Liban : Michelle Bachelet appelle à une réponse urgente et unifiée à la crise économique

10 juillet 2020

La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, a mis en garde vendredi contre les effets dévastateurs de la crise socio-économique sur la population libanaise et a exhorté le gouvernement, les partis politiques et le secteur financier à travailler ensemble pour assurer la protection des plus pauvres et des plus vulnérables.

« Les Libanais vulnérables, en plus d'autres groupes vulnérables tels que les réfugiés et les travailleurs migrants, sont de plus en plus incapables de satisfaire leurs besoins fondamentaux » , a souligné la Haut-Commissaire. « Cette situation est en train de devenir rapidement incontrôlable, avec un grand nombre de personnes déjà démunies et confrontées à la famine comme conséquence directe de cette crise ».

Michelle Bachelet a appelé les partis politiques et les dirigeants du pays à mettre en œuvre les réformes nécessaires de toute urgence et à donner la priorité à la satisfaction des besoins essentiels tels que l'alimentation, l'électricité, la santé et l'éducation. Elle a en outre appelé la communauté internationale à accroître son aide au gouvernement pour soutenir ces efforts.

Selon elle, les chocs économiques croissants, associés à l'apparition de la Covid-19, ont touché toutes les couches de la société. Beaucoup ont perdu leur emploi, ont vu leurs économies s'évaporer sous leurs yeux et ont perdu leur maison.

Forte augmentation du coût des biens importés

La cheffe des droits de l'homme des Nations Unies a fait valoir que, comme c'est si souvent le cas dans de telles situations, ce sont les plus pauvres et les plus vulnérables qui souffrent le plus. Des centaines de familles n'ont tout simplement pas les moyens de mettre de la nourriture sur la table. Leur situation ne fera qu'empirer à mesure que les importations de produits alimentaires et médicaux se tarissent, car la dépréciation de la livre libanaise a fortement augmenté le coût des biens importés.

Parmi les plus vulnérables, on compte quelque 1,7 million de réfugiés et 250.000 travailleurs migrants. De nombreux travailleurs migrants ont perdu leur emploi ou n'ont pas été payés, se sont retrouvés sans abri, incapables de payer les soins de santé et d'envoyer des fonds à leurs familles restées au pays.

Le gouvernement estime qu'en avril 2020, 75% de la population avait besoin d'aide. La grave récession économique, parallèlement à la pandémie de Covid-19 et aux mesures de confinement, a également entraîné la perte d'un emploi sur trois pour les Libanais, et un nombre encore plus important de personnes risquent d'être poussées dans le secteur informel.

« Le chômage propulse la pauvreté et l'endettement », a déclaré Mme Bachelet. « Dans un pays sans allocations de chômage et avec des filets de sécurité sociale fragiles, une crise du chômage a de graves implications non seulement pour l'économie mais aussi pour le tissu social même du pays ».

Un pays au bord de l'effondrement économique

Le mécontentement lié à la mauvaise gestion chronique, à la corruption et aux impasses politiques a débouché sur des manifestations de rue en octobre dernier. Le pays est aujourd'hui au bord de l'effondrement économique : depuis octobre, la lire libanaise a perdu plus de 80% de sa valeur, des milliers d'entreprises ont fermé et les coupures d'électricité chroniques sont devenues la norme.

« Il est important, en ces temps difficiles, que nous réévaluions la façon dont nous traitons les migrants, y compris en tant que travailleurs », a déclaré Mme Bachelet.

« Alors que nous réagissons à cette pandémie et à la crise socio-économique, nous devons inclure et protéger tout le monde, indépendamment de leur statut migratoire ou autre », a-t-elle fait valoir.

« Sans un renforcement des filets de sécurité sociale et une aide de base accrue pour atténuer la douleur causée par les réformes structurelles nécessaires, les Libanais vulnérables, les travailleurs migrants et les réfugiés seront poussés encore plus loin dans la pauvreté et l'extrême pauvreté », a déclaré Michelle Bachelet.

« L'alarme a été tirée, et nous devons réagir immédiatement avant qu'il ne soit trop tard », a-t-elle conclu.

 

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