Vers une demande accrue de matières premières pour les batteries des voitures électriques (CNUCED)

24 juin 2020

Derrière la voiture électrique, ce sont des matériaux comme le cobalt, le lithium, le cuivre, le nickel ou les terres rares qui mènent à la batterie lithium-ion. Et avec l’explosion des besoins due au boom des voitures électriques, 23 millions de véhicules particuliers devraient être produits d’ici 2030, annonce ce mercredi la CNUCED.

Selon l’Agence onusienne basée à Genève, la demande de matières premières utilisées pour la fabrication de batteries rechargeables augmentera rapidement à mesure que l’importance du pétrole en tant que source d’énergie diminuera, comme l’a récemment souligné l’effondrement des prix dû à l’offre excédentaire et à la faible demande résultant de Covid-19. D’autant que ces dernières années, les ventes de voitures électriques ont explosé.

Elles ont augmenté de 65 % en 2018 par rapport à l’année précédente, pour atteindre 5,1 millions de véhicules. « Cette hausse devraient même atteindre 23 millions en 2030, selon l’Agence internationale de l’énergie », relève la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED).

« Les sources d’énergie alternatives telles que les batteries électriques vont devenir encore plus importantes à mesure que les investisseurs se méfieront de l’avenir de l’industrie pétrolière », a confirmé la Directrice du commerce international de la CNUCED, Pamela Coke-Hamilton, lors du lancement du rapport.

Le marché de cathode pourrait dépasser plus de 58 milliards de dollars d’ici à 2024

Le marché mondial de cathode à base de lithium, la batterie automobile rechargeable la plus courante, était estimé à 7 milliards de dollars en 2018. Il devrait dépasser plus de 58 milliards de dollars d’ici 2024, selon le rapport. « L’augmentation de la demande pour les matières premières stratégiques utilisées dans la fabrication des batteries de voitures électriques ouvrira davantage de débouchés commerciaux pour les pays qui fournissent ces matériaux », a déclaré Mme Coke-Hamilton.

Photo ONU/JC Mcllwaine
Des voitures électriques garées devant le Siège des Nations Unies à New York (archives). Photo ONU/JC McIlwaine

Le rapport parie sur le dynamisme de ce secteur. Selon la CNUCED, les efforts en cours pour réduire les émissions de gaz à effet de serre devraient stimuler les investissements dans la production d’énergie verte, qui se sont maintenus au fil des ans, pour atteindre en moyenne 600 milliards de dollars par an.

Les batteries rechargeables joueront un rôle important dans la transition mondiale vers un système énergétique à faible teneur en carbone. Pour l’Agence onusienne, elles contribueront aussi à atténuer les émissions de gaz à effet de serre si les matières premières utilisées pour leur fabrication proviennent d’une source et sont produites de manière durable, indique le rapport.

Mais pour la CNUCED, il est aussi important pour les pays fournissant ces matériaux « de développer leur capacité à remonter la chaîne de valeur ». Surtout que la majeure partie de la valeur ajoutée aux matières premières utilisées dans la fabrication des piles rechargeables est générée en dehors des pays qui produisent ces matériaux.

Valeur ajoutée limitée de l’extraction du cobalt en RDC

Par exemple, la valeur ajoutée aux minerais de cobalt par la République démocratique du Congo (RDC) se limite à des produits intermédiaires. Le traitement et le raffinage ultérieurs sont principalement effectués dans des raffineries en Belgique, en Chine, en Finlande, en Norvège et en Zambie pour obtenir les produits finaux utilisés dans les batteries rechargeables ainsi que pour d’autres applications.

Une façon pour l’Agence onusienne de rappeler que Kinshasa, qui représente plus des deux tiers de la production mondiale de cobalt, n’a pas maximisé les avantages économiques de ce minerai en raison d’une infrastructure, d’une technologie, d’une capacité logistique et d’un financement limités et de l’absence de politiques appropriées pour encourager la valeur ajoutée locale. A noter que la fabrication d’électrodes positives pour les batteries de voiture est dominée par les pays d’Asie. En 2015, la Chine représentait environ 39 % du marché mondial, le Japon 19 % et la République de Corée 7 %.

Dans le même temps, les réserves de matières premières pour les batteries automobiles sont fortement concentrées dans quelques pays. Près de 50% des réserves mondiales de cobalt se trouvent en RDC. Près de 58% des réserves de lithium se trouvent au Chili alors que 80% des réserves de graphite naturel se trouvent en Chine, au Brésil et en Turquie. Selon la CNUCED, près de 75% des réserves de manganèse se trouvent en Australie, au Brésil, en Afrique du Sud et en Ukraine.

20 % du cobalt fourni par la RDC provient de mines artisanales

Or pour la CNUCED, cette production très concentrée, susceptible d’être perturbée par l’instabilité politique et les effets néfastes sur l’environnement, suscite des inquiétudes quant à la sécurité de l’approvisionnement en matières premières des fabricants de piles. Le rapport avertit que les perturbations de l’approvisionnement peuvent entraîner un resserrement des marchés, une hausse des prix et une augmentation du coût des batteries de voiture, ce qui affectera la transition mondiale vers une mobilité électrique à faible intensité de carbone.

Plus largement, si les véhicules électriques semblent promis à un avenir radieux, dynamisé par la transition écologique, le rapport met en lumière les impacts sociaux et environnementaux de l’extraction des matières premières pour les batteries de voiture. Par exemple, environ 20 % du cobalt fourni par la RDC provient de mines artisanales où le travail des enfants et les violations des droits de l’homme ont été signalés. Selon l’UNICEF, jusqu’à 40.000 enfants travaillent dans des conditions extrêmement dangereuses dans les mines pour un maigre revenu.

Au Chili, l’extraction du lithium utilise près de 65 % de l’eau de la région de Salar de Atamaca, l’une des zones désertiques les plus sèches du monde, pour pomper les saumures des puits forés. « Cela a provoqué l’épuisement et la pollution des eaux souterraines, obligeant les agriculteurs locaux de quinoa et les éleveurs de lamas à migrer et à abandonner les établissements ancestraux », a fait valoir la CNUCED.

Cela a également contribué à la dégradation de l’environnement, à la dégradation des paysages et à la contamination des sols. Selon le rapport, les effets néfastes sur l’environnement pourraient être réduits en augmentant les investissements dans les technologies utilisées pour recycler les piles rechargeables usagées.

 

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