L’éducation des enfants réfugiés toujours faible et menacée par la Covid-19 (HCR)

3 septembre 2020

L'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a appelé jeudi la communauté internationale à contrer les effets catastrophiques de la Covid-19 sur l'éducation des réfugiés, faute de quoi, le potentiel de millions de jeunes réfugiés vivant dans certaines des communautés les plus vulnérables au monde sera mis un peu plus en péril.

Sans une intensification de l’aide, l'augmentation régulière et chèrement acquise des inscriptions des réfugiés dans les écoles, les universités et l'enseignement technique et professionnel pourrait être compromise, parfois de manière définitive, avertit le HCR dans un nouveau rapport. En l'absence de mesures immédiates et audacieuses, la réalisation de l’objectif 4 du développement durable, à savoir assurer l’accès de tous à une éducation de qualité sur un pied d’égalité, serait compromise.

« L’accès des enfants réfugiés à l’éducation demeure toujours très bas », relève Mamadou Dian Balde, Directeur adjoint de la division résilience et solutions au HCR, dans un entretien accordé à ONU Info. Alors que le taux brut de scolarisation dans l’enseignement primaire est de 77%, seulement 31% des jeunes sont inscrits au secondaire. Et seulement 3% des jeunes réfugiés poursuivent leurs études au niveau supérieur.

Autre point important du rapport du HCR : les effets catastrophiques du coronavirus sur l'éducation des réfugiés. Même si les enfants de tous les pays ont subi les conséquences de la Covid-19 sur leur éducation, le rapport du HCR montre que les enfants réfugiés ont été particulièrement affectés.

Avant la pandémie, un enfant réfugié risquait deux fois plus d’être déscolarisé qu’un enfant non réfugié, un écart qui va encore se creuser. Nombre d’entre eux n’auront probablement pas la possibilité de reprendre leurs études du fait de la fermeture des écoles, des difficultés à payer les frais de scolarité, les uniformes ou les manuels scolaires, du manque d’accès aux technologies ou parce qu’on leur impose de travailler pour subvenir aux besoins de leur famille.

« La pandémie de Covid-19 est en train de remettre en cause la plupart des gains enregistrés en matière d’accès des enfants réfugiés à l’éducation », alerte M. Balde.

Avant la pandémie, « la moitié des enfants réfugiés dans le monde n’étaient déjà pas scolarisés », rappelle Filippo Grandi, le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. « Après tout ce qu’ils ont enduré, nous ne pouvons pas leur voler leur avenir en leur refusant une éducation aujourd’hui. Malgré les énormes défis posés par la pandémie et avec un soutien international accru aux réfugiés et à leurs communautés d’accueil, nous pouvons élaborer des moyens novateurs afin de protéger les progrès décisifs de l’éducation des réfugiés que nous avons enregistrés durant les dernières années ».

Les risques pesant sur l’éducation des réfugiés ne se limitent pas à la pandémie de Covid-19. Les attaques dirigées contre les écoles sont en augmentation et « privent des centaines de milliers d’enfants d’éducation », déplore M. Balde, citant notamment les cas de l’Afghanistan et de la Syrie. Le rapport du HCR attire plus particulièrement l’attention sur la situation dans la région du Sahel où les violences ont entraîné la fermeture de plus de 2.500 écoles, mettant ainsi en péril l’éducation de 350.000 élèves.

UNICEFEthiopia/2018/Mersha
Des enfants étudient dans une école dans le camp de réfugiés de Tierkidi, en Ethiopie.

Les filles réfugiées particulièrement pénalisées

La menace pesant sur la scolarité des filles réfugiées est particulièrement préoccupante. Elles étaient déjà moins scolarisées que les garçons et deux fois moins susceptibles de poursuivre leurs études au niveau secondaire.

En se fondant sur des données du HCR, le Fonds Malala a estimé qu’en raison de la Covid-19, la moitié des jeunes filles réfugiées inscrites dans le secondaire ne retourneront pas en classe à la réouverture des écoles ce mois-ci. Dans les pays où le taux brut de scolarisation des jeunes filles réfugiées dans le secondaire était déjà inférieur à 10%, toutes les jeunes filles risquent désormais d’abandonner leurs études de manière définitive, une perspective alarmante qui aurait un impact sur les générations à venir et qui inquiète M. Grandi.

