

« L’industrie pharmaceutique devrait accepter des restrictions sur la protection par brevet des vaccins qu’elles développent », ont-ils fait remarquer.

L’industrie pharmaceutique devrait accepter des restrictions sur la protection par brevet des vaccins qu’elles développent - Experts des droits de l'homme

A ce sujet, ils se sont félicités de la pétition adressée à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) par l’Inde et l’Afrique du Sud, en vue de déroger à certaines dispositions des droits de propriété intellectuelle touchant au commerce (ADPIC). L’objectif est « d’améliorer la prévention, le confinement et le traitement de la Covid-19 ».

Plus largement, les experts souhaitent maintenant que le monde met de côté « les initiatives individuelles mal placées visant à monopoliser les vaccins et les fournitures, et travailler ensemble pour la vaincre ».

A noter que l’évaluation des experts contient des orientations et des recommandations pour aider les pays à prévenir et à endiguer la Covid-19.

Outre les quatre membres du Groupe de travail sur les droits de l’homme des sociétés transnationales, la déclaration a été endossée par différents experts. Il s’agit notamment de Tlaleng Mofokeng, Rapporteur spécial sur le droit à la santé; Olivier de Schutter, Rapporteur spécial sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme; Obiora C. Okafor, Expert indépendant sur les droits de l’homme et la solidarité internationale; et Saad Alfarargi, Rapporteur spécial sur le droit au développement.

NOTE

Les Rapporteurs spéciaux font partie de ce que l'on appelle les procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Les procédures spéciales, le plus grand organe d’experts indépendants du système des droits de l’homme des Nations Unies, est le nom général des mécanismes indépendants d’enquête et de suivi du Conseil qui traitent soit des situations nationales spécifiques, soit des questions thématiques dans toutes les régions du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent sur une base volontaire; ils ne font pas partie du personnel des Nations Unies et ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et servent à titre individuel

 

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