RDC: 1.300 civils tués au cours des huit derniers mois (ONU)

5 juin 2020

Près de 1.300 civils ont été tués dans divers conflits entre des groupes armés et des forces de sécurité en République démocratique du Congo (RDC) au cours des huit derniers mois, a indiqué l’ONU vendredi.

Dans un communiqué, la Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme, Michelle Bachelet, a expliqué que certains des incidents impliquant des massacres et d’autres exactions et violations pourraient constituer des crimes contre l’humanité ou des crimes de guerre.

Des groupes armés ont commis des « atrocités et des massacres, et les forces de sécurité ont également été responsables de graves violations des droits de l’homme dans ces provinces ainsi que dans d’autres parties du pays », relève le communiqué de l’ONU.

« Je suis consternée par l’augmentation des attaques brutales contre des civils innocents par des groupes armés, et par la réaction des forces militaires et de la police qui ont également commis de graves violations, y compris des meurtres et des violences sexuelles », a déclaré Mme Bachelet. « Ce ne sont pas seulement des actes répréhensibles, mais ils brisent aussi la confiance entre les populations et les autorités civiles et militaires », a-t-elle ajouté.

D’autant que sur le terrain, le nombre de victimes a fortement augmenté ces dernières semaines alors que les conflits dans trois provinces de l’est du pays - Ituri, Nord-Kivu et Sud-Kivu - se sont propagés, « avec des répercussions désastreuses sur la population civile ». Dans la province d’Ituri par exemple, les attaques et la nature de la violence commises par des groupes armés sont devenues de plus en plus « atroces, se caractérisant notamment par des violences sexuelles, des décapitations et des mutilations de cadavres ».

Plus d’un demi-million déplacés par les violences dans le Nord-Kivu et Sud-Kivu en neuf mois

Selon le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme en RDC (BCNUDH), entre le 1er octobre 2019 et le 31 mai 2020, au moins 530 civils ont été tués par des groupes armés en Ituri, dont 375 depuis le pic des violences en mars. Les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et la Police nationale congolaise (PNC) auraient également tué 17 civils au cours de la même période.

Mais le principal groupe armé reste la CODECO. Composé principalement de combattants issus de la communauté Lendu, ce groupe poursuit depuis 2017 « une stratégie de massacres de résidents locaux, principalement Hema, mais aussi Alur », afin de contrôler les ressources naturelles dans la région.  « Jusqu’à présent, et à leur grand crédit, les communautés ciblées se sont abstenues de riposter », a déclaré Mme Bachelet. « Cependant, en l’absence de protection par des forces de sécurité et de défense efficaces, il existe un risque sérieux que les communautés se sentent obligées de former des groupes d’autodéfense, ce qui exacerberait très probablement une situation déjà désastreuse ».

De leur côté, les combattants des ADF ont été responsables de 77 morts civils dans l’Ituri voisin. A la date du 31 mai 2020, le même groupe aurait tué, au Nord-Kivu, au moins 514 civils à l’aide de machettes, de haches et d’armes lourdes, et enlevé des enfants. « Les forces de défense et de sécurité ont également été fortement impliquées, dans l’exécution extrajudiciaire par les FARDC de 59 civils et la PNC de 24 autres », relèvent les services de Mme Bachelet qui ajoutent que plus de 400.000 personnes ont été déplacées dans le Nord-Kivu.

Au Sud-Kivu voisin, plus de 110.000 personnes, pour la plupart des femmes et des enfants, ont été également déplacées par la violence, qui est alimentée « par des discours haineux diffusés sur les médias, les réseaux sociaux et lors de déclarations publiques ».

De possibles « crimes contre l’humanité ou crimes de guerre » en Ituri et au Nord-Kivu

Dans cette province, au moins 74 personnes ont été tuées depuis octobre et au moins 36 femmes et enfants violés dans une recrudescence de la violence ethnique entre les communautés Banyamulenge et les Bafuliro, Babembe et Banyindu. Des militaires des FARDC sont également pointés du doigt et responsables « du meurtre d’au moins 15 personnes et des violences sexuelles contre 13 femmes ».

Face à de tels crimes, la Cheffe des droits de l’homme de l’ONU invite Kinshasa à déployer, dans les zones de conflit, des forces de sécurité « pour s’assurer qu’elles protègent les civils plutôt que de s’en prendre à eux ». « La protection des civils relève de la responsabilité de l’Etat et lorsque l’État laisse un vide, d’autres acteurs ont tendance à le remplir. En RDC, l’expérience passée montre que cela peut avoir des résultats catastrophiques », a-t-elle rappelé. 

« Le caractère généralisé et systématique de certaines des attaques contre des civils en Ituri et au Nord-Kivu peut constituer des crimes contre l’humanité ou des crimes de guerre», a ajouté la Haute-Commissaire.

Outre ces graves abus commis dans certaines zones de conflits dans l’Est de la RDC, des violences et des meurtres ont également eu lieu au Kongo Central et dans la capitale de la RDC, Kinshasa où, entre le 30 mars et le 24 avril, au moins 62 civils ont été tués et 74 blessés lors de sept opérations menées par la PNC et les FARDC contre des militants du groupe politico-religieux Bundu Dia Kongo (BDK). 

« Les forces de sécurité ne doivent recourir à la force que lorsque cela est strictement nécessaire, et la force létale ne peut être utilisée que lorsqu’il y a un risque imminent pour la vie », a fait valoir Mme Bachelet.

Plus largement, la cheffe des droits de l’homme de l’ONU plaide pour « des enquêtes crédibles, transparentes et indépendantes ». « Les victimes et leurs familles ont droit à la justice, à la vérité et à des réparations et j’exhorté les autorités à prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher la répétition de telles violations graves », a rappelé Mme Bachelet.
 

 

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