Bangladesh : dans les camps de réfugiés rohingya, branle-bas de combat humanitaire contre la Covid-19

15 mai 2020

Un premier cas de coronavirus a été confirmé jeudi au sein d’un camp de réfugiés rohingya au Bangladesh.

C’est le branle-bas de combat au sein de la communauté humanitaire au Bangladesh au lendemain de la découverte d’un premier cas confirmé de Covid-19 à Kutapalong qui abrite d’immenses camps de réfugiés rohingya.

Selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), les mécanismes d’intervention ont été activés dès la confirmation de ce premier cas et nécessiteront un soutien international supplémentaire.

Les autorités locales et l’Organisation mondiale pour la santé (OMS) ont annoncé jeudi la découverte d’un premier cas officiel du nouveau coronavirus parmi les réfugiés rohingyas. Un deuxième cas a été aussi détecté dans une clinique des camps, mais il s’agit d’un Bangladais habitant les environs venu s’y faire soigner. « Tous deux s’étaient adressés à des établissements de santé gérés par des partenaires humanitaires, où des échantillons ont été prélevés. Ceux-ci ont ensuite été testés dans le laboratoire de terrain à Cox’s Bazar », a déclaré Andrej Mahecic, porte-parole du HCR lors d’un point de presse virtuel vendredi à Genève.

Les organismes humanitaires de l’ONU et les autorités du Bangladesh sont sur le qui-vive pour éviter toute propagation du nouveau coronavirus dans les camps de Rohingya. Les organisations entendent éviter le pire dans ces camps du sud du Bangladesh où vivent près d’un million de réfugiés de cette minorité musulmane ayant fui les persécutions au Myanmar. Selon le HCR, des équipes d’enquête rapide ont été mises en place après la confirmation de ces deux cas.

L’urgence pour les organismes humanitaires et les autorités de Dacca, est d’enquêter ces deux cas. Il s’agit aussi d’isoler et traiter les patients, ainsi que mener la recherche des contacts, les mettre en quarantaine et les tester conformément aux directives de l’OMS.

Tout faire pour éviter « des taux de mortalité plus élevés dans des sites surpeuplés »

Les tests ont commencé dans le district de Cox’s Bazar au début du mois d’avril. A la date du jeudi 14 mai, 108 réfugiés ont été testés. « Avant ce premier cas notifié hier vendredi, aucun cas positif n’avait été signalé depuis six semaines », a dit M. Mahecic, précisant que ces tests ne concernent que les réfugiés ayant des symptômes. Selon le HCR, la création de centres d’isolement et de traitement (ITC) - consacrés à la gestion des cas graves dans les établissements de santé existants et dans les nouveaux sites - est en cours et reste une priorité urgente.

Par ailleurs, il existe de sérieuses inquiétudes quant à l’impact potentiellement grave du virus dans les camps de réfugiés densément peuplés qui abritent quelque 860.000 réfugiés rohingya. Dans ces camps, le réfugiés y vivent dans une pauvreté extrême et s’entassent dans la promiscuité. De plus, près de 400.000 Bangladais vivent dans les communautés d’accueil environnantes. Ces populations sont considérées comme étant parmi les plus menacées au niveau mondial par cette pandémie.

« Aucun effort ne doit être épargné si l’on veut éviter des taux de mortalité plus élevés dans des sites surpeuplés où les infrastructures sanitaires et d’approvisionnement en eau et d’assainissement sont limitées », a déclaré M. Mahecic.

Pour soutenir les efforts menés par le gouvernement afin de freiner la propagation et l’impact de la pandémie, depuis mars, le HCR et ses partenaires ont mis en œuvre une série de mesures de préparation et de prévention. Près de 250 points focaux cliniques ont été aussi formés au système d’alerte précoce et de réponse. Plus de 3.000 réfugiés volontaires ont reçu une formation sur le nouveau coronavirus.

