Paix et sécurité : l’ONU et la Francophonie vantent leur coopération et la nécessité du multilatéralisme

8 septembre 2020

L’ONU et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ont défendu, mardi, devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, le bilan de leur coopération en matière de paix et de sécurité et la nécessité du multilatéralisme.

2020 est une année charnière pour les Nations Unies et la Francophonie. Les deux organisations fêtent respectivement leurs 75e et 50e anniversaires. L’occasion, pour elles, de faire le point, pour la première fois devant le Conseil de sécurité, sur leur partenariat, qui selon la Sous-Secrétaire générale de l’ONU pour l’Afrique, Bintou Keïta, « est ancré au plus haut niveau ».

En matière de paix et de sécurité, l’ONU et l’OIF oeuvrent ensemble à la promotion de la paix et de la sécurité internationales, notamment à travers l’alerte précoce et la prévention des conflits, l’assistance électorale et l’observation des processus électoraux, ainsi que le maintien et la consolidation de la paix, a précisé Mme Keïta.

« Récemment, les Nations Unies et l´OIF ont coopéré dans ces domaines au Bénin, au Burkina Faso, au Cameroun, aux Comores, au Gabon, en Guinée, au Madagascar, en République centrafricaine (RCA), en République démocratique du Congo (RDC) », s’est ainsi félicitée la Sous-Secrétaire générale en charge du continent africain pour deux départements onusiens : les affaires politiques et de consolidation de la paix d’une part, et les opérations de paix d’autre part.

Mme Keïta a également cité la réunion quadripartite sur le Cameroun organisée le 20 juillet dernier par le Secrétariat des Nations Unies, l’OIF, le Commonwealth et l’Union africaine (UA) comme un « exemple de coopération élargie en matière d’alerte précoce et de prévention ».

La Secrétaire générale de l’OIF, Louise Mushikiwabo, a, de son côté, souligné la mobilisation de son organisation en RCA « pour accompagner la dynamique de paix » impulsée par l’accord de paix conclu en février 2019.

Concernant le Mali, où le Président Ibrahim Boubakar Keïta a été renversé par des militaires le mois dernier, Mme Mushikiwabo a annoncé qu’elle dépêcherait à Bamako « rapidement, en concertation avec les partenaires internationaux » une délégation de haut niveau dont elle nommera les membres dans les prochains jours. « L’OIF prendra toute sa part dans les efforts de sortie de crise et de rétablissement de l’ordre constitutionnel et démocratique au Mali », a-t-elle souligné.

Nations Unies
Seynabou Diouf, Commandante de police sénégalaise à UNPOL (au centre) visite un orphelinat à Kibati en République démocratique du Congo.

Plus d’effectifs francophones dans les opérations de paix

Mme Keïta a également salué devant le Conseil de sécurité le soutien important apporté par les États membres de la Francophonie aux opérations de maintien de la paix.

« Nous déployons des efforts conjoints avec l’OIF pour accroître le niveau d’effectifs francophones, civils et en uniforme, dans les opérations de maintien de la paix déployées dans des pays hôtes francophones (Mali, RCA, RDC…), y compris à travers des formations en français », a-t-elle précisé.

Pour sa première intervention au Conseil en sa qualité de dirigeante de l’OIF, Mme Mushikiwabo a affirmé son ambition de faire de la Francophonie « un acteur de poids du maintien de la paix ».

La Secrétaire générale a souligné l’importance d’accroître l’usage du français dans les opérations de maintien de la paix. « Lorsqu’il s’agit de théâtres d’opérations francophones, la maîtrise du français et la connaissance de la culture locale contribuent à la performance globale et à la sécurité de ces opérations de maintien de la paix », a dit Mme Mushikiwabo.

Malgré de réels progrès, le niveau actuel de participation des personnels francophones aux opérations de paix reste encore relativement limité, estime celle qui a dirigé la diplomatie de son pays, le Rwanda, pendant plus de huit ans.

Au regard des enjeux dans le domaine du maintien de la paix pour les pays francophones, la cheffe de l’OIF a décidé, en concertation avec le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, de « renforcer et de systématiser la mobilisation de la Francophonie et de ses Etats membres ».

L’ONU encourage, de son côté, les États membres de l’OIF à poursuivre leurs efforts de renforcement des capacités du personnel civil et en uniforme francophone, l’objectif étant notamment de leur permettre d’accéder à des postes de haut niveau dans les opérations de maintien de la paix, et au-delà.

MINUSMA/Harandane Dicko
L'un des quartiers généraux du G5-Sahel à Mopti, dans le centre du Mali (archive 2017)

Mobilisation pour le Sahel

Les deux organisations partagent également un « appui fort » au pays du G5-Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad), notamment à travers leur soutien sur le plan du développement avec le Programme d’investissement prioritaire et au niveau sécuritaire avec la Force conjointe. Cette dernière, en particulier, « continue sa montée en puissance, et mérite de bénéficier d’un appui international renforcé », estime Mme Keïta.

Pour Mme Mushikiwabo, « l’investissement croissant » de la Francophonie au Sahel, aux côtés des partenaires internationaux et régionaux, se traduit par une coopération avec le Secrétariat permanent du G5 Sahel au profit de la gouvernance, de la stabilité et de la lutte contre la radicalisation et l’extrémisme violents. A cet égard, la Secrétaire générale a annoncé la mise sur pied dans les prochains mois, d’une Radio pour la jeunesse au Sahel.

En matière de prévention, l’OIF joue un rôle important dans la mise en place du Réseau francophone de prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent pouvant conduire au terrorisme (FrancoPREV) pour mobiliser les compétences francophones sur cette question d’actualité internationale. « C’est un apport considérable, en particulier dans le Sahel », a précisé Mme Keïta.

Photo : ONU /Loey Felipe
Bintou Keita, Sous-Secrétaire générale de l'ONU pour l'Afrique (photo d'archives).

Plaidoyer pour un multilatéralisme renforcé

L’ONU a également souligné le rôle important de la Francophonie dans le domaine de la consolidation de la paix, en coopération avec diverses organisations qui jouent chacune un rôle aussi unique qu’essentiel. Mme Keïta a ainsi salué la participation de l’OIF aux travaux de la Commission de consolidation de la paix consacrés au Burundi, à la Guinée, à la Guinée-Bissau et à la RCA.

Les Nations Unies et la Francophonie ont toutes les deux plaidé pour la défense d’un multilatéralisme attaqué de toutes parts et qui doit être renforcé et rénové.

« La coopération au sein et entre organisations internationales est un des piliers du multilatéralisme. Le partenariat étroit entre les Nations Unies et l’OIF s’inscrit pleinement dans cette logique », a souligné Mme Keïta.

Mme Mushikiwabo a insisté sur la détermination de son organisation à consolider et renforcer un multilatéralisme « vraiment démocratique et au service des populations » et dont la diversité culturelle - « creuset de la Francophonie » - serait la valeur cardinale. 

 

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