Pour la France, la pandémie de Covid-19 doit être un électrochoc pour l’ONU et impose de nouvelles solutions internationales

22 septembre 2020

Le Président français Emmanuel Macron a estimé, mardi, lors du débat général de l’Assemblée générale des Nations Unies, que la pandémie de coronavirus imposait la coopération entre les nations et devait servir d’électrochoc pour l’ONU.

« Cette crise, sans doute plus que toute aucune autre, impose la coopération, impose d'inventer de nouvelles solutions internationales », a déclaré M. Macron dans son discours.

Il a noté que « les organisations internationales dont nous avons tant besoin, comme l'Organisation mondiale de la santé, ont été accusées par les uns de complaisance, et instrumentalisées par les autres » et que les scientifiques et les journalistes, « si essentiels pour comprendre et agir efficacement face à la crise, ont été remis en cause par la propagande des États, comme par l'épidémie de la désinformation ».

Il a également estimé que l’ONU elle-même « a couru le risque de l'impuissance », le Conseil de sécurité étant difficilement parvenu à s'entendre sur une trêve humanitaire.

Selon le Président français, « toutes les fractures qui préexistaient à la pandémie, le choc hégémonique des puissances, la remise en cause du multilatéralisme ou son instrumentalisation, le piétinement du droit international n'ont fait que s'accélérer et s'approfondir à la faveur de la déstabilisation globale créée par la pandémie ». 

Dans ce contexte, « nous n'avons plus le droit de fermer les yeux. Nous n'avons plus l'opportunité, le luxe, si je puis dire, de tergiverser. Cette pandémie doit être pour notre organisation un électrochoc et le moment d'un réveil salvateur », a-t-il affirmé.

Selon le Président français, le monde tel qu'il est aujourd'hui « ne peut pas se résumer à la rivalité entre la Chine et les États-Unis, quel que soit le poids mondial de ces deux grandes puissances, quelle que soit aussi l'histoire qui nous lie, en particulier aux États-Unis ».

« La crise, l'effondrement de nos cadres de coopération, les fragilités que je viens d'évoquer nous imposent de rebâtir un nouvel ordre et imposent à l'Europe de prendre toute sa part de responsabilité », a-t-il souligné.

M. Macron a estimé que « dans les semaines et les mois à venir, des choix fondamentaux seront à opérer ». « Il y aura sûrement un jour un remède à la pandémie. Mais il n'y aura pas de remède miracle à la déstructuration de l'ordre contemporain », a-t-il ajouté.

Cinq priorités

Le Président français a détaillé les cinq priorités sur lesquelles la France souhaite construire les fondations d'un nouveau consensus contemporain.

Le premier objectif, c'est la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive et contre le terrorisme. La deuxième priorité, « c'est la construction exigeante de la paix et de la stabilité dans le respect de l'égale souveraineté des peuples ». La troisième priorité est la protection des « biens qui nous sont communs » (la santé, le climat, la biodiversité, l’espace numérique, et l’éducation).

La quatrième priorité, c'est la construction d'une nouvelle ère de la mondialisation, « parce qu'on le voit bien, le risque, c'est de répondre à cette crise de la mondialisation par un repli nationaliste, par la violence des populismes, des extrêmes plutôt, et par le retour des puissances ». « Nous devons reposer ensemble les bases d'une mondialisation plus juste, plus équilibrée, plus équitable, plus durable », a déclaré le Président français.

Enfin, le cinquième objectif, c'est le respect du droit international humanitaire et des droits fondamentaux de chacun. « Pour moi, cet objectif est essentiel à la survie même de notre organisation. En effet, nous assistons dans ce domaine à une série de reculs et bien souvent trop de silence », a-t-il dit.

Selon M. Macron, la reconstruction des fondements de l'ordre international nécessite l'établissement d'une coopération internationale fonctionnelle fondée sur des règles claires, définies et respectées par tous.

« Le multilatéralisme n'est pas seulement un acte de foi, c'est une nécessité opérationnelle », a-t-il ajouté. « Pour autant, nous ne pouvons plus nous contenter d'un multilatéralisme des mots qui ne permet d'agréer que le fond le plus grand dénominateur commun, manière de masquer des divergences profondes sous un consensus de façade ».

Selon le Président français, il faut « changer de méthode, inverser les termes du contrat, être aussi haut et clair quand certains se piquent d'adhérer à des alliances et à leurs principes, à des organisations et à leurs principes, pour les fouler aux pieds au réel ». 

« Le multilatéralisme contemporain doit aussi associer les organisations internationales, les acteurs privés, les entreprises, les ONG, les chercheurs, les citoyens pour que chacun soit partie prenante des actions engagées. Il se construira sur la base d'accords solides, respectés, vérifiés entre partenaires de bonne foi, autour d'objectifs et de règles claires, avec une vraie responsabilité et des mécanismes de redevabilité », a-t-il conclu.

 

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