La Covid-19 à l’origine de nouveaux déplacements au Yémen

21 juillet 2020

La pandémie du nouveau coronavirus impose un nouveau défi au Yémen déjà dévasté par près de six ans de conflit. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), la Covid-19 est à l’origine « d’une nouvelle vague de déplacement interne et de misère pour des milliers de Yéménites harassés par la guerre » civile.

Entre le 30 mars et le 18 juillet dernier, cette agence onusienne basée à Genève a ainsi enregistré le déplacement de plus de 10.000 personnes. Ces civils ont « fui par crainte de contracter le virus et en raison de l’impact de l’épidémie sur les services et l’économie », a déclaré Paul Dillon, porte-parole de l’OIM.

Au total, la Matrice de suivi des déplacements (DTM) de l’Agence internationale de l’ONU pour les migrations (OIM) indique que plus de 100.000 personnes ont été contraintes de fuir en raison des combats et de l’insécurité depuis janvier.

« En raison des contraintes d’accès, les données ne sont collectées que dans 12 des 22 gouvernorats, de sorte que le nombre total de déplacements de cette année sera probablement beaucoup plus élevé que ce qui a été enregistré », a toutefois précisé M. Dillon.

Outre l’impact de plus de cinq ans de conflit civil, ces déplacés internes quittent désormais « les points chauds du virus ». Certains quittent ainsi Aden et Lahj pour se rendre dans des régions des mêmes gouvernorats moins touchées par l’épidémie, tandis que d’autres se rendent dans des districts d’Abyan, malgré les combats actifs dans d’autres parties de ce gouvernorat.

Photo OIM/Olivier Headon
Une femme déplacée avec ses jeunes enfants à Ibb, au Yémen.

Le Yémen signale 1.610 cas confirmés de Covid-19 dont 445 décès

D’une manière générale, l’impact sur les plus vulnérables a été immédiat. Une femme nommée Salam à Aden a raconté au personnel de l’OIM que des personnes vendaient leurs matelas, couvertures et vêtements pour enfants afin de répondre à leurs besoins de base.

« Les femmes déplacées qui travaillaient comme domestiques sont obligées de mendier dans les rues parce que les employeurs potentiels ont peur qu’elles soient porteuses du virus », a détaillé le porte-parole de l’OIM.

Au Yémen, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recense 1.610 cas confirmés de Covid-19 dont 445 décès.

La situation est particulièrement grave dans des endroits comme Aden, où les hôpitaux refusent les cas suspects - Paul Dillon, porte-parole de l'OIM

Si le nombre officiel de cas reste faible dans le pays, les organismes humanitaires travaillent en partant « de l’hypothèse que les chiffres réels sont beaucoup plus élevés », en raison notamment des capacités de dépistage limitées et des inquiétudes de la population locale quant à la recherche d’un traitement.

« Les rapports faisant état d’une augmentation des déplacements, des maladies et des décès dans tout le pays confirment cette hypothèse », a fait valoir le porte-parole de l’OIM.

Dans ces conditions même si le nombre officiel de cas de Covid-19 au Yémen reste faible, la communauté humanitaire travaille en supposant que les chiffres réels sont beaucoup plus élevés.

« La situation est particulièrement grave dans des endroits comme Aden, où les hôpitaux refusent les cas suspects et où les médias ont fait état d’un grand nombre de tombes creusées », a insisté M. Dillon.

Plus largement, plusieurs personnes déplacées internes vivaient déjà en déplacement et se déplacent pour la deuxième, troisième ou quatrième fois. La pandémie du nouveau coronavirus et le manque de financement massif posent pourtant « des défis majeurs à la communauté humanitaire qui travaille pour aider les personnes déplacées vivant dans des sites informels surpeuplés avec peu d’accès aux services essentiels ».

 

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