La Covid-19 offre la possibilité de résoudre les conflits et de remédier aux faiblesses dans toute la région arabe (António Guterres)

23 juillet 2020

Si tous les États arabes éprouvent des difficultés à répondre à la Covid-19, la pandémie peut également être l'occasion de résoudre des conflits de longue date et de remédier aux faiblesses structurelles de la région, a déclaré jeudi le Secrétaire général des Nations Unies.

António Guterres a publié une note d'information politique décrivant quatre séries de priorités pour aider ces pays à se remettre et à atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) d'ici la date limite de 2030.

« La pandémie de Covid-19 a mis en évidence les failles, les fissures et les fragilités des sociétés et des économies du monde entier - et la région arabe ne fait pas exception », a déclaré António Guterres dans une vidéo accompagnant le lancement.

« Ensemble, nous pouvons transformer une crise en une opportunité. Ce sera bon pour la région - et bon pour notre monde », a-t-il ajouté.

La pauvreté menace des millions de personnes

L'impact de la Covid-19 sur la région arabe : l’occasion de mieux reconstruire, est la dernière initiative politique des Nations unies visant à aider les pays à faire face à la pandémie. Elle fournit des idées aux gouvernements sur la manière de faire face aux conséquences de la crise.

Les pays arabes - qui comptent une population totale de plus de 430 millions d'habitants - ont connu une forte baisse des revenus pétroliers, des transferts de fonds et du tourisme.

L'économie régionale devrait se contracter de plus de cinq pour cent, ce qui représente une perte globale de 152 milliards de dollars. En conséquence, un quart de la population pourrait se retrouver dans la pauvreté.

« Dans une région déjà en proie à des tensions et des inégalités, cela aura de profondes conséquences sur la stabilité politique et sociale », a averti le chef de l'ONU.

Inquiétude pour les femmes, les personnes déplacées

Des années de conflit et de troubles sociaux ont inversé les progrès du développement humain, et certaines communautés seront durement touchées par la pandémie. Il s'agit notamment des femmes, des réfugiés et des personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays.

La région arabe présente déjà le plus grand écart entre les sexes au monde, et les Nations Unies craignent que les femmes ne perdent environ 700 000 emplois, notamment dans le secteur informel où elles représentent plus de 60 % de la main-d'œuvre.

« Ceux qui sont pris dans des conflits armés sont confrontés à des défis particuliers, notamment les 26 millions de réfugiés et de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays, qui sont parmi les plus exposés au virus », a déclaré le Secrétaire général.

La pandémie risque également d'accroître l'inégalité des richesses, déjà la plus élevée au monde. En attendant, la faiblesse des institutions publiques signifie que de nombreux pays ne sont pas en mesure de planifier des crises majeures.

Saisir le « moment » Covid-19

Photo : ONU-Femmes/Dar Al Mussawir
Mahmoud Charary, réfugié palestinien au Liban, joue avec sa fille d'un an.

 

Malgré ces défis, le Secrétaire général considère la Covid-19 comme une opportunité d'apporter des changements dans la région arabe, en déclarant qu'elle « peut aussi être un moment pour résoudre des conflits de longue date et s'attaquer aux faiblesses structurelles ».

Il a proposé quatre séries de priorités pour guider les réponses, avec pour objectif immédiat de ralentir la propagation de la maladie, de mettre fin aux conflits et de soutenir les personnes les plus vulnérables.

« Cela signifie qu'il faut donner la priorité aux soins de santé vitaux pour les victimes de la Covid-19, respecter l'appel à un cessez-le-feu mondial, assurer une aide humanitaire aux plus vulnérables - y compris les réfugiés, les personnes déplacées et les communautés d'accueil -, fournir un soutien d'urgence aux personnes et aux ménages et prendre des mesures pour alléger la dette, promouvoir le commerce et étendre l'aide - par exemple, par le biais d'un fonds de solidarité régional », a déclaré M. Guterres.

Investir pour mettre fin aux inégalités

Compte tenu des inégalités dans la région, le chef de l'ONU a appelé à un plus grand investissement dans la santé universelle, l'éducation, la protection sociale et la technologie. Il a également souligné la nécessité d'investir dans les femmes et les filles, et de garantir l'égalité des droits et la participation.

« L'éducation et les opportunités sont également essentielles pour les jeunes de la région, qui sont confrontés à des taux de chômage cinq fois plus élevés que ceux des adultes. Avec les bons investissements, la jeunesse arabe - qui représente aujourd'hui la plus grande tranche d'âge de la région - peut également être son principal atout », a-t-il ajouté.

Une économie plus verte et diversifiée

Le Secrétaire général a également souligné la nécessité de stimuler la reprise économique par le biais de modèles économiques plus diversifiés et « verts ». Cela peut se faire par la création d'emplois durables et décents, l'introduction de mesures fiscales progressives, la fin des subventions aux combustibles fossiles et une meilleure prise en compte des risques climatiques.

« Le moment est venu de donner la priorité aux droits de l'homme, de garantir une société civile dynamique et des médias libres et de créer des institutions plus responsables qui accroîtront la confiance des citoyens et renforceront le contrat social », a déclaré M. Guterres, soulignant son quatrième domaine prioritaire pour la région.

La note d'orientation souligne aussi le rôle clé de la communauté internationale dans le soutien à toute transition dans les pays arabes, notamment par la fourniture d'une aide humanitaire et un meilleur accès au financement, ainsi que par des mesures visant à gérer la dette et à supprimer les obstacles au commerce.

 

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