Tensions dans le Golfe persique : « Toute erreur de calcul pourrait rapidement dégénérer », prévient l'ONU

20 octobre 2020

Le chef de l’ONU a mis en garde, mardi, contre le regain de tensions et le manque de confiance dans la région du Golfe persique, et exprimé sa préoccupation sur la régionalisation du conflit yéménite.

« Des défis complexes et multiformes », C’est ainsi que le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a qualifié la situation dans la région du Golfe persique lors d’une réunion du Conseil de sécurité présidée par le Ministre des affaires étrangères russe, Serguei Lavrov.

« Le Yémen est l’exemple le plus flagrant de la nécessité de réaliser un cessez-le-feu maintenant », a déclaré M. Guterres au sujet de ce « conflit local qui s’est régionalisé avec le temps ».

Devant les membres du Conseil, le Secrétaire général s’est félicité de la libération et de l'échange de plus de 1.000 prisonniers la semaine dernière. Mais « la situation sécuritaire demeure fragile », a t-il dit, appelant les parties à ce conflit de six ans à finaliser une déclaration conjointe.

« Nous avons besoin d'un cessez-le-feu immédiat et d'un retour à la table des négociations pour trouver un règlement politique mettant fin à la guerre », a dit M. Guterres, rappelant les termes de la déclaration conjointe. « Rien de moins ne suffira ».

Pour les Nations Unies, il ne fait aucun doute que les tensions dans la région ont compliqué nos efforts pour trouver un règlement pacifique au Yémen qui est aussi la plus grande crise humanitaire au monde. « Pourtant, nous savons que le règlement rapide du conflit au Yémen peut contribuer à instaurer la confiance dans toute la région », a souligné le Secrétaire général.

Tensions vives dans la région du golfe persique

Pour le chef de l’ONU, le conflit yéménite rappelle à la communauté internationale que si cette dernière ne s’attaque pas aux défis régionaux urgents et immédiats, l'instabilité pourrait se propager de plus en plus.

« En regardant la région du golfe persique dans son ensemble, il est clair que les tensions sont vives. La confiance est faible », a-t-il dit.

« Certains pays peuvent avoir le sentiment que d’autres s’ingèrent dans leurs propres affaires ou dans celles de leurs voisins. Certains peuvent croire que leur rôle régional n'est pas reconnu », a-t-il ajouté.

Depuis mai 2019, un certain nombre d'incidents de sécurité ont porté les tensions à de nouveaux niveaux, exacerbant les craintes d'un conflit plus large. « Ce sont un rappel brutal que toute erreur de calcul pourrait rapidement dégénérer », a prévenu M. Guterres qui a réitéré son appel à toutes les parties concernées à faire preuve de la plus grande retenue et à s’abstenir de tout acte qui pourrait avoir des effets déstabilisants.

« La situation régionale souligne la nécessité urgente de travailler collectivement pour réduire les tensions et prévenir les conflits », a insisté le Secrétaire général.

Un processus pour la région similaire à celui d’Helsinki ?

Une des pistes suggérées par le chef de l’ONU pour consolider la sécurité dans la région du Golfe persique est de s’inspirer du processus d’Helsinki démarré en 1973 par les Etats-Unis, l’Union soviétique, le Canada et les pays européens et qui ont abouti à la création de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

« L'expérience de la guerre froide montre que, indépendamment des affrontements et des divisions profondes de l'époque, il était possible de lancer le processus d'Helsinki », a dit M. Guterres, ajoutant que plusieurs pays ont fait des suggestions - comme lui - à cet égard en ce qui concerne la situation dans la région du golfe Persique.

« Il n'a pas encore été possible de parvenir à un consensus de tous les acteurs clés qui doivent être impliqués. Mais, en me souvenant d’Helsinki, j’espère qu’il sera possible d’établir une plate-forme similaire, en commençant par un certain nombre de mesures de confiance », a déclaré le Secrétaire général. Des mesures qui, selon lui, peuvent inclure, par exemple, des moyens de combattre la Covid-19, de promouvoir la reprise économique, d'assurer une navigation maritime sans entrave et de faciliter les pèlerinages religieux.

Sur le plus long terme, M. Guterres souligne l’utilité d’établir une « nouvelle architecture de sécurité régionale » pour répondre aux préoccupations légitimes de toutes les parties en matière de sécurité. A cet égard, il a noté que la question de la non-prolifération nucléaire est cruciale. « Depuis le début, j'ai toujours considéré le Plan d'action global commun (JCPOA - accord sur le nucléaire iranien) - comme un instrument important contre la prolifération nucléaire et pour la sécurité régionale », a-t-il déclaré.

 

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