Le HCR demande d’inclure les réfugiés dans les plans de réponse liés au Covid-19

17 mars 2020

Face aux mesures prises par différents pays pour prévenir et répondre à la pandémie de Covid-19, l’Agence de l’ONU pour les réfugiés (HCR) a rappelé mardi l’urgence de protéger les populations vulnérables et d’inclure les réfugiés dans les plans de réponse.

Le HCR plaide pour que les réfugiés et les demandeurs d’asile, ainsi que les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, soient inclus dans les plans nationaux de veille, de préparation et de réponse.

« C’est un appel à la mobilisation pour que les réfugiés soient pris en compte dans les plans nationaux contre le Covid-19 », a déclaré Cécile Pouilly, porte-parole du HCR lors d’un entretien avec ONU Info.

Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés justifie cet appel à la vigilance par le fait que « 80% de la population mondiale de réfugiés » se trouve dans des pays à faible ou moyen revenu. « C’est-à-dire des pays où les infrastructures sanitaires sont souvent moins élaborées ou moins disponibles », a ajouté Mme Pouilly.

Selon le HCR, la réponse internationale à la crise du Covid-19 doit ainsi prendre en compte et cibler toutes les populations, y compris les personnes contraintes de fuir leur foyer. Les personnes âgées parmi les populations déracinées sont particulièrement vulnérables. L’agence onusienne a d’ailleurs exhorté toutes les autorités nationales à traiter les réfugiés et les demandeurs d’asile qui tombent malades du virus de la même manière que les autres ressortissants.

Le HCR confirme 10 cas de coronavirus parmi les réfugiés en Allemagne

Plus de 70 millions de personnes à travers le monde ont été contraintes de fuir leur foyer en raison de persécutions, de conflits, de violences et de violations des droits de l’homme. Parmi elles, plus de 20 millions sont des réfugiés, dont 84% sont accueillis dans des pays à faible ou moyen revenu dont les systèmes de santé, d’approvisionnement en eau et d’assainissement sont souvent précaires.

Si à ce jour « aucun cas d’infection au Covid-19 n’a été signalé dans les camps réfugiés », l’agence onusienne note toutefois qu’il y a 10 cas confirmés de coronavirus parmi les réfugiés et les demandeurs d’asile en Allemagne.

« A notre connaissance, dix réfugiés parmi l’ensemble des personnes contaminées en Allemagne ont en effet contracté le virus Covid-19 en Allemagne. Ce sont les seules personnes à notre connaissance parmi les réfugiés qui ont à ce jour contracté la maladie », a précisé la porte-parole du HCR.

Il s’agit de personnes qui sont soit des réfugiés soit des demandeurs d’asile. Les cas ont été signalés à Munich, Berlin et Heidelberg. « Il y a un nombre de cas très limité qui ont été détectés en Allemagne », a insisté Mme Pouilly, tout en ajoutant que ces personnes sont soignées et prises en charge par les autorités sanitaires allemandes.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), avec 6.012 cas confirmés et13 décès, Berlin est le 4e pays le plus touché en Europe après l’Italie, l’Espagne et la France. « Nous sommes en contact avec les autorités allemandes parce que nous devons respecter l’impératif d’éloignement pour éviter les contagions », a souligné la porte-parole.

Le HCR suspend provisoirement ses vols de réinstallation

Une façon pour l’agence onusienne de souligner que le virus peut toucher toutes les populations et il est de la responsabilité collective de veiller à ce que la réponse mondiale prenne tout le monde en compte. Si aucun cas n’a été jusqu’ici notifié dans un camp, le HCR travaille d’ailleurs sur l’accès à l’eau et à l’assainissement. « La première priorité, c’est d’éviter toute contagion et les réfugiés sont sensibilisés », a précisé Cécile Pouilly qui note dans certains endroits, le HCR a augmenté la distribution de savon dans les camps de Kakuma ou de Daadab, au Kenya.

« C’est dans l’intérêt de tous de s’assurer que les mesures prises en place pour détecter, isoler et traiter les patients, soient mises en œuvre pour l’ensemble des personnes sur un territoire donné », a insisté Mme Pouilly. De façon générale, la réponse du HCR au COVID-19 s’appuie sur son expérience antérieure face aux épidémies du SRAS, d’Ebola et de la grippe.

Par ailleurs, le HCR demande aux États de veiller à ce que les droits des demandeurs d’asile soient respectés de façon égale au cas où des restrictions à l’entrée, au voyage et à la liberté de mouvement seraient imposées.

« Nous redoutons que les restrictions aux frontières, tout à fait compréhensibles pour des raisons sanitaires,  n’aboutissent à une restriction du droit d’asile. Nous avons déjà alerté les gouvernements, sur la nécessité de prendre bien sûr des mesures pour protéger les citoyens, mais pour s’assurer que ces mesures n’aboutissent pas à des cas de refoulement aux frontières », a ajouté la porte-parole du HCR.

L’agence onusienne annonce d’ailleurs qu’elle compte suspendre, à compter de ce jour, « les vols de réinstallation jusqu’à nouvel ordre ». « Car nous ne pouvons pas prendre le risque d’exposer les réfugiés ni exposer les pays de réinstallation à d’autres cas de contamination », a fait remarquer Cécile Pouilly.

 

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