Devant le Conseil de sécurité, António Guterres réaffirme le rôle crucial des femmes dirigeantes pour la paix et le progrès

29 octobre 2020

Les femmes continuent d'être sous-représentées dans les prises de décision clés concernant la lutte contre la Covid-19, a déclaré jeudi la cheffe de l’agence des Nations Unies pour l'égalité des sexes, devant le Conseil de sécurité, ajoutant que la situation est encore « pire pour les femmes dans les zones de conflit ».

« Dans les zones de guerre et partout dans le monde », les gens « demandent l'inclusion et la représentation, ce qui est l'une des principales raisons pour lesquelles tant de gens ordinaires descendent dans la rue, organisent des manifestations et élèvent la voix », a souligné la Directrice exécutive d'ONU Femmes, Phumzile Mlambo-Ngcuka, devant les 15 membres de l’organe onusien.

Auparavant, le Secrétaire général, António Guterres, avait réitéré son appel à un cessez-le-feu mondial, soulignant que la pandémie de Covid-19 est « la plus grande épreuve » à laquelle la communauté internationale ait été confrontée depuis la Seconde Guerre mondiale.

« J'ai lancé un appel à un cessez-le-feu mondial immédiat afin que nous puissions nous concentrer sur notre ennemi commun : le virus de la Covid-19 », a-t-il déclaré.

Il a rappelé que la résolution 1325, adoptée il y a 20 ans, est une référence en matière de soutien au cessez-le-feu mondial et que le Conseil a établi « un lien fort et précieux » avec le programme « Femmes, paix et sécurité ».

La Covid-19 et la résolution 1325

Citant la résolution 1325, M. Guterres a fait remarquer que la Covid-19 a un impact négatif disproportionné sur les femmes et les filles, les laissant victimes d'une violence sexiste croissante tout en détournant les ressources de leurs soins de santé, y compris les services sexuels et reproductifs, et en menaçant d'avoir des répercussions à long terme sur l'emploi des femmes et l'éducation des filles.

« Cela contribuera à la marginalisation continue des femmes dans la prise de décision politique et les processus de paix, ce qui nuit à tout le monde », a-t-il soutenu.

En outre, les femmes sont en première ligne pour faire face à la pandémie, en assurant le fonctionnement des communautés, des économies et des sociétés grâce à leur travail crucial de soignantes, d'infirmières, d'enseignantes et d'agricultrices, entre autres services vitaux. Et elles sont des bâtisseuses de paix au niveau local et dans les communautés du monde entier.

Nous devons reconnaître les femmes qui s'engagent chaque jour – António Guterres

« Nous devons également reconnaître les femmes qui, chaque jour, se mobilisent dans les zones de conflit pour aider les personnes en danger, en faisant la médiation entre les groupes pour permettre l'accès des civils et de l'aide humanitaire, en établissant la confiance et en renforçant les liens sociaux », a poursuivi M. Guterres.

Notant que la résolution appelle les femmes à occuper des postes de direction et de décision, le chef de l'ONU a fait remarquer leurs succès « remarquables » dans la maîtrise de la pandémie tout en soutenant les moyens de subsistance.

Inclure la moitié de la société

« Cela confirme une vérité évidente : les institutions, les organisations, les entreprises, et oui, les gouvernements fonctionnent mieux lorsqu'ils incluent la moitié de la société, plutôt que de l'ignorer », a-t-il souligné, en disant que les femmes sont « essentielles à la paix et au progrès pour tous ».

En plus de renverser la crise climatique, de réduire les divisions sociales et d'instaurer une paix durable, « le leadership des femmes dans tous les domaines sera essentiel pour trouver la voie la plus rapide et la plus sûre pour traverser cette pandémie, et pour construire un avenir plus pacifique et plus stable », a ajouté le Secrétaire général.

Au cours des deux dernières décennies depuis que la résolution a été adoptée, les femmes ont fait d'importants progrès en matière d'inclusion, mais pas d'égalité des sexes.

Le chef de l'ONU a brossé un tableau des structures de pouvoir dominées par les hommes : les femmes ne dirigent que 7% des pays du monde ; ce sont surtout les hommes qui prennent les décisions concernant la paix et la sécurité internationales ; et si les femmes sont représentées dans les équipes de médiation de l'ONU, « elles restent largement exclues des délégations aux pourparlers et négociations de paix ».

La participation significative des femmes à la médiation « élargit les perspectives de paix, de stabilité, de cohésion sociale et de progrès économique », a déclaré le Secrétaire général, en préconisant des solutions innovantes, « rapides et décisives » pour les inclure dans les processus de paix.

« Les femmes doivent être incluses en priorité dès le début », a-t-il déclaré, exhortant tous les États à utiliser leur « influence politique, leur financement et leur soutien pour encourager et créer les conditions d'une représentation et d'une participation égales des femmes aux pourparlers de paix ».

MINUAD/Albert González Farran
Dans le nord du Darfour, des femmes participent à une discussion sur la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies sur les femmes, la paix et la sécurité organisée par la MINUAD (photo d'archives)

L'ONU en action

Le chef de l'ONU a décrit son travail pour mettre fin à la discrimination contre les femmes au sein de l'Organisation et a affirmé l'importance de la « pleine participation des femmes pour le personnel en uniforme ».

Il a félicité le Conseil d'avoir adopté cette année la première résolution axée sur les femmes dans le maintien de la paix, notant que bien que les chiffres soient encore trop faibles, ils continuent d'augmenter de manière significative, ce qui est une tendance importante car les femmes apportent leurs propres perspectives et compétences à chaque question, y compris la paix et la sécurité.

Le programme « Femmes, paix et sécurité » remet en question l'accent mis sans relâche sur les conflits interétatiques au détriment des mesures de protection des femmes, grâce à 20 ans de recherche et de pratique démontrant les liens étroits entre l'égalité des sexes, la prévention des conflits et la paix.

« Pour les gouvernements et les institutions internationales du monde entier, l'égalité des sexes est l'un des moyens les plus sûrs de renforcer la cohésion sociale et la confiance, et d'inciter les gens à être des citoyens responsables et participants », a-t-il souligné.

« Commençons ce travail ensemble, dès aujourd'hui », a-t-il ajouté.

Les femmes s'engagent, s'expriment

Ajoutant sa voix, l'Ambassadrice de bonne volonté d'ONU Femmes, Danai Gurira, qui est aussi une actrice et une dramaturge reconnue, a déclaré que lorsque les femmes font leur marque « en dépit de chances impossibles », ce n'est pas parce qu'on leur a donné « l'espace et l'opportunité, mais parce qu'elles ont protesté contre leur exclusion et ont persisté ».

Lors de son exposé, Zarqa Yaftali, militante afghane et directrice exécutive de la Fondation pour la recherche juridique sur les femmes et les enfants, a déclaré que « la paix ne peut pas venir au détriment des droits des femmes ».

« Tout ce que nous avons réalisé est en jeu dans les négociations actuelles entre les Taliban et le gouvernement afghan », a-t-elle affirmé.

 

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