Un enfant sur trois est victime de violence ou de harcèlement en milieu scolaire, alerte l’UNESCO 

5 novembre 2020

Les enfants sont confrontés à la violence et au harcèlement à l'école partout dans le monde, un élève sur trois étant victime d'attaques au moins une fois par mois et un sur dix, d'une cyberintimidation, a déclaré l'ONU jeudi, à l’occasion de la première Journée contre le harcèlement et les violences en milieu scolaire.

« Protéger nos écoles de toutes les formes de violence est en effet un enjeu majeur et malheureusement bien actuel, ainsi que nous l’ont rappelé les récentes attaques qui ont eu lieu en milieu scolaire en Afghanistan, au Burkina Faso, au Cameroun, au Pakistan ou en France avec l’assassinat du professeur Samuel Paty », a déclaré la Directrice générale de l'UNESCO dans son message pour la Journée.

Pour Audrey Azoulay, protéger les écoles de « toutes les formes de violence » veut aussi dire lutter contre le harcèlement « qui inflige des souffrances physiques et morales à des millions d’enfants tout autour du monde ».

Négligé, minimisé ou ignoré

« Il faut le redire avec force :  le harcèlement, bien qu'il ait été un phénomène parfois négligé, minimisé, ou ignoré, constitue un véritable fléau », a poursuivi Mme Azoulay.

Elle a évoqué les diverses études qui signalent que les conséquences du harcèlement affectent tout d’abord la réussite éducative des élèves, les victimes étant deux fois plus susceptibles de manquer des cours.

Les enfants qui sont fréquemment harcelés ont presque trois fois plus de risques de se sentir ostracisés dans leurs écoles que ceux qui ne le sont pas, ils ont de moins bons résultats scolaires que leurs camarades et sont également plus susceptibles d’abandonner leur éducation formelle dès la fin de leurs études secondaires, signale l’UNESCO.

« Au-delà de ces conséquences éducatives, le harcèlement affecte aussi le bien-être et la santé des élèves. Les jeunes qui en sont victimes ont deux fois plus de chances de se sentir seuls, de ne plus pouvoir trouver le sommeil la nuit – voire d’avoir des pensées suicidaires », a déploré la cheffe de l’UNESCO.

Les actes de violence et de harcèlement en milieu scolaire sont principalement commis par des camarades, mais dans certains cas, par des enseignants et d’autres membres du personnel scolaire. Dans 67 pays, les punitions corporelles sont toujours autorisées dans les écoles, signale l’UNESCO.

L’agence onusienne défini le harcèlement comme un comportement agressif qui implique des actions négatives non désirées, répétées dans le temps, et un déséquilibre de pouvoir ou de force entre les auteurs et les victimes.

La cyberharcèlement à la hausse

L’UNESCO a également souligné que la cyberintimidation est à la hausse et attribue ce phénomène à la pandémie de Covid-19, car plus d'étudiants que jamais « vivent, apprennent et se rencontrent en ligne ». 

Cela a conduit à une « augmentation sans précédent du temps passé devant l'écran et à la fusion des mondes en ligne et hors ligne », accroissant la vulnérabilité des jeunes à l'intimidation et à la cyberintimidation.

Le harcèlement physique est la forme la plus fréquente dans la plupart des régions du monde - à l'exception de l'Amérique du Nord et de l'Europe, où le harcèlement psychologique est plus courant.

Le harcèlement sexuel- y compris les blagues, commentaires ou gestes hostiles à caractère sexuel - constituent la deuxième forme de harcèlement scolaire la plus courante dans de nombreuses régions.

Bien que la violence et le harcèlement à l'école touchent les élèves des deux sexes, le harcèlement physique est plus fréquent chez les garçons.

L'apparence physique d'une personne est la cause la plus fréquente du harcèlement, selon les élèves, suivie de sa race, de sa nationalité ou de la couleur de sa peau.

Les violences psychologiques, dont les formes les plus typiques sont « l'isolement, le rejet, l'ignorance, les insultes, la diffusion de rumeurs, l'invention de mensonges, les injures, le ridicule, l'humiliation et les menaces », sont plus fréquentes chez les filles, poursuit l'UNESCO.

Pas un rite de passage

La cheffe de l’UNESCO a rejeté la croyance largement répandue selon laquelle le harcèlement est un « rite de passage » inévitable, insistant sur le fait que des dizaines de pays avaient fait de grands progrès dans la lutte contre ce problème.

« Trop de gens pensent que le harcèlement en milieu scolaire, y compris le cyberharcèlement est un rite de passage normal et inoffensif à l’âge adulte et que l’on ne peut faire grand-chose pour l’arrêter », a précisé Mme Azoulay. 

La volonté politique de changement est essentielle, a-t-elle noté, tout comme la promotion d'un environnement scolaire bienveillant, la formation des enseignants et les mécanismes de signalement des harcèlements et de soutien aux élèves concernés.

« Que l'on soit élève, parent d’élève, membre de la communauté éducative, ou simple citoyen – vaincre la violence et le harcèlement à l’école est notre affaire à toutes et tous », a lancé Mme Azoulay.

Des propos illustrés par Emilie Bierre lors de la Conférence internationale en ligne sur la lutte contre le harcèlement entre élèves organisée par l’UNESCO, jeudi. 

Cette montréalaise âgée de 16 ans a témoigné de son vécu ayant été elle-même victime de harcèlement dès l’âge de 7 ans.

« Aujourd'hui, ce que je veux faire c'est utiliser ma voix pour porter celle de tous ceux qui sont victimes de cette situation-là et qui souffrent en silence », a déclaré la porte-parole de la Fondation Jasmin Roy du Québec.

« Personne ne devrait remettre en question sa propre valeur, personne ne devrait avoir peur d’être soi-même. Ce n'est pas normal qu'un problème comme le harcèlement scolaire devienne un espèce de rite de passage pour autant de gens dans le monde », a dit Emilie Bierre.

Elle a appelé à se mobiliser « dès aujourd’hui » pour faire de la prévention, promouvoir le respect ainsi que la bienveillance et offrir davantage d'outils dès la petite enfance pour « instaurer des bonnes habitudes de vie auprès des jeunes et les épargner de cette souffrance ».

 

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