En Côte d’Ivoire, l’avenir de demain se prépare avec les vaccins d’aujourd’hui

8 septembre 2020

Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) mobilise son expertise et les ressources afin de pouvoir vacciner tous les enfants de Côte d’Ivoire. ONU Info a rencontré le Dr Epa Kouakou, spécialiste de la vaccination au bureau de l’UNICEF dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.

Le mercredi 11 mars 2020, un premier cas de coronavirus a été détecté en Côte d’Ivoire, à Abidjan. La peur de la pandémie de Covid-19 a poussé de nombreuses personnes à rester chez elles pour éviter les contacts avec d’autres individus et d’être contaminées. L’une des conséquences du nouveau coronavirus : de nombreux parents ont cessé d’amener leurs enfants dans les centres de santé où ils pouvaient être vaccinés.

Le virus n’est pas arrivé seul à Abidjan et dans le reste du pays. Un lot de rumeurs l’a accompagné et s’est également propagé. « En Côte d’Ivoire, il y a eu beaucoup de rumeurs affirmant que les vaccins venaient tuer la population », se souvient le Dr Epa Kouakou.

L’agence onusienne a alors lancé, via sa plateforme numérique U-Report, un sondage pour enquêter sur l’impact du coronavirus sur la vaccination des enfants. L’enquête a confirmé que les rumeurs sur les vaccins ont découragé les parents à amener leurs enfants dans les centres de santé.

En partenariat avec le gouvernement ivoirien, l’UNICEF a adopté une série de mesures et de messages pour défaire ces rumeurs et rétablir la confiance des parents dans la vaccination de leurs enfants. « Avec l’impact de la pandémie, pour le moment, nous avons une chute de la couverture vaccinale, mais les efforts sont faits pour assurer son amélioration », dit le Dr Kouakou.

Un réseau d’agents de santé communautaires

Dans cette entreprise de communication sanitaire, la Côte d’Ivoire a la chance de disposer d’un réseau d’agents de santé communautaires. « Ils ont été formés, mis à contribution et équipés avec un dispositif de protection, des masques et du gel hydro-alcoolique, pour pouvoir aller sensibiliser les parents à l’importance de la vaccination », explique le spécialiste de l’UNICEF.

En Côte d’Ivoire, comme dans de nombreux pays d’Afrique, le rôle des agents de santé communautaire est crucial pour assurer la réussite des campagnes de vaccination. « Il faut que la population adhère au message », insiste le Dr Kouakou. Identifiés et acceptés par les communautés où ils travaillent, ces agents communiquent dans la langue locale et servent d’interface entre la population et les autorités sanitaires.

Leur rôle ne se limite pas aux vaccins. Ils expliquent comment se protéger efficacement du paludisme en recommandant l’utilisation d’une moustiquaire imprégnée par exemple ou en prodiguant des conseils pour une bonne alimentation.

Les enfants non-vaccinés vivent principalement dans les zones reculées

Le Dr Kouakou a 48 ans, dont 15 ans de service au sein du bureau de l’UNICEF en Côte d’Ivoire. Diplômé de la faculté de médecine d’Abidjan, cet homme originaire d’Abengourou, dans l’est du pays, s’est spécialisé sur les questions de vaccination.

« En Côte d’Ivoire, 100% des enfants ne sont pas encore vaccinés », explique-t-il. Entre 20% et 30% des filles et garçons ivoiriens n’ont pas encore bénéficié des bienfaits de la vaccination.

Pourquoi les vacciner ? : « Il s’agit de donner aux enfants un minimum de protection afin qu’ils puissent grandir et avoir une vie normale », explique-t-il, soulignant que l’UNICEF déploie tous ses efforts pour atteindre chaque enfant ivoirien.

En Côte d’Ivoire, des enfants meurent toujours de diarrhées, de la rougeole, de la diphtérie ou de la tuberculose. « Des maladies et des morts qui sont pourtant évitables », rappelle le Dr Kouakou. Avant l’apparition du coronavirus dans le pays, une étude de l’UNICEF a révélé que les enfants ivoiriens qui n’étaient pas vaccinés vivaient principalement dans des endroits reculés telles que des zones périurbaines, des campements, ou en milieu rural, notamment dans les forêts.

