23 août 2020

Les ravages causés par les explosions de Beyrouth le 4 août ont attiré l'attention sur les risques liés au transport et au stockage de marchandises dangereuses dans le monde entier. L'ONU est à la pointe des efforts internationaux visant à réduire ces risques et à sauver des vies. 

 De nombreux bureaux et agences de l'ONU ont été mobilisés pour répondre aux conséquences de la catastrophe, fournir une aide d'urgence et coordonner la réponse de la communauté internationale. 

Le coût de la reconstruction est estimé à plusieurs milliards de dollars et, le 10 août, le Coordinateur des secours d'urgence des Nations Unies, Mark Lowcock, a appelé les donateurs à se mobiliser en faveur du peuple libanais.

OCHA
Un intervenant d'urgence sur le site de l'explosion gravement endommagé à Beyrouth, au Liban.

Exposition au risque

Trois jours plus tard, un groupe d'experts indépendants des Nations Unies en matière de droits de l'homme a publié une déclaration dénonçant le « niveau d'irresponsabilité et d'impunité entourant la dévastation humaine et environnementale » dans la ville.  Il a demandé une enquête indépendante qui clarifierait qui sont les responsables de cette catastrophe d’origine humaine et mènerait à leur poursuite en justice. 

Dans leur déclaration, les experts ont également affirmé le droit des Libanais à des informations claires et précises sur les risques sanitaires et environnementaux auxquels ils sont exposés. 

Les explosions ont suscité beaucoup d’introspection au Liban, mais ce pays est loin d'être le seul dont les citoyens sont exposés à des risques liés à des sites contenant des matières dangereuses.  Selon le Small Arms Survey, un organisme de recherche basé à Genève, en Suisse, des dizaines de milliers de personnes ont été tuées par des explosions non planifiées dans des dépôts d'armes au cours des quatre dernières décennies.

Suivez les règles

Cependant, plusieurs règles et réglementations internationales concernant le transport de marchandises dangereuses sont en circulation depuis plusieurs années, du Code maritime international des marchandises dangereuses, publié par l'Organisation maritime internationale (OMI) des Nations Unies, au Code de pratique de l'Organisation internationale du travail (OIT) sur la sécurité et la santé dans les ports.

Il incombe aux États eux-mêmes de veiller à ce que les règles soient respectées 

Mais, comme l'a expliqué à ONU Info, Alfredo Parroquín-Ohlson, le responsable de la coordination des cargaisons et de la coopération technique à l'OMI, si les Nations Unies peuvent convoquer les pays pour qu'ils élaborent ces règles et directives, il incombe aux États eux-mêmes de veiller à ce qu'elles soient respectées.

« La surveillance incombe aux compagnies maritimes, et il est de la responsabilité de chaque pays de vérifier que les règlements soient appliqués et mis en œuvre correctement. Si les procédures ne sont pas suivies, il y aura bien sûr des lacunes. C’est ce qui s'est clairement produit dans le cas de Beyrouth », a-t-il déclaré.

« Nous ne pouvons qu'espérer que ce genre de catastrophe sensibilise le public aux risques qui existent », a ajouté le fonctionnaire des Nations Unies, « et nous sommes certains que de nombreux ports examinent actuellement de plus près le type de matières dangereuses qu'ils ont sur les bras et révisent leurs procédures ».

Banque mondiale/Dana Smillie
Un navire transportant des conteneurs.

Encadrer le problème

La responsabilité des gouvernements du monde entier en matière d'identification des risques, est incluse dans le Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophes, le premier des accords mondiaux du Programme 2030, adopté en 2015, qui définit la manière dont les États membres peuvent réduire les risques. Cet instrument invite les États membres à finaliser leurs stratégies de réduction des risques de catastrophes d'ici la fin de l'année.

Mami Mizutori est la cheffe du Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe (UNSDIR), l'agence principale des Nations Unies pour les risques et la résilience, chargée de superviser la mise en œuvre du Cadre de Sendai. 

Elle affirme que, si la réponse actuelle des Nations Unies à Beyrouth se concentre nécessairement sur les besoins immédiats des citoyens touchés, il est également important de discuter de la manière de réduire la probabilité qu'un incident similaire frappe la ville à l'avenir.

Ce genre d’incident risque-t-il de se reproduire ?

« L'essence du cadre de Sendai est de déplacer l'attention de la réponse aux catastrophes vers le changement de comportement, afin que nous puissions atténuer les risques des catastrophes avant qu'elles ne frappent et, ce faisant, réduire les décès et les pertes économiques, et rendre plus probable que nous atteignions un développement durable », a-t-elle déclaré. « En gros, il s'agit de prévenir et de renforcer la résilience pour l'avenir ». 

Beyrouth nous rappelle brutalement que les catastrophes n'attendent pas leur tour pour frapper, signale la Représentante spéciale du Secrétaire général pour la réduction des risques de catastrophe. 

« Les ports sont des infrastructures et des services essentiels, et ils doivent être construits de manière à prendre en compte toutes sortes de risques, y compris les types de marchandises qui y sont introduites », a ajouté Mme Mizutori.

Elle explique que si nous disposons de règles et de réglementations internationales solides concernant le fonctionnement des ports et la manière dont les substances sont stockées, nous constatons souvent que les réglementations ne sont pas appliquées. 

« Les gouvernements doivent investir dans les bonnes personnes et les bonnes infrastructures. Si cela n'est pas fait, nous verrons davantage de risques technologiques se transformer en catastrophes, que ce soit dans un port, une mine, de grandes installations industrielles ou des centrales nucléaires », avertit la haute fonctionnaire.

« Lorsque nous n'avons pas assez de gouvernance des risques, la probabilité d'un événement catastrophique augmente », a déclaré Mme Mizutori. 

 Beyrouth est un rappel brutal que les catastrophes n'attendent pas leur tour pour frapper - Mami Mizutori, cheffe du Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe 

La prévention paie

Le message de ces fonctionnaires de l'ONU est que de nouvelles règles et réglementations ne sont pas forcément nécessaires. Ce qui est plus important, c'est un changement de notre comportement et de la manière dont nous prenons en compte le risque dans notre mode de vie, que ce soit au niveau personnel ou au niveau national.

M. Parroquín-Ohlson fait remarquer que le personnel travaillant dans les ports ne devrait pas forcément porter le chapeau en cas de catastrophe.

« Le personnel doit être soutenu par ses institutions, qui disposent de règles et de règlements solides. Dans certains cas, nous avons constaté que le personnel n'était pas bien formé, mais dans d'autres, nous avons vu qu'il y avait un manque de procédures internes au sein de l'administration dans son ensemble », a-t-il précisé. « Par exemple, il faut une politique claire, indiquant qui est responsable du stockage de ces cargaisons, jusqu'au moment où elles partent sur un navire ».

Pour Mme Mizutori, une partie de la réponse est que les pays doivent mettre la réduction des risques de catastrophes au cœur de leur gouvernement.  

« Les pays doivent mettre de l'argent derrière la réduction des risques et établir des agences nationales de gestion des catastrophes, qui sont connectées à tous les autres ministères et travaillent directement sous le chef de l'État, ou le bureau du cabinet, pour s'assurer qu'elles puissent assurer que la prévention figure au cœur des politiques », développe-t-elle.

La difficulté, bien sûr, est de convaincre les gens qu'il vaut la peine de mettre de l'argent « dans quelque chose qui pourrait n'arriver que tous les 30, voire 100 ans », explique la Représentante spéciale du Secrétaire général pour la réduction des risques de catastrophe, ajoutant : «  Notre travail consiste à aider à expliquer pourquoi investir dans la prévention paie ».

 

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