Alors que la Sibérie connaît une chaleur exceptionnelle, le Conseil de sécurité débat des liens entre climat et sécurité

24 juillet 2020

L’impact du changement climatique sur la paix et la sécurité internationales a fait l’objet vendredi d’un débat au Conseil de sécurité de l’ONU, au moment où l’Organisation météorologique mondiale (OMM) met en garde contre la chaleur exceptionnelle et prolongée enregistrée en Sibérie cet été.

Cette chaleur exceptionnelle en Sibérie a alimenté des incendies dévastateurs dans l'Arctique. Dans le même temps, une diminution rapide de la banquise a été signalée le long de la côte arctique russe, a précisé l’OMM dans un communiqué de presse.

Les températures en Sibérie ont été plus de 5 degrés Celsius supérieures à la moyenne de janvier à juin et en juin jusqu'à 10 degrés Celsius au-dessus de la moyenne. Une température de 38 degrés Celsius a été enregistrée dans la ville russe de Verkhoyansk le 20 juin. Les températures dans certaines parties de la Sibérie la semaine du 19 juillet ont de nouveau dépassé 30 degrés Celsius.

« L'Arctique se réchauffe plus de deux fois plus vite que la moyenne mondiale, ce qui a un impact sur les populations et les écosystèmes locaux, avec des répercussions mondiales. Ce qui se passe dans l'Arctique ne reste pas dans l'Arctique », a déclaré le Secrétaire général de l'OMM, Petteri Taalas. « Les pôles influencent les conditions météorologiques et climatiques dans les basses latitudes où vivent des centaines de millions de personnes ».

Cette chaleur extrême aurait été presque impossible sans l'influence du changement climatique causé par l'homme, selon des climatologues. Pour la deuxième année consécutive, des incendies font rage à l'intérieur du cercle polaire arctique. Des images satellites ont montré l'étendue de la surface brûlée.

« L'intégralité de l'été 2019 a été inhabituelle en termes d'activité des incendies aux hautes latitudes nordiques et 2020 semble jusqu'à présent évoluer de la même manière », a déclaré Mark Parrington, scientifique principal du Service Copernicus de surveillance de l'atmosphère. « Cela suggère que nous pourrions assister à d'intenses incendies dans l'Arctique dans les semaines à venir, d'autant plus que la saison des feux de forêt boréale culmine généralement en juillet et en août ».

© UNOCHA/Ivo Brandau
L'insécurité s'est accrue dans la région du lac Tchad alors que l'accès aux ressources, notamment l'eau, a diminué.

Débat au niveau ministériel au Conseil de sécurité

La Présidence du Conseil de sécurité, occupée en juillet par l’Allemagne, a organisé vendredi un débat au niveau ministériel sur les liens entre le climat et la sécurité, en présence de plusieurs ministres, notamment du Ministre allemand des affaires étrangères, Heiko Maas.

« L'urgence climatique est un danger pour la paix. Il n'y a pas de lien automatique entre le changement climatique et les conflits. Mais le changement climatique exacerbe les risques existants et en crée de nouveaux », a déclaré, lors de ce débat, Miroslav Jenča, Sous-Secrétaire général des Nations Unies pour l’Europe, l’Asie centrale et les Amériques au Départements des affaires politiques et de consolidation de la paix et au Département des opérations de paix.

« Le fait de ne pas tenir compte des impacts croissants du changement climatique saperait nos efforts de prévention des conflits, de rétablissement de la paix et de maintien de la paix, et risquerait de piéger les pays vulnérables dans un cercle vicieux de catastrophes et de conflits climatiques », a-t-il ajouté.

Il a pris l’exemple du bassin du lac Tchad, où l'insécurité et les défis de gouvernance ont entravé les efforts d'adaptation au climat, affectant les moyens de subsistance, la cohésion sociale et, en fin de compte, la sécurité humaine, ce que le groupe extrémiste Boko Haram s'est avéré capable d'exploiter.

Le haut-responsable onusien a plaidé pour plusieurs mesures permettant de lutter plus efficacement contre les risques de sécurité liés au climat.

« Premièrement, nous devons tirer parti des nouvelles technologies et améliorer notre capacité analytique pour traduire la prévision climatique à long terme en une analyse concrète et à court terme », a expliqué M. Jenca. « Deuxièmement, nos efforts pour instaurer la paix et la sécurité doivent placer les personnes au centre et apprendre de ceux qui subissent quotidiennement les conséquences du changement climatique sur leur sécurité ».

« Troisièmement, nous devons renforcer les partenariats multidimensionnels et relier les travaux de l’ONU, des États Membres, des organisations régionales et d’autres acteurs dans ce domaine », a-t-il ajouté.

Nous devons rester vigilants et avoir le courage d’adapter nos approches établies pour garantir qu’elles sont adaptées à un monde affecté par le changement climatique -  Miroslav Jenča, haut-responsable onusien

Selon lui, la stratégie régionale de stabilisation, de relèvement et de résilience pour les zones touchées par Boko Haram dans le bassin du lac Tchad, menée par l'Union africaine et la Commission du bassin du lac Tchad, démontre le potentiel d'approches inclusives, tenant compte du climat et de la sécurité et montre la voie vers la stabilité.

Il a également noté que le Bureau des Nations Unies pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel et la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ont mis en place un mécanisme de coordination conjoint sur les risques de sécurité liés au climat, qui vise entre autres à identifier les bonnes pratiques pour la prévention des violences liées à la transhumance dans la région.

« Ces dernières années, nous avons fait des progrès considérables dans notre compréhension des liens entre le changement climatique, la paix et la sécurité. Mais le changement climatique est implacable et ses effets en cascade continueront de croître et d'évoluer », a dit M. Jenca.

« Nous devons rester vigilants et avoir le courage d’adapter nos approches établies pour garantir qu’elles sont adaptées à un monde affecté par le changement climatique. Et surtout, nous devons traduire les mots en actions. Comme l’a souligné le Secrétaire général, le relèvement de la pandémie offre l’occasion de renforcer la résilience et de promouvoir la justice climatique », a-t-il ajouté. 

 

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