L’ONU concrétise son aide aux victimes d’exploitation et d’abus sexuels

A Kavumu, en République démocratique du Congo (RDC), les Nations Unies travaillent avec des communautés locales pour sensibiliser la population à la prévention de l'exploitation et des abus sexuels.
MONUSCO/Alain Likota
A Kavumu, en République démocratique du Congo (RDC), les Nations Unies travaillent avec des communautés locales pour sensibiliser la population à la prévention de l'exploitation et des abus sexuels.

L’ONU concrétise son aide aux victimes d’exploitation et d’abus sexuels

À l’ONU

Les Nations Unies ont présenté vendredi le dernier rapport du Secrétaire général sur les dispositions spéciales visant à prévenir l’exploitation et les atteintes sexuelles.

 « Le système (des Nations Unies) se montre à la hauteur de l’engagement que nous avons pris de mettre de l’ordre dans nos propres affaires en renforçant les mesures de responsabilisation et en plaçant les victimes au centre de nos efforts », affirme le nouveau rapport.

Le document fait état de 80 allégations visant des membres du personnel de missions de maintien de la paix et de missions politiques spéciales et comportant des informations suffisantes enregistrées en 2019, un chiffre supérieur aux nombre de cas recensés pour 2018 (56 allégations) et 2017 (63 allégations).

En ce qui concerne le personnel des organismes, fonds et programmes, 95 allégations ont été enregistrées en 2019 et visent des membres du personnel onusien et du personnel lié aux Nations Unies, contre 93 en 2018 . Sur ce total, 29 se rapportent à des faits survenus en 2019 et 19 à des faits survenus au cours des années précédentes.

Selon, la Défenseure des droits des victimes de l'ONU, Jane Connor, ces allégations ne concernent pas toutes l’année 2019 même si elles ont été enregistrées au cours de cette année. Aussi, les augmentations reflètent notamment le fait que plus de personnes décident désormais de porter plainte suite aux efforts proactifs et à la nouvelle politique de l’ONU.
 

Jane Connors, Défenseure des droits des victimes pour les Nations Unies, lors d'une conférence de presse au siège de l'ONU:
ONU/Jean-Marc Ferré
Jane Connors, Défenseure des droits des victimes pour les Nations Unies, lors d'une conférence de presse au siège de l'ONU:


Une approche centrée sur les victimes

En 2017, l’ONU a décidé de mettre les victimes au cœur de sa réponse plutôt que de mettre l'accent sur la conduite et la discipline du personnel et sur la réputation de l'Organisation.  

 L'ONU doit encourager les gens à signaler les allégations d'exploitation ou d'abus sexuels commis par l'un de ses personnels, à mener des enquêtes axées sur les victimes et à veiller à ce que les auteurs soient tenus pour responsables par les moyens dont elle dispose

« Cela signifie avant tout que l'ONU doit encourager les gens à signaler les allégations d'exploitation ou d'abus sexuels commis par l'un de ses personnels, à mener des enquêtes axées sur les victimes et à veiller à ce que les auteurs soient tenus pour responsables par les moyens dont elle dispose, tels que ses procédures administratives et, en coopérant avec les États membres, la justice et les éventuelles réparations », a précisé la Défenseure des victimes, lors d’un point de pressevendredi  au siège de l’ONU à New York, ajoutant que « c'est ce que font les Nations Unies ».

Mme Connors a souligné la responsabilité particulière qui incombe aux Nations Unies de soutenir les victimes pour qu'elles reçoivent une assistance pratique - qu'il s'agisse de soins médicaux, de représentation juridique, de formation professionnelle ou de toute autre aide - afin de leur permettre de reconstruire leur vie et de dépasser la stigmatisation dont elles peuvent faire l'objet en tant que victimes d'exploitation et d'abus sexuels.

« Nous avons la responsabilité d'aider les enfants nés de l'exploitation et des abus sexuels, souvent abandonnés par leurs pères », a-t-elle également ajouté.