Une chaine du froid pour les vaccins 

Les températures descendent rarement en dessous de 25 degrés Celsius en Côte d’Ivoire. Dans un pays où il fait tout le temps chaud, l’UNICEF et ses partenaires ont beaucoup investi dans la chaine du froid. Un centre de stockage national a été construit à Abidjan et sept autres entrepôts ont été établis en région pour couvrir l’ensemble du territoire national. Des véhicules frigorifiques ont également été achetés.

« Cela permet une préservation de la chaine du froid à toutes les étapes de l’acheminement des vaccins du dépôt central national vers les districts sanitaires dans de bonnes conditions de conservation entre 2 et 8 degrés Celsius jusqu’au lieu d’administration du vaccin », souligne le Dr Kouakou.

Des enfants vaccinés et enregistrés à l’Etat-civil

L’une des particularités des centres de santé ivoiriens soutenus par l’UNICEF est qu’ils permettent aux parents d’enregistrer la naissance de leur enfant lorsqu’ils l’amène s’y faire vacciner.

« Plus de 95% des mamans viennent avec leur premier enfant dans les centres de santé pour le vaccin BCG (destiné à combattre la tuberculose) », explique le Dr Kouakou. « Or au niveau administratif, on se rend compte qu’à peine plus de 40% des enfants ont des extraits de naissance déclarés ».

L’UNICEF a collaboré avec le ministère ivoirien de l’administration centrale afin d’utiliser « la porte d’entrée de la vaccination » pour pouvoir délivrer un extrait de naissance à chaque enfant. Une initiative qui a suscité beaucoup d’engouement et une hausse des fréquentations des centre de santé pour un double résultat : une amélioration de la couverture vaccinale et de l’inscription des enfants à l’Etat-civil. Cette expérience sera étendue à l’ensemble du pays.

Un personnel de santé bien formé

La Côte d’Ivoire dispose d’un personnel de santé à tous les échelons : national, régional, de district et local. Les vaccins y sont administrés par des infirmiers diplômés qui ont reçu une formation pendant trois ans.

Par ailleurs tous les acteurs de la vaccination ont été également formés afin qu’ils puissent afin mieux cerner les enjeux d’une bonne gestion des vaccins. « Cela a été un atout pour la Côte d’Ivoire lors de la crise de la Covid-19 », se félicite le Dr Kouakou. « Il n’y a pas eu de pertes de vaccins car tous les acteurs à tous les niveaux étaient bien formés ».

« Les vaccins sont disponibles. Les personnels de santé sont disponibles. Maintenant, il s’agit vraiment d’encourager la population à fréquenter les centres de santé et de donner aux personnels de santé les moyens de pouvoir se rendre dans tous les endroits possibles pour vacciner tous les enfants », insiste le spécialiste de l’UNICEF.

« Le vaccin est sûr, efficace et disponible et protège les enfants »

Le Dr Kouakou a un message pour les parents qui seraient toujours réticents à faire vacciner leurs enfants : « Le vaccin est sûr, efficace et disponible. Il protège les enfants. En tant que parents, nous devons assurer ce droit à nos enfants pour qu’ils puissent grandir normalement dans la vie en devenant des personnes adultes bien portants et capables d’aider leurs parents et le pays ».

Même si la Côte d’Ivoire n’a pas encore atteint un taux de couverture vaccinale de 100%, le Dr Kouakou est fier des progrès accomplis dans son pays. « Prenez le cas de la poliomyélite. Aujourd’hui, on ne rencontre plus d’enfants qui ont mal aux pieds et qui n’arrivent pas à marcher. Et ça, c’est l’œuvre des vaccins contre la polio », dit-il en exemple. Le dernier cas de polio sauvage en Côte d’ivoire a été détecté en 2011 et la certification de son éradication dans le pays a été déclarée en 2015.

Quinze ans plus tôt, la Côte d’Ivoire connaissait encore beaucoup de ruptures de vaccins. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Le pays a amélioré sa capacité de stockage et d’acheminement des vaccins. « Dans les endroits les plus reculés, ils peuvent être administrés au delà de 15 kilomètres du premier centre de vaccination », dit le spécialiste de l’UNICEF.

Pourquoi le Dr Kouakou a-t-il choisi de se spécialiser dans les vaccins ? « On travaille pour des personnes qui n’ont pas de voix. Assurer leurs droits, notamment le droit à la vaccination, cela n’a pas de prix et apporte tout le réconfort », dit-il. « La santé c’est le social et le social est une source de vie. L’avenir de demain se prépare avec des enfants en bonne santé et bien vaccinés aujourd’hui ».

 

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