« Outre que l’éducation est un droit fondamental, la protection et les retombées économiques qu’elle offre aux filles réfugiées, à leurs familles et à leurs communautés sont évidentes. La communauté internationale ne peut tout simplement pas leur faire défaut en ne leur offrant pas les opportunités découlant d’une éducation », prévient le Haut-Commissaire.

L’absence de technologies et l’éloignement, obstacles à l’éducation des réfugiés

S’adapter aux contraintes imposées par la Covid-19 a été particulièrement difficile pour 85% des réfugiés à travers le monde qui vivent dans des pays en développement ou parmi les moins avancés. Les téléphones mobiles, les tablettes, les ordinateurs portables, la connectivité et même les postes de radio sont souvent inexistants dans les communautés déracinées et qui vivent souvent dans les zones les plus reculées loin des villes. Les enfants réfugiés sont également dans l’incapacité de pouvoir payer les services d’accès à internet.

Le HCR, les gouvernements et les partenaires travaillent sans relâche pour combler des lacunes capitales et assurer la continuité de l’éducation des réfugiés pendant la pandémie via l’enseignement connecté, la télévision et la radio et en aidant les enseignants et les soignants à soutenir les élèves tout en respectant les mesures sanitaires.

« Nous avons de bons exemples comme au Burkina Faso où nous avons des programmes d’éducation à distance via la radio », explique M. Balde. « Nous avons pu ainsi aider les réfugiés et les jeunes qui les accueillent à avoir accès à des radios portatives ».

Développer les partenariats avec le secteur privé et les institutions académiques

Le HCR appelle tous les acteurs à unir leurs forces pour renforcer et pérenniser l’éducation des réfugiés et éviter de produire une génération perdue d’enfants réfugiés privés d’apprentissage. « Nous avons besoin de l’appui des gouvernements et de bonnes politiques, mais nous avons également besoin de donateurs », souligne M. Balde.

Exemple de partenariat avec le secteur privé : le HCR et la Fondation Vodafone sont associés depuis 2013 pour offrir aux enfants réfugiés une éducation en ligne et un accès à internet à travers le réseau Instant Network Schools. « Ce partenariat montre comment le secteur privé peut donner accès à ses ressources pour qu’ils puissent bénéficier aux réfugiés et parfois aux populations hôtes », se félicite M. Balde.

« Offrir une éducation de qualité aujourd'hui, cela veut dire moins de pauvreté et de souffrance demain... À moins que chacun ne fasse sa part, des générations d'enfants – et des millions d'enfants dans certains des pays les plus pauvres au monde – connaîtront un avenir sombre », préviennent la Fondation Vodafone et l'ambassadeur du HCR pour Instant Network Schools, Mohamed Salah. « Mais si nous travaillons en équipe, unis pour ne faire qu'un, nous pouvons leur donner la chance qu'ils méritent d'avoir un avenir digne de ce nom », ajoute le footballeur égyptien qui évolue au sein du FC Liverpool.

Les établissements d’enseignement sont également des partenaires indispensables pour l’éducation des enfants réfugiés, souligne le HCR « Il y a des pays où les institutions académiques arrivent à réduire les frais de scolarité pour permettre aux réfugiés étrangers d’avoir accès aux mêmes études que les étudiants nationaux », explique M. Balde.

© UNHCR/Susan Hopper
Mamadou Dian Balde, Directeur adjoint de la division résilience et solutions au HCR,

Méthodologie

Le rapport du HCR « Tous unis pour l’éducation des réfugiés » repose sur des données issues de statistiques de 2019 émanant de 12 pays qui accueillent plus de la moitié des enfants réfugiés dans le monde.

Bien que très inférieures aux moyennes mondiales, ces statistiques n’en constituent pas moins une avancée, estime l’agence onusienne. « Il y a eu de petites avancées au niveau de l’accès à l’enseignement secondaire », relève M. Balde, avec des dizaines de milliers d’enfants scolarisés en plus, soit une augmentation de 2% pour la seule année 2019. Toutefois, la pandémie de Covid-19 menace aujourd’hui de réduire à néant ces progrès.

 

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