Les demandes de paternité et de pension alimentaire pour enfants 

Les demandes de paternité sont complexes d'un point de vue juridique, a souligné Mme Connor, expliquant qu’elles impliquent souvent plusieurs juridictions et obligent à travailler en étroite collaboration avec les États membres.  

Les demandes de paternité sont complexes d'un point de vue juridique : elles impliquent souvent plusieurs juridictions et obligent à travailler en étroite collaboration avec les États membres

Mme Connors œuvre donc sur les moyens d'aider les femmes à avoir accès à un soutien juridique, par exemple par l'intermédiaire des institutions nationales des droits de l'homme et des avocats bénévoles. 
« Nous devons faire davantage pour que les individus s'acquittent de leur responsabilité parentale de fournir une pension alimentaire lorsque la paternité est prouvée » a dit Mme Connor. 

Celà nécessite toutefois généralement une décision de justice dans le pays du père ou d'autres procédures juridiques, ce qui est presque impossible de réclamer une pension alimentaire pour l'enfant, et d'autres droits accessoires, comme la nationalité du père, dans les pays où le système juridique ne prévoit pas de responsabilité parentale lorsque les parents de l'enfant ne sont pas mariés. 
 

Le Fonds d'affectation spéciale de l'ONU pour le soutien aux victimes d'exploitation et d'abus sexuels a aidé les femmes de la République démocratique du Congo (RDC) à se former à des activités génératrices de revenus telles que la culture de champignons
MONUSCO/Michael Ali
Le Fonds d'affectation spéciale de l'ONU pour le soutien aux victimes d'exploitation et d'abus sexuels a aidé les femmes de la République démocratique du Congo (RDC) à se former à des activités génératrices de revenus telles que la culture de champignons

Un appui concret 

Les priorités des victimes concernent souvent leurs moyens de subsistance et de soutien à leurs enfants, a affirmé la juriste avant de partager l’exemple d’un groupe de femmes et leurs enfants en Haïti dont les pères avaient servi dans la MINUSTAH et étaient rentrés chez eux, sans leur apporter de soutien financier, il y a plusieurs années.

« Leur priorité absolue était que leurs enfants aillent à l'école, mais ils ne pouvaient pas se permettre de payer les frais de scolarité, les uniformes ou les repas scolaires.  Nous avons donc créé un projet conjoint de l'équipe de pays des Nations Unies qui prend en charge ces frais et a été étendu pour fournir un soutien matériel, psychosocial et de subsistance de base à environ 27 victimes, dont plusieurs ont lancé de petites entreprises », a partagé la juriste.

Une étude universitaire publiée en décembre dernier, basée sur des entretiens avec des Haïtiens vivant près des bases de l'ONU, a affirmé que des centaines d'enfants étaient nés de Casques bleus, qui avaient abusé sexuellement et mis enceinte des filles, dont certaines auraient eu « à peine 11 ans ».

Mme Connors a déclaré que si on le lui avait demandé, elle aurait volontiers partagé avec les chercheurs le fait que l'ONU a soutenu certaines des femmes abandonnées et leurs enfants, depuis 2018.  Elle a dit que l'ONU travaillait « très dur » pour s'assurer qu'elles aient accès aux services, et à la justice dans leurs réclamations contre les troupes qui sont rentrées chez elles. 

En République démocratique du Congo, les projets soutenus par le Fonds d'affectation spéciale des Nations unies ont eu un effet d'autonomisation pour les femmes et les filles concernées.

 Celles qui ont suivi une formation dans le domaine de la couture, de la boulangerie ou de la culture des champignons, par exemple, ont désormais des produits à vendre et un revenu. Cela renforce leur estime de soi et leur permet de gagner leur vie, créant ainsi un bouclier protecteur contre la revictimisation.  

« Mais le montant de l'aide que nous apportons est faible et, bien que certaines victimes aient obtenu des résultats positifs, il nous reste encore beaucoup à faire », a déclaré Mme Connors.