Covid-19 : les États doivent combattre la violence domestique aggravée par les restrictions (experte)

28 mars 2020

Les mesures restrictives adoptées dans le monde entier pour lutter contre la COVID-19 intensifient le risque de violence domestique. Les gouvernements doivent défendre les droits fondamentaux des femmes et des enfants et proposer des mesures urgentes aux victimes de cette violence, a déclara vendredi une experte des droits de l'homme des Nations Unies.

« Il est très probable que les taux de violence domestique généralisée augmenteront, comme le suggèrent déjà les premiers rapports de la police et des lignes d'assistance téléphonique. Pour trop de femmes et d'enfants, le foyer peut être un lieu de peur et de maltraitance. Cette situation s'aggrave considérablement en cas d'isolement, comme les mesures de confinement imposées pendant la pandémie Covid-19 », a averti la Rapporteure spéciale des Nations Unies sur la violence contre les femmes, Dubravka Simonovic.

« Tous les États devraient faire des efforts significatifs pour faire face à la menace Covi -19, mais ils ne devraient pas laisser derrière eux les femmes et les enfants victimes de violence domestique, car cela pourrait conduire à une augmentation de la violence domestique, y compris les fémicides des partenaires intimes », a-t-elle déclaré

Selon elle, le risque est aggravé à une époque où il n'y a pas ou peu de refuges et de services d'aide aux victimes, où il est difficile d'accéder à ceux qui sont encore ouverts et où il y a moins de soutien communautaire, moins d'interventions policières et moins d'accès à la justice car de nombreux tribunaux sont fermés.

Il est très probable que les taux de violence domestique généralisée augmenteront - Dubravka Simonovic, Rapporteure spéciale des Nations Unies sur la violence contre les femmes

L'experte des Nations Unies a noté que, pour de nombreuses femmes, les mesures d'urgence nécessaires pour lutter contre le Covid-19 ont augmenté leur charge concernant les travaux domestiques et les soins aux enfants, aux parents âgés et aux membres de la famille malades.

« Pour aggraver les choses, les restrictions de mouvement, les contraintes financières et l'incertitude généralisée enhardissent les auteurs de ces crimes et leur donnent un pouvoir et un contrôle supplémentaires », a-t-elle souligné.

Mme Simonovic a exprimé des préoccupations particulières concernant les femmes plus exposées à la violence domestique, comme les femmes handicapées, les migrantes sans papiers et les victimes de la traite.

L'experte des Nations Unies a appelé les gouvernements à ne pas mettre en suspens la protection des victimes et les a exhortés à continuer à lutter contre la violence domestique à l'occasion de la Covid-19. Les mesures de protection des victimes doivent rester disponibles ou être adoptées pendant la crise. Il s'agit notamment d'assurer l'accès à la protection par des ordonnances restrictives et de maintenir des abris sûrs et des lignes d'assistance pour les victimes. La police devrait accroître ses efforts pour une action rapide.

« Comme il peut être dangereux de passer des appels téléphoniques dans un contexte de confinement à domicile, les lignes d'assistance peuvent faciliter l'accès en offrant aux victimes des services de chat et de SMS en ligne, les États devraient également trouver des solutions nouvelles et créatives pour les soutenir », a déclaré l'experte.

« Les gouvernements ne doivent pas permettre que les circonstances extraordinaires et les mesures restrictives prises à l'encontre du Covid-19 conduisent à la violation du droit des femmes et les prives d’une vie sans violence », a-t-elle conclu.

La déclaration de Mme Simonovic a été approuvée par Elizabeth Broderick (vice-présidente), Alda Facio, Mme Ivana Radačić, Meskerem Geset Techane (Présidente), Melissa Upreti, Groupe de travail sur la discrimination à l'égard des femmes et des filles ; Maud de Boer-Buquicchio, Rapporteure spéciale sur la vente et l'exploitation sexuelle des enfants ; Catalina Devandas Aguilar, Rapporteure spéciale sur les droits des personnes handicapées ; Agnès Callamard, Rapporteure spéciale sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires ; et Maria Grazia Giammarinaro, Rapporteure spéciale sur la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants.

NOTE

Les Experts indépendants font partie de ce qui est désigné sous le nom des « procédures spéciales » du Conseil des droits de l’homme. Les procédures spéciales, l’organe le plus important d’experts indépendants du Système des droits de l’homme de l’ONU, est le terme général appliqué aux mécanismes d’enquête et de suivi indépendants du Conseil qui s’adressent aux situations spécifiques des pays ou aux questions thématiques partout dans le monde.

Les experts des procédures spéciales travaillent à titre bénévole ; ils ne font pas partie du personnel de l’ONU et ils ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants des gouvernements et des organisations et ils exercent leurs fonctions à titre indépendant.

 

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