L’augmentation considérable des attaques contre des écoles préoccupe le Conseil de sécurité

10 septembre 2020

Le Conseil de sécurité a réclamé jeudi l'adoption de mesures concrètes pour renforcer la protection de l’éducation dans le contexte des conflits armés, alors que le nombre d'attaques contre des écoles a fortement augmenté ces dernières années.

« Le Conseil réaffirme le droit à l’éducation et sa contribution à la réalisation de la paix et de la sécurité et se déclare gravement préoccupé par l’augmentation considérable des attaques contre des écoles ces dernières années et par le nombre alarmant d’enfants qui sont en conséquence privés de l’accès à une éducation de qualité », affirment les quinze membres du Conseil dans une déclaration publiée par la Présidence de cet organe.

Des mesures concrètes  

Le Conseil de sécurité exhorte ainsi les Etats membres à faire en sorte que les attaques contre les écoles et les personnes liées aux écoles « fassent l’objet d’enquêtes » et que les responsables soient « dûment poursuivis ». Il demande la mise au point de mesures concrètes pour prévenir ces attaques, dont l’élaboration de cadres juridiques nationaux.

La déclaration a été adoptée lors d'une réunion du Conseil ayant pour thème « Le sort des enfants en temps de conflit armé : les attaques visant des écoles, une grave violation des droits de l’enfant ».  Ce thème a été choisi par le Niger, Président en exercice du Conseil de sécurité pendant le mois de septembre.

Après avoir été retenue en otage par Boko Haram, dans le nord-est du Nigéria, une jeune fille de Chibok raconte les conditions horribles qu'elle a connues (archives). Photo UNICEF Nigéria

La vulnérabilité particulière des filles

Le Conseil de sécurité  attire également l’attention sur la vulnérabilité particulière des filles et des femmes dans le contexte des attaques contre les établissements scolaires lors des conflits.    

Il se déclare préoccupé par les conséquences spécifiques de telles attaques, notamment, mais pas exclusivement, les viols et autres formes de violence sexuelle, les menaces d’attaques, à l’école et sur le chemin de l’école, les enlèvements, les mariages forcés, l’esclavage sexuel, la traite des êtres humains, et toute stigmatisation et conséquence grave qui en résultent pour leur santé, qui peuvent être autant d’obstacles supplémentaires à la poursuite de leur éducation.

Le Conseil appelle les États membres à fournir l’assistance nécessaire aux enfants, y compris ceux qui sont en situation de vulnérabilité, tels les déplacés, les réfugiés et les enfants handicapés et autres personnes ayant droit à une protection touchées par des attaques contre des écoles.

©UNICEF
Des enfants participant à un exercice de simulation d'attaque dans une école primaire à Dori, au Burkina Faso, le 26 juin 2019.

Détérioration continue au Sahel

Plus particulièrement, le Conseil de sécurité se dit préoccupé par « détérioration continue de la sécurité et de la situation humanitaire et par l’augmentation du nombre d’actes de terrorisme dans la région du Sahel, qui ont coûté la vie à de nombreux civils ainsi qu’à de nombreuses personnes déplacées, et privé des enfants de l’accès à l’éducation en raison de la fermeture des écoles ». 

Le Conseil appelle également à renforcer la surveillance et la communication de l’impact des conflits armés sur les enfants de la région du Sahel, citant en en exemple le renforcement mené dans le bassin du lac Tchad.

Cette préoccupation face a la multiplication des attaques contre les écoles notamment au Sahel a été évoquée par la Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits lors de son exposé liminaire devant les Quinze jeudi.

« Il semble y avoir une tactique de guerre émergente, en particulier au Sahel, où les écoles sont ciblées précisément parce qu'elles sont des écoles, et encore plus si elles s'adressent aux filles », s’est inquiétée Virginia Gamba.

« Au cours des deux dernières années au Mali, par exemple, des enseignants ont été menacés et tués ; les établissements scolaires ont été démolis et le matériel pédagogique brûlé, ce qui a entraîné la fermeture de plus de 1.260 écoles, même avant la Covid-19 », a-t-elle déploré.

Le Burkina Faso a pour sa part dû fermer 2.500 écoles au cours de l'année écoulée à la suite d'attaques contre des établissements scolaires, y compris l'incendie de bâtiments et l’enlèvement des enseignants, a ajouté la Représentante spéciale.

Mme Gamba s’est félicitée des initiatives comme la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, à laquelle adhèrent désormais 105 pays.  Elle a également loué les cadres juridiques établis criminalisant les attaques contre les écoles tels que ceux au Myanmar, aux Philippines et en République centrafricaine, appelant à appuyer l’accélération de leur mise en œuvre.

Pour que le Conseil prête sa voix

La Directrice exécutive d’UNICEF, Henrietta Fore, a également déploré l’augmentation alarmante des attaques contre les écoles signalant qu’au Niger elles avaient plus que triplé depuis de début de l’année.

La sécurité des pays et de notre monde est directement liée à l'éducation et à la protection des enfants dans ces pays

« Ces attaques sont apparemment conçues dans un seul but : voler aux enfants, aux communautés et aux pays tout semblant de sécurité, d'optimisme ou d'espoir en l'avenir », a affirmé Mme Fore.

Elle a exhorté le Conseil de sécurité à agir pour traiter la maladie des attaques contre les écoles, plutôt que d’en traiter les symptômes en apportant une aide humanitaire.  

« Prêtez votre voix et votre influence pour condamner toutes les attaques contre les écoles et les étudiants - que ce soit par le biais de résolutions ou de déclarations présidentielles comme celle qui nous uni aujourd'hui », a déclaré la cheffe de l’UNICEF, avant d’appeler les Quinze à prendre des mesures concrètes pour protéger l’éducation contre les attaques, mettre fin à l’impunité des auteurs de ces attaques, ou encore à adhérer à la Déclaration sur la sécurité dans les écoles.

« Et enfin - suivez l'exemple du Niger et encouragez les futurs présidents du Conseil à faire de l'éducation attaquée un thème régulier de vos délibérations. Pas seulement autour de la Journée internationale pour la protection de l'éducation contre les attaques, mais de manière soutenue tout au long de l'année », a ajouté Mme Fore. « La sécurité des pays et de notre monde est directement liée à l'éducation et à la protection des enfants dans ces pays ».

 

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