Bolivie : la cheffe des droits de l'homme appelle à des changements structurels pour prévenir les crises

24 août 2020

La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, a salué le récent accord conclu en Bolivie ouvrant la voie à la tenue d'élections générales le 18 octobre, et la levée du blocus qui en a résulté pour ceux qui protestaient contre le dernier report des élections en raison de la pandémie de Covid-19.

« J'invite instamment les Boliviens à s'appuyer sur cette résolution pacifique des dernières tensions, étant donné qu'il est essentiel que les élections se déroulent dans le plein respect des droits de l'homme », a déclaré lundi Mme Bachelet.

« La Bolivie doit passer de la polarisation qui a marqué le pays pendant si longtemps à une société fondée sur le dialogue, où chacun est intégré et reconnu », a-t-elle ajouté.

Alors que le pays entre dans un nouveau cycle électoral, le Bureau des droits de l'homme des Nations Unies a publié  un rapport détaillant les graves violations des droits de l'homme commises entre le 20 octobre et le 25 novembre 2019 dans le cadre d'une crise politique majeure au lendemain des élections d'octobre de la même année.

La Bolivie doit passer de la polarisation qui a marqué le pays pendant si longtemps à une société fondée sur le dialogue - Michelle  Bachelet, Haut-Commissaire aux droits de l'homme

Le rapport formule une série de recommandations détaillées visant à favoriser la protection des droits de l'homme, à prévenir les violations et à promouvoir les conditions nécessaires à des élections pacifiques, participatives et inclusives.

« Nos recommandations visent également à aider l'État plurinational de Bolivie à entreprendre des changements structurels et des réformes pour s'attaquer aux causes profondes des crises que nous avons vues éclater dans le pays. Il s'agit notamment de garantir la responsabilité des violations et de renforcer les institutions du pays dans l'intérêt de tous les Boliviens », a déclaré la Haut-Commissaire.

Depuis novembre 2019, le personnel du Bureau des droits de l'homme est déployé en Bolivie pour recueillir des informations de première main. Le rapport du Bureau sur les événements de 2019 est basé sur plus de 150 entretiens avec des victimes, des témoins, des représentants de la société civile et les autorités. Parmi les violations des droits de l'homme documentées figurent des meurtres, des actes de torture, des mauvais traitements et des détentions arbitraires.

Une trentaine de personnes sont mortes lors des manifestations entre le 20 octobre et le 25 novembre, dont au moins 20 lors d'opérations menées par la police et les forces armées.

Parmi les autres violations documentées dans le rapport figure la détention arbitraire de 28 personnes à El Alto (La Paz) le 11 novembre 2019, qui ont été soumises à la torture ou à d'autres formes de mauvais traitements par la police.

Violences physiques et verbales

Au cours de la période considérée, le personnel des Nations Unies chargé des droits de l'homme a également observé l’attitude des fonctionnaires et des particuliers utilisant un langage violent et incendiaire, ainsi que des violences verbales et physiques à l'encontre des populations autochtones, reflétant un racisme profondément ancré.

De plus, il y a eu 94 cas d'agression de journalistes et les personnes travaillant au bureau du médiateur bolivien ont subi des menaces et des attaques. Tous ces incidents devraient faire l'objet d'une enquête.

Des enquêtes indépendantes, impartiales, transparentes et approfondies permettraient de faire la lumière sur ce qui s'est passé - Michelle Bachelet, Haut-Commissaire aux droits de l'homme

Une autre préoccupation mise en évidence par le rapport est la manière dont des fonctionnaires ou des personnes associées à l'ancien gouvernement ont été soumis à ce qui semble être une persécution judiciaire, ce qui reflète des lacunes de longue date dans le système judiciaire bolivien, et donc la nécessité et l'importance de garantir une procédure régulière.

Certains récits indiquent que les forces de sécurité ont eu recours à un usage inutile ou excessif de la force contre les manifestants et ont utilisé des armes pour disperser les foules. Le gouvernement a nié que les forces de sécurité aient utilisé des armes à feu contre les manifestants.

Parmi les pires incidents, on peut citer le meurtre de neuf personnes lors de manifestations à Sacaba (Cochabamba) et de dix personnes lors de manifestations à Senkata (El Alto-La Paz).

« Je suis profondément préoccupée par le fait que, neuf mois plus tard, pas une seule personne n'a été tenue responsable des morts à Sacaba et à Senkata, ni de la majorité des meurtres qui ont eu lieu pendant la période couverte par notre rapport », a déclaré Mme Bachelet.

« Des enquêtes indépendantes, impartiales, transparentes et approfondies permettraient de faire la lumière sur ce qui s'est passé, ouvrant ainsi la porte à la vérité, à la justice et à des réparations intégrales. Cela est essentiel non seulement pour guérir les blessures des victimes, mais aussi de la société », a-t-elle ajouté.

 

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