Au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, appel au démantèlement de structures d’oppression raciale

16 juin 2020

Le Groupe de travail intergouvernemental sur l’application effective de la Déclaration et du Programme d’action de Durban, a rendu hommage, mardi à Genève, à la mémoire de George Floyd et des autres membres de minorités dont les droits ont été bafoués par les personnes chargées de les défendre. 
 

Lors d’un débat général du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies sur le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie, le Président-Rapporteur du Groupe de travail, Refiloe Litjobo, a d’ailleurs recommandé de démanteler les structures d’oppression raciale construites voici des siècles.

Refiloe Litjobo qui est également Ambassadeur du Lesotho auprès des Nations Unies à Genève, s’est inquiété de la montée du racisme. « Le Groupe de travail a également discuté de la situation de la discrimination raciale dans le monde et s’est dit préoccupé par l’augmentation des incitations à la violence, de la haine raciale, des discours et des crimes haineux et par la résurgence du néonazisme et des idéologies nationalistes violentes fondées sur des préjugés raciaux, y compris la suprématie blanche qui alimentent le racisme », a-t-il déclaré. 

Et en ces temps de mobilisation mondiale après la mort de George Floyd aux Etats-Unis, le Représentant permanent du Lesotho a également rappelé qu’aucun pays « n’est à l’abri des maux du racisme ». Les nombreuses manifestations à la mémoire de George Floyd montrent que la lutte contre le racisme nous concerne toutes et tous, en tant que membres de la communauté humaine, a relevé le Président du Groupe de travail. Il a estimé qu’au cours de ces rassemblements de soutien, des manifestants des pays ont également appelé à la justice pour leurs propres Georges Floyd.

« Ils ont demandé à pouvoir guérir les blessures de leur passé », a-t-il ajouté.  « Ces dernières semaines, les manifestations massives de solidarité à Georges Floyd de Bogota à Berlin, de Tokyo à Sydney, du Cap à Sao Paulo, de Nairobi à Lausanne, représentent un écho de ce que disait Martin Luther King, à savoir l’injustice, où que ce soit, est une menace pour la justice partout, et qu’aucun pays n’est à l’abri des maux du racisme ».

« L’abolition de l’esclavage n’a pas mis en terme à la discrimination »

Pour le Président-Rapporteur du Groupe de travail intergouvernemental sur l’application effective de la Déclaration et du Programme d’action de Durban, le monde entier a d’ailleurs vu les images inacceptables de l’agonie de George Floyd, pleurant sa mort.  « Cette tragédie nous rappelle que l’abolition de l’esclavage n’a pas mis en terme à la discrimination, à la stigmatisation, l’exploitation et à la violence mortelle contre les personnes d’ascendance africaine », a-t-il insisté.

Une façon pour l’Ambassadeur du Lesotho de souligner que l’abolition de l’esclavage n’a pas mis un terme à l’exclusion dont sont victimes les noirs et que « le racisme est présent dans des institutions et le système des Etats ».  Et ce racisme se manifeste « par des brutalités policières et par le recours à un usage excessif de la force, par le profilage raciste ». Il se traduit aussi par « un contrôle au faciès, l’impunité d’officiers de police, par des disparités raciales lors d’arrestations et même par une inégalité dans l’exercice du droit à la vie ».

De plus, la pandémie de Covid-19 a d’autre part mis en évidence les discriminations dont sont victimes de nombreuses personnes membres d’autres minorités, tandis que le nationalisme blanc monte en puissance, a mis en garde M. Litjobo. Il a recommandé de démanteler les structures d’oppression construites voici des siècles et d’adopter des politiques publiques radicales pour faciliter l’accès des personnes d’ascendance africaine à l’éducation supérieure.

Des femmes d’ascendance africaine victimes de la pauvreté et d’une inégalité ancrée dans des programmes scolaires

Par ailleurs Président-Rapporteur du Groupe de travail a salué les mères noires qui ont perdu leurs enfants à cause de la couleur de leur peau. De nombreuses femmes d’ascendance africaine sont victimes de la pauvreté et d’une inégalité ancrée dans des programmes scolaires par ailleurs muets sur la contribution essentielle des femmes à l’histoire, a ensuite regretté M. Litjobo. 

Face à cette « discrimination », les femmes et les filles d’ascendance africaine ont besoin d’une approche globale pour les sortir de l’oppression, de l’inégalité et de la pauvreté.  « Au cours de la dernière session, le Groupe a parlé des défis auxquels sont confrontés les femmes d’ascendance africaine et a conclu que cette discrimination est le résultat évident d’un racisme structurel et systémique. Mais c’est aussi le résultat d’un état d’esprit mondial qui est le reflet de l’héritage de la traite négrière transatlantique », a relevé le Président du Groupe de travail.

« Nous ne pouvons plus tolérer l’inacceptable, nous avons des comptes à rendre à nos jeunes générations, aux nombreux garçons et filles qui défilent et demandent la justice et l’égalité dans tous les coins du monde », a-t-il martelé.

Dans ces conditions, l’équipe présidée par l’Ambassadeur Litjobo est d’avis que la présente crise est une opportunité de réforme. Pour le Groupe de travail, les systèmes qui reproduisent les inégalités raciales construites il y a des centaines d’années, doivent être démantelés. Pour y arriver, le Groupe a invité les pays du Conseil des droits de l’homme à adopter « une législation nationale forte » condamnant la discrimination raciale. Cela passe aussi par l’adoption de « politiques publiques radicales » qui favorisent le changement culturel, de ressources adéquates pour lutter contre les inégalités économiques et de politiques de discrimination positive pour faciliter l’accès à l’enseignement supérieur.

Lors du débat général sur le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée, les intervenants ont exprimé leur inquiétude face à l’augmentation des niveaux de violence raciste dans le monde. Le nombre de manifestations sous la bannière du slogan « Black Lives Matter » à travers le monde témoigne de la volonté des populations de voir les États respecter leurs obligations en matière de lutte contre les discriminations raciales ou de la xénophobie, a-t-il en outre été relevé.

A noter qu’à la suite d’une proposition des pays africains, le Conseil des droits de l’homme a donné son feu vert pour la tenue, mercredi à Genève, d’un débat urgent sur le racisme et les violences policières. Dans une lettre écrite au nom du Groupe des pays africains, l’ambassadeur du Burkina Faso auprès des Nations Unies à Genève, Dieudonné Désiré Sougouri, avait demandé vendredi au Conseil d’organiser un débat sur « les violations actuelles des droits de l’homme d’inspiration raciale, le racisme systémique, la brutalité policière et la violence contre les manifestations pacifiques ».
 

 

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