James Chau : pour battre le coronavirus, les Etats doivent agir avec audace - ENTRETIEN

18 mai 2020

A l’ouverture de la 73e Assemblée mondiale de la santé, le journaliste James Chau, a appelé les Etats à faire preuve d’« audace » pour vaincre la pandémie de Covid-19. ONU Info s’est entretenu avec le présentateur du podcast The China Current - une émission sur les relations internationales - qui est également ambassadeur de bonne volonté de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) depuis plus de quatre ans.

 L'Assemblée mondiale de la santé (AMS), l'organe décisionnel de l'OMS, a démarré lundi les travaux de sa 73e session. Cette réunion annuelle qui s’étend normalement sur deux semaines a été réduite à deux jours et est organisée en format virtuel en raison de la pandémie de Covid-19. A cette occasion, ONU Info s’est entretenu avec le journaliste chinois James Chau et a demandé à cet ambassadeur de bonne volonté de l'OMS pour les objectifs de développement durable et la santé ce qu'il attendait de l'AMS cette année et ce qu’il pense du rôle joué par l’agence onusienne dans la lutte contre la pandémie.

ONU Info : Si vous aviez l'occasion de parler aux ministres de la santé et aux parties prenantes lors de la 73e session de l’AMS, quel message leur  transmettriez-vous?

James Chau : Il y a un an, je me suis rendu à Genève pour l'Assemblée mondiale de la santé, en ma qualité d'ambassadeur de bonne volonté de l'OMS pour les objectifs de développement durable et la santé. Cette année, tout a changé : nous ne nous réunissons que virtuellement, mais je pense que cette réunion est le rassemblement le plus important d'architectes mondiaux de tous types de l'histoire en temps de paix moderne. La Covid-19 et la pandémie qu'elle a provoquée nous ont rendu humbles, humiliés, mis à genoux et dans un état de deuil permanent pour le monde que nous connaissions autrefois et pour nous tous en tant que membres de l'humanité.

Ce que je dirais aux ministres et aux autres intervenants lors de cette réunion virtuelle, c'est qu’ils reconnaissent pourquoi nous nous réunissons virtuellement. Nous ne pouvons pas quitter nos maisons. Nous ne pouvons pas quitter nos pays. Nous ne pouvons pas voyager en toute sécurité pour être ensemble - et cela en soi devrait tirer la sonnette d'alarme dans chacune de nos têtes. Je leur dirai de mettre de côté leurs déclarations préparées. De ne pas se limiter à leurs formules mais d’être imaginatifs, créatifs et audacieux parce que c'est ce que cette pandémie exige de nous. Elle est rapide. Elle est très intelligente. Et nous devons en quelque sorte trouver un moyen de la contourner afin que nous puissions être devant elle et reprendre notre souffle.

Le message de James Chau aux leaders mondiaux : « soyez imaginatifs, créatifs et audacieux parce que c'est ce que cette pandémie exige de nous »

Je leur dirais aussi : mettez de côté vos intérêts nationaux parce que même si cela va à l'encontre de chaque fibre de votre être naturel, il faut reconnaître également que cette pandémie ne se soucie pas de savoir si nous nous occupons que de nos propres personnes, peuple, pays et frontières. Ce n'est tout simplement pas suffisant dans une pandémie véritablement mondiale et dans un monde véritablement mondialisé. Alors, faires preuve d’imagination. Considérez l’AMS non pas comme une réunion, mais comme une opportunité d'établir une vision pour créer un avenir mondial juste, équitable et bon - et avec vous en tant qu'architecte de tout cela dans sa conception, sa création et sa construction.

ONU Info : L’OMS, comme toute autre organisation intergouvernementale, est chargée d'exécuter les mandats des États membres. Mais ces mandats devraient-ils être élargis afin de lui permettre de répondre aux besoins de la communauté mondiale et de sa population ?

James Chau : C'est une erreur de penser que l’OMS n’est qu’un simple bâtiment entouré d'arbres sur l'avenue Appia à Genève (adresse du siège de l’organisation en Suisse). Il faut plutôt la voir comme une organisation qui nous appartient à tous, quelque chose qui nous appartient, quelque chose qui représente près de 200 pays et représente les droits de près de huit milliards de personnes partout dans le monde. C’est ce qui fait la beauté de cette organisation. Et quand nous pensons à l'OMS dans ce contexte, nous apprenons à la chérir, à la nourrir et aussi à lui permettre de faire ce que nous lui avons demandé de faire : assurer la santé , la sécurité et la sûreté dans un monde très, très incertain.

Nous avons chargé les femmes et les hommes de l'OMS de le faire pour nous depuis plus de 70 ans. Ils ont répondu à cette mission maintes et maintes fois. Cela fait maintenant 40 ans que la variole a été éradiquée, et nous sommes sur le point de venir à bout de a polio, de la maladie du ver de Guinée et de bien d’autres maladies encore. Alors pourquoi ne pas faire notre cette mission et ce travail, en être fiers et investir dans tous les sens possibles, afin que l'OMS puisse travailler pour nous comme nous lui avons demandé de le faire ?

ONU Info : À de nombreuses reprises, l'OMS a fait face à ses limites et à des restrictions dans son travail. Quel type de mandats pensez-vous que les États membres devraient élargir pour que cette agence onusienne puisse bien faire son travail ?

