Mali : l’ONU appelle à rester unis et engagés face à la crise multiforme

11 juin 2020

Lors d’une réunion ministérielle du Conseil de Sécurité sur le Mali tenue jeudi, le Secrétaire général de l’ONU a affirmé qu’il était essentiel de faire preuve d’un engagement « collectif et durable », de suivre une approche « globale commune » et d’apporter un soutien continu à la Mission des Nations Unies dans le pays (MINUSMA) dont le mandat expire fin juin.

« Les crises multiformes qui touchent le Mali et le Sahel continuent de faire payer un lourd tribut aux populations de la sous-région. Les groupes terroristes et criminels continuent d’étendre leurs activités et d’exploiter les tensions intercommunautaires qui existent de longue date », a déclaré António Guterres lors de son intervention par visioconférence devant les 15 membres du Conseil. 

Le chef de l’ONU a exprimé ses plus sincères condoléances pour les récents assassinats dans le centre du Mali et dans le nord du Burkina Faso voisin, qui ont tué près de 200 personnes au cours d'attaques récentes distinctes attribuées à des groupes terroristes.

M. Guterres a souligné que la Covid-19 « vient compliquer une situation déjà extrêmement difficile » et que les groupes terroristes et d’autres groupes armés tentent de tirer profit de la pandémie. 

« Le Mali n’a pas été épargné par le virus, pas plus que la mission de maintien de la paix sur le terrain » a signalé le Secrétaire général, se disant encouragé par la réaction rapide du gouvernement malien face à la pandémie, en étroite coopération avec la MINUSMA et d’autres partenaires internationaux.  

Photo : ONU/MINUSMA
Du personnel de la MINUSMA distribue des kits de prévention à la Covid-19 à Gao, au Mali.

Des évolutions positives prometteuses

M. Guterres a salué les évolutions « positives prometteuses » constatées depuis la signature de l’Accord de paix par les parties maliennes à Alger, il y a cinq ans.  

Il a notamment mis en exergue la tenue d’un dialogue national inclusif, l’incorporation de plus de 2.000 ex-combattants des mouvements armés dans les forces de défense et de sécurité nationales et le retour officiel des forces armées nationales à Kidal pour la première fois depuis 2012, qui devrait permettre de préparer le retour des administrations publiques et des institutions judicaires.

Le Secrétaire général s’est également félicité de la prises de mesures pour la mise en place de la « Zone de développement des régions du nord », qui vise l’amélioration la vie quotidienne de la population afin d’aider à remédier aux causes profondes de l’instabilité, dont la pauvreté, le sous-développement et l’absence de perspectives pour les jeunes.   
 

Photo ONU/Marco Dormino
Une experte des droits de l'homme a un entretien avec une personne déplacée à Menaka, dans le nord du Mali.

La situation au centre demeure préoccupante

Le chef de l’ONU reste toutefois préoccupé par la situation dans le centre du Mali, où les activités terroristes continuent d’alimenter la violence intercommunautaire, faisant payer un lourd tribut à la population locale, dont les 100 civils tués au cours des derniers jours.

Selon le Secrétaire général, la lutte contre l’impunité reste indispensable pour endiguer la violence dans le centre du pays et les autorités doivent en faire davantage pour montrer leur détermination à agir en ce sens. 

« Il est essentiel de traduire en justice les auteurs criminels contre les soldats de la paix. 128 soldats de la paix ont été tués à la suite d’actes hostiles et pas un seul responsable n’a eu à rendre de comptes », a-t-il précisé.

M. Guterres a souligné que la MINUSMA et le Secrétariat de l'ONU ont pris des mesures importantes pour renforcer la présence et les activités des Nations Unies dans le centre du Mali et mieux protéger les civils. 

Il a appelé à soutenir le plan d’adaptation de la Mission onusienne, qui envisage une opération plus agile, mobile et flexible, dotée d’unités spécialisées et de capacités renforcées, notamment en matière de moyens aériens. « Dans une situation de plus en plus difficile sur le plan de la sécurité, des moyens aériens additionnels sont de toute urgence nécessaires pour permettre à la Mission de continuer à assurer la bonne mise en œuvre de son mandat », a précisé M. Guterres, demandant aux États membres de l'ONU de soutenir le plan d’adaptation lorsqu’ils procéderont à l’examen des contributions et du budget de la MINUSMA, conformément aux engagements qu’ils ont pris dans le cadre de l’initiative Action pour le maintien de la paix.  

 

MINUSMA/Marco Dormino
Un hélicoptère canadien CH-147 Chinook décolle alors que les Casques bleus canadiens de la MINUSMA se protègent de la poussière lors d'un exercice d'évacuation médicale près de Gao au Mali (archive)

Une responsabilité commune

Le chef de l’ONU a également appelé à une « action internationale rapide et déterminée pour couvrir les besoins humanitaires les plus urgents et les effets déstabilisateurs de la Covid-19 », signalant que le nombre de personnes ayant besoin d'assistance devrait atteindre les cinq millions au cours des prochains mois.

« Le succès de la lutte contre le terrorisme au Mali et dans la région du Sahel dépendra de la capacité de la communauté internationale de rester unie et de suivre une approche globale commune », a poursuivi M. Guterres. 

Il estime crucial de continuer d’apporter un soutien au G5 Sahel (Burkina faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) avec un dispositif d’appui complet financé, ainsi que de continuer de soutenir les initiatives régionales, notamment celles de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et de l’Union africaine (UA).

Le chef de l'ONU a félicité l’armée malienne, la Force conjointe du G5 Sahel et les forces françaises d’avoir renforcé leurs opérations et amélioré leur coordination dans la région du Liptako-Gourma. Il a également remercié la France, l’Allemagne et l’Union européenne (UE) d’avoir été à l’initiative de la Coalition pour le Sahel créée lors du sommet de Pau en janvier.

« Notre engagement collectif et durable et le soutien continu de la MINUSMA sont essentiels pour bâtir un Mali stable sur le plan politique et plus sûr. Nous le devons aux populations du Mali et de la région du Sahel, qui méritent un avenir meilleur », a conclu António Guterres devant les membres du Conseil. 
 

 

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