Sur un autre plan, tous les partenaires des secteurs de l’eau et de l’assainissement et de la santé mènent régulièrement des activités de promotion de l’hygiène dans les camps. Des efforts sont en cours pour nettoyer et désinfecter les zones communes et les quartiers dans l’ensemble des camps, tandis que des mesures de distanciation sociale ont été mises en place à tous les points de distribution, ainsi que le lavage obligatoire des mains.

L’UNICEF met sur pied un centre d’isolement et de traitement

Le Bangladesh compte à ce stade 283 morts de Covid-19 pour près de 18.863 cas confirmés. En réponse à ce premier cas de Covid-19 chez les Rohingya, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) est en train de mettre sur pied un centre d’isolement et de traitement des infections respiratoires aiguës sévères de 210 lits. Les 90 premiers lits seront prêts d’ici le 22 mai et les autres d’ici le 30 mai 2020.

Pendant que la construction de l’installation de 210 lits est en cours, l’UNICEF convertit un centre de traitement de la diarrhée en un centre d’isolement et de traitement de 30 lits. « Ce projet devrait être achevé demain samedi, mais il faut encore un peu de temps pour mettre en place les ressources humaines et les fournitures médicales », a déclaré Marixie Mercado, porte-parole de l’agence onusienne.

Le personnel des établissements de santé a été formé à la prévention et au contrôle des infections. Près de 229 volontaires du réseau de santé communautaire de l’UNICEF ont été formés à la recherche des contacts de Covid-19. En outre, les partenaires de l’agence onusienne fournissent de l’eau potable et du savon à 240.000 réfugiés rohingya, dont plus de la moitié sont des enfants. Plus de 4.200 stations communautaires de lavage des mains dans les camps et 160 dans la communauté d’accueil depuis le début du mois de mars. Quelque 9.500 latrines et 4.700 installations de bain ont été désinfectées.

Le PAM a mis en place un système de rations alimentaires pour deux mois

De son côté, le Programme alimentaire mondial (PAM), a commencé à mettre en place des mesures préventives et de précaution aux points de distribution peu après la confirmation du premier cas de Covid-19 au Bangladesh. Les camps de réfugiés rohingya de Cox’s Bazar sont parmi les plus grands et les plus surpeuplés au monde, ce qui les rend extrêmement vulnérables à la pandémie.

« La situation est aggravée dans les camps de réfugiés rohingya de Cox’s Bazar où les conditions de vie rendent la distanciation physique presque impossible et où une épidémie peut se propager rapidement », a déclaré Elisabeth Byrs, porte-parole du PAM.

Plus largement, le PAM aide 860.000 réfugiés rohingya et 157.000 personnes des communauté hôtes de Cox’s Bazar. Dans les camps de réfugiés, l’agence onusienne a mis en place un système de rations pour deux mois, de sorte que les parents et les enfants ne doivent se rendre aux centres de nutrition qu’une fois tous les deux mois. En outre, 6.900 enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition modérée et des femmes enceintes et allaitantes reçoivent des aliments complémentaires très nutritifs dans le cadre du programme de nutrition de la communauté d’accueil.

L’approche de la saison des moussons ajoute une couche supplémentaire de vulnérabilité, car les fortes pluies menacent de déplacer les familles. L’année dernière, plus de 4.000 familles ont été déplacées et 16.000 personnes ont été touchées en 24 heures par l’une des plus fortes averses.

Par ailleurs, le PAM redoute que Covid-19 remette en cause les progrès réalisés par le Bangladesh en matière de développement au cours des cinq dernières décennies. « Le nouveau coronavirus peut être mortel, mais la faim l’est tout autant », a mis en garde Mme Byrs. Au Bangladesh, 40 millions de personnes vivent déjà dans la pauvreté et une baisse significative des revenus et de la consommation des personnes vulnérables pourrait faire basculer des millions d’autres dans la pauvreté.

Un confinement national est en vigueur depuis le 26 mars à travers ce pays d’Asie du Sud. Or selon le PAM, ces restrictions de mouvement affectent des millions de personnes à travers le Bangladesh, en particulier les salariés journaliers comme les conducteurs de rickshaw qui se trouvent maintenant dans l’incapacité de satisfaire leurs besoins fondamentaux.

 

 

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