James Chau : Je veux partager un moment de l’entretien que m’a accordé Helen Clark, l’ancienne Première ministre de Nouvelle-Zélande et ancienne Administratrice du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Elle est une formidable femme d'État de notre époque et nous montre la voie à suivre en ces temps désespérés et comment nous devons réagir. Helen Clark a dit qu'elle sait que l'OMS est très mal financée et que nous ne pouvons pas nous attendre à ce qu'elle fasse un travail excellent avec un budget insuffisant. Donc, ce que j'espère que les États membres tireront de cette expérience, c'est que nous devons financer et financer pleinement l’OMS.

Il y avait un slogan qui disait : « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays » (phrase prononcée par l’ancien Président des Etats-Unis, John F. Kennedy). Comme je l'ai dit, nous vivons des temps extraordinaires avec une menace non traditionnelle pour la sécurité - c'est donc une guerre d'un genre différent qui mérite son propre cri de ralliement. Et je dirais ceci : ne demandez pas ce que l'OMS peut faire pour vous, mais demandez d'abord, que pouvons-nous tous faire pour notre propre Organisation mondiale de la santé ?

ONU Info : Pour revenir à l'Assemblée mondiale de la santé, la pandémie de Covid-19 va dominera cette réunion virtuelle organisée à minima. On a beaucoup parlé du rôle de l’OMS et de ses performances dans la lutte contre la pandémie. Quelle est votre opinion ?

James Chau : Je suis personnellement très fier de la façon dont les femmes et les hommes de l'Organisation mondiale de la santé ont réagi au nouveau coronavirus depuis le premier jour. Ils ont acheté et expédié des équipements de protection individuelle qui nous protègent non seulement, mais en particulier nos agents de santé dans des dizaines de pays : des masques chirurgicaux et masques N95, lunettes, gants, blouses et masques faciaux.

L’OMS nous a également fourni des informations avec les conférences de presse que nous voyons tous les jours en ligne, des stratégies des médias sociaux, des façons de communiquer de manière créative avec différentes personnes en ligne Et l’agence onusienne s’est s'assurée que le message parvienne aux personnes qui n'ont pas accès à un smartphone ou à une alimentation électrique. Cela a renforcé notre capacité de réponse.

Ne demandez pas ce que l'OMS peut faire pour vous, mais demandez d'abord, que pouvons-nous tous faire pour notre propre Organisation mondiale de la santé - James Chau

L’OMS a créé des partenariats incroyables avec toutes sortes de personnes et de plates-formes que l'on n'aurait jamais cru possibles avec WhatsApp par exemple, afin que nous puissions simplement saisir un numéro et obtenir instantanément les dernières informations en temps et en heure. Elle a également créer des festivals avec des personnalités et organisations comme Lady Gaga et Global Citizen, afin que nous puissions être connectés ensemble dans une belle solidarité, de sorte que même si nous sommes seuls à la maison séparés de tous ceux qui sont proches de nous, nous pouvons tout de même avoir le sentiment d’appartenir à quelque chose et savoir qu'il y a un espoir qui repose sur des preuves, que les traitements, les thérapies et les vaccins sont en cours parce que l’OMS est le point de rassemblement mondial - pour la science, l'innovation et l'humanité.

ONU Info : Quelles leçons avons-nous tirées de cette urgence de santé publique de portée internationale ?

James Chau : Il y a tellement de leçons à tirer et qui continueront d'être tirées de cette crise. La première leçon est que le coronavirus n'est pas seulement une urgence sanitaire. Il s'agit d'une urgence d'origine sanitaire qui a désormais d'énormes conséquences sociales et économiques. S’il n’y avait qu’une seule leçon à tirer de la Covid-19, c’est celle de notre vulnérabilité. Nous sommes vulnérables, nous sommes fragiles, nous sommes brisés. Nous ne pouvons avancer que si nous choisissons de le faire avec une approche unifiée. Nous n’avons pas à nous aimer les uns les autres, mais nous devons reconnaître (l’existence d’un problème) et faire preuve de sagesse. Nous devons être ensemble dans cette réponse à la pandémie.

ONU Info : En tant qu'ambassadeur de bonne volonté, que faites-vous pour aider l'OMS à lutter contre la Covid-19 ?

James Chau : Chaque ambassadeur de bonne volonté offre une valeur et un rôle différents à jouer. Et dans mon cas, avec ma formation en journalisme, je suis en mesure de communiquer avec les gens en ce moment - ce qui est très déroutant, alors que les enjeux sont aussi élevés pour eux-mêmes et pour leurs familles. La Covid-19 n'est pas seulement une pandémie de santé. C’est également une infodémie pour la santé, caractérisée par une désinformation délibérée, ainsi que par la cybercriminalité. Je ne peux pas changer cette réalité, mais je peux aider à contrer son impact.

À partir de la fin janvier, j'ai commencé à interviewer les personnes qui façonnent la réponse. Margaret Chan a été la première, ancienne et récente Directrice générale de l’OMS à avoir dirigé la réponse pendant les épidémies de SRAS, Ebola, MERS et Zika. Soumya Swaminathan, l'actuelle scientifique en chef de l'OMS qui, en ce moment, rassemble et teste des vaccins et des thérapies. Sharon Lewin, dont le laboratoire du Doherty Institute de Melbourne, a été le premier à l'extérieur de la Chine à isoler le virus du Covid-19. Les chefs de l'ONUSIDA et du HCR, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés.

Et parler à des personnes de couleur pour comprendre le risque qu'elles connaissent actuellement. Parler à des gens du Chinatown de New York, qui malgré les attaques contre les personnes d'origine asiatique, cuisinent et livrent des repas aux travailleurs de santé aux États-Unis, des gens qui sont capables de relier ensemble les défis auxquels nous sommes confrontés.

 

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