Sans aide extérieure et face au Covid-19, le Soudan plongera dans d’indicibles souffrances, prévient l’ONU

28 avril 2020

Sans une aide rapide des bailleurs de fonds internationaux, le Soudan pourrait plonger dans « d’indicibles souffrances », a prévenu mardi le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH).

Un an à peine après la chute d’Omar el-Béchir, la transition politique au Soudan est menacée. Le gouvernement de transition dirigé par le Premier Ministre Abdalla Hamdok est confronté à un manque de ressources sur fond de pandémie de Covid-19.

Les contraintes financières que rencontre le gouvernement sont exacerbées par une combinaison des conséquences des sanctions unilatérales toujours en cours à l’encontre de Khartoum, de l'incapacité des institutions internationales à alléger la dette et d'une d’aide étrangère insuffisante, estime l’ONU.

L’extrême fragilité de la situation au Soudan inquiète la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Michelle Bachelet. Cette dernière estime que « le point de basculement pourrait être le Covid-19 ».

Le pays comptait officiellement 318 cas confirmés dont 25 décès, selon les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en date du 28 avril. Des sources médicales ont averti qu'il y avait une grave pénurie d'équipements de protection.

« Le système de santé n'est tout simplement pas équipé pour gérer une épidémie à l'échelle que nous avons vue ailleurs dans le monde. Il n'y a qu'une seule façon de prévenir une catastrophe humanitaire : que les bailleurs de fonds intensifient leur aide et tendent la main au Soudan », a déclaré Mme Bachelet.

Dans une lettre adressée le 8 avril dernier au Secrétaire général de l’ONU, le Premier ministre soudanais avait sollicité l’appui financier et technique des Nations Unies pour lutter contre la pandémie. Dans son message à António Guterres, Abdalla Hamdok, avait reconnu que le Covid-19 posait de sérieux défis au système de santé, à l'économie et à la société de son pays dans son ensemble.

Les bailleurs de fonds appelés à « agir rapidement et généreusement »

La chute d’Omar el-Béchir le 11 avril 2019 et la formation d’un gouvernement de transition sous la direction d’Abdalla Hamdok - qui fut Secrétaire exécutif adjoint de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, de 2011 à 2018 - suscita beaucoup d’espoirs et la promesse d’un développement économique et social, d’une consolidation de la démocratie, et de plus de justice et de paix pour un pays confronté à diverses crises politiques et conflits.

Pour Mme Bachelet, la communauté internationale doit « agir rapidement et généreusement « pour fournir un appui financier » à Khartoum. « Sinon, nous courons le risque qu'un pays qui tenait une telle promesse retombe dans l'instabilité politique et les conflits potentiels », a dit la Haut-Commissaire.

Sur les 43 millions de personnes que compte la population soudanaise, près de 2 millions sont toujours déplacées à cause des conflits au Darfour, ainsi que dans les Etats du Sud-Kordofan et du Nil Bleu frontalier du Soudan du Sud. La plupart font face à des conditions désastreuses, vivant dans des camps ou des campements, dans l’impossibilité de subvenir à leurs besoins fondamentaux. Le Soudan accueille également plus de 1,1 million de réfugiés et de migrants.

Même avant l'arrivée du Covid-19, de nombreux Soudanais luttaient pour vivre en raison d’un chômage élevé, d’une l'inflation galopante et du manque de protection sociale et de filets de sécurité. Ces problèmes ont été aggravés par les conséquences du maintien du Soudan sur la liste américaine des États qui parrainent le terrorisme. En outre, le pays fait actuellement partie des pays qui ne sont pas éligibles au Fonds d'affectation spéciale de 50 milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale visant à aider les pays à lutter contre le Covid-19.

António Guterres a exhorté la communauté internationale à faire tout ce qui est en son pouvoir pour soutenir le pays dans sa transition et en cette période de graves besoins.

« La seule façon pour le Soudan de sortir de ce cycle de pauvreté et de désespoir est de se libérer des entraves liées aux sanctions imposées à l'époque du gouvernement précédent. Cela permettrait au Soudan d'attirer des investissements pour ses réformes économiques indispensables et d'accéder pleinement aux fonds des institutions financières internationales », a déclaré Mme Bachelet.

Pour la Haut-Commissaire, les inégalités et les griefs économiques et sociaux ont été les principaux déclencheurs de la révolution soudanaise l’année dernière. « Si ces causes profondes et d'autres ne sont pas traitées en priorité, la transition réussie du Soudan vers l'instauration d'une paix durable restera un objectif lointain », a-t-elle prévenu.

 

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