Face aux bouchons et retards, la CEE-ONU lance un manuel sur la mobilité urbaine durable

16 octobre 2020

Le préjudice économique annuel lié aux retards dans le transport de passagers et de marchandises dus aux embouteillages en Europe est estimé à environ 100 milliards d’euros, soit plus de 1 % du PIB de l’Union européenne (UE), a affirmé, vendredi, la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe (CEE-ONU), en lançant un manuel sur la mobilité urbaine durable et l’aménagement du territoire.

Si la situation varie entre les villes et à travers la région, de nombreuses populations urbaines dépendent actuellement des voitures ou d’autres véhicules motorisés. Mais selon la CEE-ONU, cela a aussi un coût important en termes de pollution atmosphérique, sonore et de changement climatique. « Le secteur des transports est responsable d’un quart des émissions de gaz à effet de serre dans l’UE », a déclaré Jean Rodriguez, porte-parole de la CEE-ONU au cours d’un point de presse à Genève. 

Des données de 2017 sur la sécurité routière montrent que 42 % des 105.000 décès enregistrés annuellement sur les routes de la région de la CEE-ONU se produisent dans les agglomérations.

Selon l’Agence onusienne basée à Genève, la mobilité est une question cruciale pour les 3,5 milliards de personnes vivant dans les villes du monde entier. Elle est particulièrement déterminante dans la région très urbanisée de la CEE-ONU. Les zones urbaines concentrent plus de 75 % de la population en Europe, 80 % en Amérique du Nord et près de 50 % en Asie centrale.

Alors que les villes redoublent d’efforts pour rendre la mobilité post-pandémie plus durable et plus efficace, la CEE-ONU publie donc un nouveau manuel pour guider les approches politiques globales de la mobilité et de l’aménagement du territoire. Une façon pour l’Agence onusienne d’attirer l’attention sur les avantages de systèmes de transport urbain plus écologiques, notamment pour la santé, le climat et la prospérité des villes. 

« Et cela peut permettre une reprise durable après la crise de la Covid-19 », a insisté M. Rodriguez, relevant que « la pandémie a profondément impacté la mobilité urbaine et soulevé des questions sur le futur du développement urbain ».

Les leçons de mobilité de Bâle, Almaty, Copenhague et Moscou

Sous l’égide de la CEE-ONU et du Bureau de l’OMS pour l’Europe, ce document a été élaboré dans le cadre du Programme paneuropéen sur les transports, la santé et l’environnement (THE PEP). Il a présenté des études de cas sur l’avenir de la mobilité urbaine durable, l’aménagement du territoire, la planification des transports publics et le potentiel des systèmes de transport intelligents dans un contexte urbain.

A ce sujet, la CEE-ONU revient sur l’approche adoptée à Almaty. La capitale du Kazakhstan a créé un corridor de bus et de trolleybus à grande vitesse. Celui-ci dessert désormais 26 lignes transportant 140.000 passagers par jour, réduisant ainsi de 20 % les temps de parcours des bus. En 2018, plus de 100 km de voies réservées aux transports publics et plus de 80 km de pistes cyclables ont été mis en service, sans oublier un système de location de vélos. La ville progresse vers l’élimination de la circulation des voitures particulières en vue de réduire les émissions des véhicules à moteur.

A Copenhague (Danemark, plus de 28 pistes cyclables, allant de la banlieue au centre-ville, sont physiquement séparées de la chaussée. La région de la capitale compte aujourd’hui plus de mille kilomètres de pistes seulement dédiées au cyclisme et plusieurs centaines de kilomètres de voies cyclables.  Selon l’Agence onusienne, le coût d’un kilomètre de piste cyclable est récupéré au bout de cinq ans. Le trafic routier sur ces segments de route est réduit de 10 %, et le trafic cycliste augmente de 20 %. Environ 41 % des citoyens se rendent au travail ou à l’école à vélo, ce qui génère des économies d’environ 235 millions d’euros par an.

Vers une planification systématique de la mobilité urbaine durable

Du côté de la Russie, la ville de Moscou a misé depuis 2015 sur le covoiturage, précédé par le système de partage de vélos en ville (2013) et suivi par les scooters électriques (2018). Aujourd’hui, le parc automobile de Moscou comprend 11.000 voitures, le réseau de vélos en libre-service compte 4.300 vélos et près de 3.000 scooters électriques. Actuellement, il y a plus de 30.000 voyages en voiture partagée et plus de 27.000 voyages à vélo par jour à Moscou. Ces mesures contribuent à harmoniser les flux de trafic et à accélérer la réponse aux situations d’urgence.

En Suisse, le plan de mobilité urbaine durable de la ville de Bâle a permis de réduire le trafic automobile malgré la croissance de la population. Cette dynamique passe par les transports publics, une augmentation significative du nombre de cyclistes, et l’amélioration notable de la sécurité routière et de la qualité de l’air.

Et la CEE-ONU souhaiterait désormais que ces bonnes pratiques soient inscrites dans le monde post-coronavirus. Une urgence d’autant que la mobilité urbaine est à la croisée des chemins. En effet, l’ONU redoute que le confinement et l’état d’urgence changent une dynamique déjà en place, avec le retour du « tout automobile ».

Dans ces conditions, le manuel propose une planification systématique de la mobilité urbaine durable, sous le triple principes : « éviter-déplacer-améliorer ». Il s’agit de développer des zones urbaines compactes, denses et axées sur les transports publics. Il y a aussi le passage à des modes de transport plus propres et plus sains. Il y a enfin l’adaptation de nouvelles technologies dans les zones urbaines, qui soutiennent l’amélioration du système de transport urbain.

Mais pour parvenir à un transport plus durable, la CEE-ONU préconise le remplacement des flottes d’autobus polluantes, la promotion de l’électromobilité, le développement de tramways modernes et l’élaboration de politiques d’aménagement du territoire appropriées. Et dans le cadre d’une mobilité active pour des villes saines, la marche et le vélo doivent être encouragés, en combinaison avec les transports publics. « Les villes peuvent tirer le meilleur parti d’une nouvelle génération de systèmes de transport intelligents en exploitant les possibilités financières et technologiques offertes par la numérisation », a fait valoir l’Agence onusienne.

 

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