En Colombie, le Covid-19 affecte la mise en œuvre de l’accord de paix et le travail de la mission de l’ONU

14 avril 2020

A l’image du reste du monde, la pandémie de Covid-19 impacte profondément la Colombie et son processus de paix, a indiqué l’envoyé de l’ONU dans le pays lors d’une intervention mardi devant le Conseil de sécurité réuni en visioconférence.

Plus de 2.700 cas confirmés y ont été enregistrés, dont plus de 109 décès. « Le processus de paix en ressentira sans aucun doute les effets », a reconnu le chef de la Mission de vérification de l’ONU en Colombie, Carlos Ruiz Massieu.

« Cependant, il est encourageant de voir les Colombiens trouver des réponses créatives à cette crise et répondre positivement aux appels à l'unité alors que les autorités, à tous les niveaux, prennent des mesures pour contenir la propagation de la pandémie », a-t-il ajouté.

Le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en Colombie a rappelé que la mise en œuvre de l'accord de paix dépend d'un engagement constant entre les parties, ainsi que des institutions étatiques clés, des organisations de la société civile, des partenaires de la communauté internationale et d’autres acteurs. « Cet engagement est sans aucun doute plus difficile dans le contexte de la quarantaine nationale mise en place depuis le 24 mars », a-t-il dit.

Des mesures ciblées contre le Covid-19 se sont traduites par des restrictions d'accès aux anciennes zones territoriales destinées à la réintégration des anciens soldats de la guérilla FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie). « Néanmoins, les parties et les autres acteurs s'adaptent à ce scénario changeant pour continuer à mettre en œuvre l'accord de paix et garantir le suivi des questions liées à la paix », a précisé M. Ruiz Massieu.

« Sur ce point, nous devons être clairs : le Covid-19 affecte et continuera d'affecter la mise en œuvre de l’accord de paix et les activités de vérification de la Mission (de l’ONU en Colombie) », a dit le Représentant spécial. « Cependant, nous avons une obligation collective de continuer à assurer les progrès de sa mise en œuvre. La paix en Colombie ne peut pas et ne doit pas être une victime de cette pandémie ».

Poursuivre l’application intégrale de l’accord de paix

Dans cette perspective, M. Ruiz Massieu juge important de poursuivre l’application intégrale de l’accord de paix et des trois priorités soulignées par le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, dans son dernier rapport sur la situation en Colombie.

La première priorité est d'adopter toutes les mesures nécessaires pour protéger les dirigeants sociaux, les défenseurs des droits de l'homme et les anciens combattants des FARC. La violence à leur encontre se poursuit sans relâche malgré la quarantaine décrétée sur l’ensemble du territoire national.

« Depuis la publication du rapport, trois dirigeants sociaux et trois anciens combattants ont été tués, pour un total de 195 anciens combattants depuis la signature de cet accord de paix final », a déploré le Représentant spécial. « Tout comme les acteurs colombiens s'unissent pour faire face à la pandémie, il est impératif pour tous les acteurs de s'unir pour mettre fin à l'épidémie de violence contre les dirigeants sociaux, les défenseurs des droits humains et anciens combattants ».

La deuxième priorité est de renforcer les bases du processus de réintégration à plus long terme et de faire en sorte que tous les anciens combattants puisent bénéficier des avantages de cette réintégration, quel que soit leur lieu de résidence.

La troisième priorité est de veiller à ce que les communautés, en particulier les victimes, demeurent au centre des efforts de consolidation de la paix.

Tous les acteurs armés doivent renoncer à la violence

Faisant écho à l'appel du Secrétaire général de l’ONU en faveur d'un cessez-le-feu mondial, M. Ruiz Massieu a appelé tous les acteurs armés de la Colombie à faire passer la vie au-dessus de toute autre considération et de se concentrer sur la prévention de la propagation du Covid-19 dans le pays, se joignant ainsi aux nombreux appels émis dans ce sens par la société civile colombienne ces dernières semaines.

« L'Armée de libération nationale (ELN) a répondu en déclarant un cessez-le-feu unilatéral d'un mois au cours du mois d'avril », a dit l’envoyé onusien, regrettant toutefois que les affrontements armés se poursuivent entre des groupes armés illégaux dans plusieurs départements du pays, dont ceux de Cauca, de Chocó et de Norte de Santander.

« À un moment où tous les efforts doivent être axés sur la lutte contre la pandémie, nous exhortons tous les acteurs armés en Colombie à renoncer à continuer de commettre des actes de violence contre des personnes 
et communautés vulnérables, y compris les communautés autochtones et afro-colombiennes », a-t-il précisé.

 

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