Yémen : l’ONU avertit que le pays est au bord du gouffre

23 septembre 2020

Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM) a averti mercredi que le Yémen est au bord de l’effondrement dans un contexte de conflit et de crise économique.

Selon l’agence onusienne, le pays se trouve désormais à un point de rupture, car le conflit et les difficultés économiques entraînent le pays « au bord de la famine ».

Cette situation risque « d’annuler les progrès réalisés par l’action humanitaire au cours des dernières années ».

« Le Yémen est une crise provoquée par l’homme et il existe une solution provoquée par l’homme », a déclaré le Directeur exécutif du PAM, David Beasley, prônant plus « de financement, d’accès et finalement de paix », pour remédier à ce scénario catastrophe.

« En 2018, nous avons tiré le Yémen du bord du gouffre. Nous pouvons le faire à nouveau, si nous avons les fonds et l’accès », a insisté M. Beasley.

La situation dans ce pays s’est détériorée au-delà du point atteint en 2018. Au cours des six derniers mois, les familles des zones contrôlées par les autorités de Sanaa n’ont reçu une aide alimentaire qu’un mois sur deux.

Le PAM s’efforce donc d’utiliser au mieux ses ressources limitées et d’éviter les interruptions totales de l’aide. Mais cela a rendu la vie plus difficile pour des millions de personnes. En trois mois seulement, le nombre de personnes ayant une consommation alimentaire insuffisante dans ces zones est passé de 28 à 43%, selon les données du PAM.

Le conflit s’est intensifié sur plus de 40 lignes de front

Au total, plus de 20 millions de personnes au Yémen sont en situation d’insécurité alimentaire, dont 13 millions ont besoin de l’aide alimentaire du PAM pour satisfaire leurs besoins quotidiens. « Trois autres millions de personnes risquent de voir leur situation alimentaire s'aggraver alors que le nouveau coronavirus balaie le Yémen sans être contrôlé », alerte l’agence onusienne.

Selon un bilan établi mercredi par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Yémen recense 2.030 cas confirmés de Covid-19 dont 587 décès.

Dans ce contexte de pandémie mondiale, les conflits se sont intensifiés sur plus de 40 lignes de front. Le coût des aliments de base est plus élevé que jamais et la monnaie yéménite a perdu 25% de sa valeur rien qu’en 2020, soit 70% par rapport à sa valeur d’avant-guerre.

Alors que les réserves de devises étrangères du pays tendent vers zéro, la capacité du Yémen à importer des denrées alimentaires pourrait également disparaître, « menaçant de faire souffrir davantage de la faim des millions de personnes ».

Or pour le PAM, le Yémen est l’un des environnements opérationnels « les plus complexes au monde et les défis qui s’y posent sapent la réponse humanitaire ». Chaque jour, les camions de nourriture du PAM sont bloqués par « des délais bureaucratiques ». « Pas une seule personne n’a encore été enregistrée biométriquement pour l’aide alimentaire dans les zones relevant des autorités basées à Sanaa », regrette l’agence onusienne.

Photo : PAM/Fares Khoailed
Un bateau dans le port d’Hodeïda le 26 juillet 2018. Le port est le seul moyen d'acheminer de la nourriture et du carburant à l’intérieur du Yémen.

L’ONU a besoin de 500 millions de dollars pour les six prochains mois

Pendant ce temps, un conflit politique sur les importations de carburant à Hodeïda a entraîné une grave pénurie de carburant. Cela a eu un impact sur la livraison de vivres ainsi que sur l’aide humanitaire aux hôpitaux et aux usines de traitement des eaux.

Comme pour aggraver la situation, l’aéroport de Sanaa a été fermé. Ce qui a entraîné l’immobilisation des travailleurs humanitaires à l’intérieur et à l’extérieur du Yémen.

S’agissant du financement, le PAM a demandé cette année aux donateurs 2,5 milliards de dollars pour ses opérations de sécurité alimentaire. Environ la moitié de cette somme a été mise à la disposition du PAM cette année, y compris une récente contribution de 138 millions de dollars du Royaume d’Arabie saoudite.

Mais les besoins urgents de financement pour les six prochains mois s’élèvent à plus de 500 millions de dollars, dont 150 millions pour la seule période allant jusqu’à la fin de l’année. Faute de quoi, d’autres réductions de l’aide alimentaire sont attendues au cours du dernier trimestre si des fonds supplémentaires ne sont pas reçus.

 

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