Au Nigéria, les répercussions socio-économiques de la Covid-19 se font gravement ressentir (PAM)

9 juin 2020

La pandémie de Covid-19 a un impact considérable sur la sécurité alimentaire au Nigéria, a alerté mardi le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM).

« Les répercussions socio-économiques de la pandémie de Covid-19 se font gravement sentir au Nigéria - la plus grande économie et le pays le plus peuplé d’Afrique - avec des conséquences potentiellement graves sur la sécurité alimentaire et la nutrition de millions de personnes », a déclaré Elisabeth Byrs, porte-parole du PAM au cours d’une conférence de presse virtuelle depuis Genève.

Selon l’agence onusienne, plus de 3,8 millions de personnes, principalement du secteur informel, pourraient perdre temporairement leur emploi. Et ce chiffre pourrait passer à 13 millions si les restrictions à la circulation se poursuivent pendant une période plus longue. « Cela s’ajouterait aux près de 20 millions (23 % de la population active) déjà sans emploi », a ajouté Mme Byrs. Une situation d’autant plus préoccupante alors que la chute brutale des prix internationaux du pétrole - le principal produit d’exportation d’Abuja - depuis l’apparition du virus fait craindre « une récession ».

Dans un pays où environ 90 millions de personnes (46 % de la population) vivent avec moins de 2 dollars par jour, les pauvres des villes, qui dépendent du secteur informel pour se nourrir et subvenir aux besoins de leur famille, sont les plus « durement touchés par les restrictions de mouvement visant à contenir la propagation du virus ».

Ailleurs dans le pays, le nouveau coronavirus a également eu « un impact énorme sur les écoliers », avec environ 39 millions d’enfants et de jeunes touchés par les fermetures d’écoles. Cela a d’énormes répercussions sur l’apprentissage, la santé et la nutrition des élèves.  

L’aide au nord-est du Nigéria en butte au conflit et au coronavirus

En outre, l’augmentation des cas de Covid-19 dans le nord-est du Nigeria – une région déjà « secouée par des violences depuis une décennie » - préoccupe les organismes humanitaires. En effet, les communautés touchées par le conflit, sont déjà confrontées à « une faim extrême » et sont particulièrement « vulnérables aux retombées socio-économiques de la pandémie ».

Dans ces conditions, l’urgence pour les autorités nigérianes et les partenaires humanitaires est de maintenir des programmes de sauvetage e des vies. « Ces personnes, qui avaient faim et dépendaient de notre aide avant la Covid-19, dépendront encore de nous dans ces circonstances difficiles », a relevé la porte-parole du PAM. L’agence onusienne entend distribuer dans cette partie du pays, deux mois d’aide alimentaire et nutritionnelle dans les camps de personnes déplacées et parmi les communautés vulnérables afin de garantir que les gens aient suffisamment de nourriture pendant qu’ils sont en situation de confinement total ou partiel.

L’objectif est de venir en aide à 600.000 personnes supplémentaires. Ce qui porte le total à 1,8 million - dans les trois États du nord-est, Borno, Adamawa et Yobe, où le PAM fournit une aide alimentaire et nutritionnelle aux femmes, hommes et enfants touchés par « une insurrection qui dure depuis dix ans ».

D’une manière générale, l’agence onusienne basée à Rome prévoit d’augmenter son aide pour atteindre 3 millions de personnes au Nigeria, y compris ce soutien aux systèmes de protection sociale du gouvernement dans les villes d’Abuja, Kano et Lagos. Le PAM s’efforce d’aider jusqu’à 1,2 million de personnes par une combinaison de transferts en espèces et de distributions de nourriture en nature à Kano, Abuja et Lagos - des régions où l’agence ne fournissait pas d’aide jusqu’à présent, et où il peut renforcer de manière significative les efforts de protection sociale du gouvernement.

Plus de 12.000 cas confirmés de Covid-19 dont 354 décès

Par ailleurs, le PAM fournit un soutien technique pour renforcer les systèmes de protection sociale dirigés par le gouvernement nigérian, notamment en réajustant les programmes d’alimentation scolaire pour aider les enfants pendant la fermeture des écoles grâce à des rations à emporter chez eux. Le service de rations à emporter a démarré dans la capitale fédérale Abuja et dans la capitale commerciale Lagos à la mi-mai avec le déploiement d’équipes de l’agence onusienne pour fournir des conseils techniques. Le programme - dirigé par le ministère nigérian des affaires humanitaires - vise à atteindre 9 millions d’enfants dans 3 millions de foyers à travers les 36 États du pays.

Au Nigéria, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comptabilise 12.486 cas confirmés de Covid-19 dont 354 décès.

Plus largement, la réponse humanitaire s’est concentrée sur les pauvres des villes - avec des distributions ciblant certaines des communautés les plus vulnérables - notamment le bidonville de Makoko, qui abrite des dizaines de milliers de personnes. Parmi ces personnes venues en aide figure Marceline Wanu, 25 ans, une mère de quatre enfants qui vend du poisson à Makoko. Selon elle, « quand le gouvernement a dit que personne ne devait aller nulle part », elle ne pouvait plus se rendre aller au marché. « Mais quand je ne pouvais pas aller au marché, il n’y avait pas d’argent pour nourrir mes enfants parfois et c’est très douloureux. Mes enfants recevaient de la nourriture quand ils allaient à l’école, mais quand leurs écoles ont fermé, cela est devenu un fardeau supplémentaire. Mais depuis qu’ils ont donné de la nourriture, cela nous a un peu aidés », a-t-elle ajouté, citée dans ce communiqué du PAM.

A noter que l’agence onusienne a besoin urgemment de 182 millions de dollars au cours des six prochains mois pour fournir une assistance cruciale au Nigéria, notamment aux personnes dont les moyens de subsistance et les revenus ont été affectés par la pandémie de Covid-19.

 

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