Le racisme, ce leg de l’esclavage que nous devons confronter ensemble

4 juin 2020

Un webinaire de l’UNESCO sur le thème « Confronter ensemble l’héritage de l’esclavage : le racisme », s’est penché sur les mesures à prendre pour faire face à la crise de Covid-19 et lutter contre les incidents croissants de racisme et de discrimination. ONU Info a recueilli le témoignage de Webster, artiste canadien originaire du Québec, sur cette question.

La traite transatlantique des esclaves est considérée comme l'un des plus graves crimes contre l'humanité que le monde n’ait jamais connue. La pandémie de Covid-19 a dévoilé ces héritages de manière frappante notamment à travers le racisme, les inégalités et la vulnérabilité que connaissent les personnes d'origine africaine dans le monde entier.

« Il y a plus de personnes afro-descendantes ou de la diaspora africaine qui sont malades ou meurent de la Covid-19 que ce soit aux États-Unis, au Brésil en Angleterre », explique Aly Ndiaye , alias Webster, un artiste Hip-Hop et conférencier canadien qui participait au webinaire de l’UNESCO. 

Aly Ndiaye est né d’un père sénégalais et d’une mère québécoise. Il a toujours été fier de ses origines. Le travail de Webster, passionné d'histoire, met l'accent sur l'importance des populations minoritaires, en particulier les histoires des Noirs québécois et de l'esclavage.

« La notion de race est une notion relativement récente dans l’histoire de l’humanité », explique-t-il. « C’est à partir des années 1700 que l’on commence à catégoriser, à essentialiser et à hiérarchiser les personnes selon la couleur de leur peau. Ce n’est qu’à partir des années 1800 que l’on a commencé à associer des maladies aux populations noires ». Pour Webster, ce webinaire a permis de montrer l’importance d’une meilleure connaissance du rôle de l’esclavage dans le façonnement de notre présent. « Ce qui se passe aujourd’hui d’un point de vue économique, d’un point de vue global et social est en lien direct avec l’esclavage », explique-t-il.

« Si les personnes afro-descendantes ou encore les personnes issues des premières nations des Amériques sont atteintes de cette maladie en plus grand nombre, ce n’est pas par une différence biologique mais par une disparité sociale créée par cette perception d’une différence biologique qui est une idée de race », estime-t-il. 

Mbaï-Hadji Mbaïrewaye
Webster, artiste hip-hop et conférencier canadien présente une exposition aux musées des Beaux-arts du Québec sur les esclaves en fuite.

Présence afro-descendante et de l’esclavage au Canada

Un des thèmes qui tient à cœur à Webster est l’histoire de la présence afro descendante et l’esclavage au Québec et plus largement au Canada, car « c’est une histoire qui est complètement oubliée. Vous arrêtez les gens dans la rue et vous leur demander s’il y a une présence africaine ici depuis longtemps et les gens vont penser à la deuxième moitié du 20ème siècle. Pourtant il y a une présence africaine qui date de la colonie française de 1629 ». 
D’où l’importance de parler de cette histoire-là « pour que l’on puisse comprendre que notre histoire ici au Québec et au Canada n’est pas une histoire homogène. Il y a une présence afro-descendante ici depuis des siècles et en partageant ces informations j’espère que les gens revoient leur identité et leur rapport avec la racisation au Québec et au Canada », explique-t-il.

JJG
Aly Ndiaye, alias Webster, un artiste Hip-Hop et conférencier canadien.

 

Webster, rappeur historien 

La première initiative de Webster dans la diffusion de l’information était à travers la musique. « A l’époque, c’était le seul medium que je possédais pour pouvoir transmettre les informations », dit-il. « Donc j’ai commencé par rapper à propos de l’esclavage et de la présence afro descendance ici avant même de donner des conférences ». 
Puis de fil en aiguille il a développé d’autres types de projets afin de pouvoir toucher une plus grande audience. « A travers le rap je ne pouvais toucher que les gens qui suivent la communauté hip hop. Ce sont des projets qui doivent s’adresser à l’ensemble de la société », explique-t-il. 

Il a donc commencé à faire des conférences un peu partout à travers le monde sur la diversité culturelle et l’influence de la culture hip-hop sur les jeunes. Il a aussi créé des visites guidées de la ville de Québec intitulée Visite Québec history X, X étant le facteur inconnu en mathématique. Durant ces visites de deux heures, il partage l’histoire du Québec et du Canada à travers la lunette de l’esclavage et de la présence afr- descendante, deux éléments importants « car l’esclavage n’était pas seulement un esclavage des personnes noires mais aussi celui des personnes autochtones ». 

Webster a aussi publié un livre pour enfant sur Olivier Lejeune, un Malgache et premier esclave arrivé au Québec en 1629, « c’est donc une manière de transmettre ces informations à un public plus jeunes qui pourra vieillir en sachant qu’il y a une présence africaine qui date depuis plusieurs siècles », ajoute Webster.

Pour Aly Ndiaye, pour qu’une société puisse avancer il faut qu’elle puisse confronter la notion de racisme. « Le racisme est une plaie qui existe dans toutes les sociétés. Et ici au Québec et au Canada aussi d’ailleurs, c’est une chose pour laquelle on a de la difficulté à parler sur la place publique. Pour moi c’est un signe de maturité pour une société d’être capable de s’assoir et de regarder ses torts sans comprendre que ce ne sont pas ses torts qui définissent la société ». 

Webster est un grand optimiste. « Cette traite transatlantique a un impact très marqué sur ce qui se passe aujourd’hui même avec la Covid- 19 ». Mais il ne pense pas que les gens feront nécessairement ce lien. « Je n’ai pas beaucoup d’espoir mais je reste optimiste ». 

En attendant Webster continue à chercher sans relâche à rendre la société plus inclusive et plus juste. 
 

 

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