Covid-19 : une histoire sans précédent pour les journalistes

28 octobre 2020

La pandémie de Covid-19 est une actualité sans précédent pour les journalistes qui doivent la couvrir. Le flux d’informations constant, la question de la désinformation, sans oublier les défis personnels d’une pandémie qui nous touche tous, rend unique l’expérience des journalistes.

« D’un point de vue journalistique, c’est probablement l’un des plus grands événements que je couvrirai », raconte Kysia Hekster, journaliste de télévision pour la NOS, une chaîne de service public aux Pays-Bas, dans un entretien avec le Centre régional d'information des Nations Unies pour l'Europe occidentale.

Tandis que des milliers d’employés ont adopté le télétravail pendant la pandémie, la plupart n’ont d’autres choix que de sortir pour faire leur travail.

« Depuis le confinement, je ne me suis jamais arrêtée », explique Leslie Rijmenams, animatrice à la radio francophone belge Nostalgie. « Le travail du journaliste est bien sûr d’être là pour couvrir ce qui domine l’actualité, et pour ce faire, il faut être à son poste ».

C’est également le cas pour Yves Herman, photographe en chef du Benelux pour l’agence de presse Reuters. Pendant plusieurs mois, il a couvert la pandémie presque quotidiennement dans les hôpitaux, les maisons de retraite, les services de pompes funèbres et dans les morgues, le tout affublé d’un équipement de protection complet.

« J’ai estimé que malgré les risques, c’était un sujet qu’il était vraiment important de couvrir. C’est l’une des seules histoires dans le monde, à ma connaissance, à part peut-être la Seconde Guerre mondiale, qui concerne absolument tout le monde », raconte-t-il.

@unsplash
Depuis le début de la pandémie de Covid-19, les journalistes ne se sont pas arrêtés

Infodémie et agressions

Au-delà du défi intense que représente la couverture de la pandémie, les journalistes sont aussi confrontés à une « infodémie », d’après l’Organisation mondiale de la santé. En effet, la désinformation, les intox et les fausses rumeurs se propagent rapidement lors d’une crise sanitaire.

« On peut trouver tout et n’importe quoi sur internet. Les gens partagent des choses sur les réseaux sociaux sans même les avoir lues », dit Cordula Schnuer, journaliste chez Delano, une revue anglophone au Luxembourg. « Il est essentiel de trouver une source fiable ou des médias auxquels vous pouvez faire confiance ».

Pour certains médias, la pandémie a même engendré une augmentation des comportements violents ou agressifs à l’encontre de leurs équipes sur le terrain. La NOS s’est vue contrainte d’enlever son logo de ses camions satellites car ils étaient régulièrement victimes de violences de la part d’un groupe de personnes qui croit que le virus est un canular, et que la NOS diffuse des « fake news ».

« Cela menace la liberté des médias, la liberté du journalisme indépendant et de ce fait la démocratie. Ce n’est pas acceptable », déclare Kysia Hekster.

@unsplash/Frosina Polazarevska
La Covid-19 affecte tout le monde

Moments d’espoir

A l’heure où le grand public est à la recherche d‘informations sur le virus, des médias tels que la NOS ont pu observer une forte augmentation de leurs audiences.

Néanmoins, il existe un risque que le public se retrouve victime de surcharge informationnelle.

« J’ai entendu des gens autour de moi qui ne regardent plus les actualités car ils se sentent totalement désemparés », témoigne Kysia Hekster.

Dans un tel climat, les histoires qui apportent de potentielles solutions ou un peu d’optimisme nous offrent une lueur d’espoir qui fait du bien au moral.

Ainsi Yves Herman a photographié la tentative d’un ancien médecin de 103 ans de parcourir la distance d’un marathon dans son jardin pour récolter des fonds. Il cite aussi l’exemple d’une résidence pour personnes âgées qui a construit un « mur des câlins ». Grâce à un film en plastique tendu entre les familles, de nombreux proches ont enfin pu être réunis après de longs mois de séparation.

« C’était extraordinaire », s’émerveille encore Yves Herman. « J’ai vu des gens qui étaient émus aux larmes. C’était le seul moyen d’avoir un contact physique avec une personne importante pour eux ».

@unsplash/vinicus-amnx-amano
Un photographe durant la pandémie de Covid-19.

Journalisme constructif

La priorité des journalistes est de partager l’information telle qu’elle leur parvient. Mais ils ont aussi la possibilité d’être constructifs dans la remise en contexte, les solutions éventuelles et les perspectives.

« Bien qu’une actualité soit anxiogène, nous avons le pouvoir de rajouter une couche, ou de rester modéré », explique l’animatrice Leslie Rijmenams, qui est aussi co-fondatrice de New6s, une association belge qui sensibilise les professionnels des médias au journalisme constructif.

Selon elle, les risques de la pandémie ne doivent pas être sous-estimés, mais le journalisme constructif pourrait offrir une voie alternative pour rendre la situation plus tolérable.

« C’est plus en suscitant l’adhésion du public, en faisant naître un espoir, et en lui faisant comprendre qu’il fait partie de la solution que nous réussirons ensemble à lutter contre la pandémie », explique-t-elle.

 

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