Il faut réfléchir aux principes intangibles de la Charte des Nations Unies, estime Vladimir Poutine

22 septembre 2020

Lors du débat général de l'Assemblée générale des Nations Unies, le Président de la Russie, Vladimir Poutine, a mis l’accent sur la création du Nouvel ordre mondial en 1945 et la Charte des Nations Unies, qui demeure la source du droit international.

Il a appelé à réfléchir aux principes intangibles de la Charte : l’égalité souveraine des États, la non-ingérence dans leurs affaires intérieures, le droit des peuples de déterminer leur propre avenir, le non-recours à la force ou à la menace de la force et le règlement pacifique des différends.

Dressant le bilan des 75 dernières années, M. Poutine a estimé que, malgré toutes les difficultés et les changements géopolitiques intervenus, l’ONU a « rempli avec compétence sa mission » de protection de la paix et de promotion du développement durable. 

Le Président ruse a  vu dans « cet énorme potentiel et cette expertise de l’ONU » une base solide pour aller de l’avant. En même temps, il a rappelé que l’ONU ne doit pas se raidir, mais évoluer conformément aux dynamiques du XXIe siècle et s’adapter à la réalité d’un monde moderne toujours plus compliqué, multipolaire et multidimensionnel.

M. Poutine a reconnu que les changements actuels ont « un effet » sur « le principal organe de l’ONU, le Conseil de sécurité ». Pour la Russie, le Conseil doit tenir compte davantage des intérêts de tous les pays et de la diversité de leurs positions, et il doit fonder ses travaux sur le principe du consensus le plus large possible. Mais en même temps, il doit continuer d’être la pierre angulaire de la gouvernance mondiale et cela, a-t-il plaidé, ne peut se réaliser que si ses membres permanents conservent leur droit de veto. 

Pour M. Poutine, le droit des cinq puissances nucléaires, les vainqueurs de la Seconde guerre mondiale, « reste révélateur de l’équilibre militaire et politique actuel à ce jour ». Le Conseil « aide à prévenir les actions unilatérales susceptibles d’entraîner une confrontation militaire directe » entre les principaux États, et donne l’occasion de rechercher un compromis ou du moins d’éviter des solutions qui seraient totalement inacceptables pour d’autres et d’agir dans le cadre du droit international, plutôt que dans une zone grise d’arbitraire et d’illégitimité.

Pour M. Poutine, le système fonctionne. Il l’a opposé à la « tristement célèbre Société des Nations d’avant-guerre », ses « discussions interminables et ses déclarations sans mécanismes d’action réelle ». Il a donc appelé à ne pas oublier les leçons de l’histoire, une attitude « vile et offensante pour la mémoire des combattants contre le nazisme » et surtout « extrêmement irresponsable » à l’heure où les menaces se multiplient.

Les souffrances causées par la pandémie

Vladimir Poutine a rappelé les souffrances causées par la pandémie actuelle avant d’ajouter que, si les experts n’ont pas encore pleinement évalué l’ampleur du choc social et économique, il était évident qu’il faudra « vraiment du temps » pour rétablir l’économie mondiale. Nous aurons besoin de nouvelles solutions innovantes, a estimé le Président russe, pour qui la seule façon d’élaborer de telles solutions est de travailler ensemble. 

Parlant d’une croissance inclusive qualitative, il a rappelé que cette idée sous-tend l’initiative russe de créer un grand partenariat eurasien, idée « purement pragmatique et de plus en plus pertinente ». Il a également rappelé la proposition russe de créer des « couloirs verts », « à l’abri des guerres commerciales et des sanctions ». M. Poutine a estimé qu’un commerce sans barrière ni restriction, et sans sanctions illégitimes aiderait beaucoup à revitaliser la croissance mondiale et à réduire le chômage.

Pour M. Poutine, la pandémie a mis en évidence une série de problèmes éthiques, technologiques et humanitaires. Il a souhaité que l’ONU discute très sérieusement des questions liées à la cybersécurité et à l’utilisation des technologies numériques avancées. À la lumière de la pandémie, il a déploré « un certain déficit d’humanité et de gentillesse dans les relations interétatiques ». Il faut désormais, comme dans l’économie, lever les obstacles aux partenariats. 

La Russie contribue activement aux efforts mondiaux de lutte contre la Covid-19, tout en tenant compte du « rôle central de coordination de l’OMS ». M. Poutine s’est dit totalement disposé à fournir à d’autres pays « le premier vaccin au monde, "Spoutnik-V", qui s’est avéré fiable, sûr et efficace ». Il a proposé de « fournir gratuitement notre vaccin au personnel de l’ONU et à ses bureaux ».

Après avoir rappelé l’engagement de la Russie à atteindre les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat, M. Poutine a abordé la question de la prorogation du Traité de réduction des armements stratégiques Russie-États-Unis, qui expirera en février 2021, et rappelé que des discussions sont en cours. 

Il a souhaité une « retenue mutuelle » s’agissant du déploiement de nouveaux systèmes de missiles et a regretté l’absence de réaction occidentale au moratoire décidé l’an passé par son pays sur le déploiement de missiles à moyenne et courte portée à lancement terrestre tant que les États-Unis feraient de même. M. Poutine a encore proposé une initiative visant à interdire les armes dans l’espace extra-atmosphérique.

Enfin, le Président russe n’a pas manqué de rappeler sa proposition de convoquer un sommet des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, le « G5 », afin de réaffirmer les principes fondamentaux des relations internationales et d’élaborer des moyens de traiter efficacement les problèmes les plus brûlants du jour. Il a dit avoir prévu de tenir ce sommet « en personne, dès que la situation épidémiologique le permettra ».

 

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