Les États doivent éduquer les enfants des peuples autochtones dans leur langue maternelle (expert)

11 mars 2020

Les enfants des minorités linguistiques doivent recevoir un enseignement dans leur propre langue lorsque cela est possible afin de parvenir à une éducation inclusive et de qualité et de respecter les droits de l’homme de tous les enfants, a déclaré ce mercredi un expert indépendant des Nations Unies, Fernand de Varennes.

Dans un rapport présenté au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, le Rapporteur spécial de l’ONU sur les questions relatives aux minorités note que « ne pas utiliser une langue minoritaire comme moyen d’instruction lorsque cela est possible, signifie fournir une éducation qui n’a pas la même valeur ou le même effet ».

Selon l’expert indépendant onusien, de nombreuses études s’accordent pourtant à dire qu’une utilisation appropriée et proportionnée des langues des minorités dans l’éducation peut accroître l’inclusion, la communication et la confiance entre les membres de ces minorités et les autorités de l’État. 

« Les enfants issus de milieux autochtones ou minoritaires auront de meilleurs résultats scolaires et resteront plus longtemps à l’école lorsqu’on leur enseignera dans une langue qu’ils connaissent le mieux - généralement la leur », a ajouté Fernand de Varennes.

Lorsque cela se produit, en particulier lorsqu’ils restent plus longtemps à l’école, non seulement ils acquièrent une meilleure base et une meilleure maîtrise de leur propre langue, « mais ils peuvent également acquérir une plus grande aisance dans la langue officielle ou majoritaire ».

Ne pas utiliser ces langues maternelles lorsque c'est possible pourrait être discriminatoire

L’expert indépendant rappelle donc l’importance d’une telle éducation dans la langue maternelle combinée à un enseignement de qualité de la langue officielle, qui pourrait être « plus rentable à long terme ».

Parmi ces avantages, une baisse des taux d’abandon scolaire, mais aussi « des résultats scolaires sensiblement meilleurs », en particulier pour les filles. Un tel schéma améliore également « les niveaux d’alphabétisation et de maîtrise de la langue maternelle et de la langue officielle ou majoritaire ». « Cela entraîne aussi une plus grande participation de la famille et de la communauté », a fait valoir Fernand de Varennes.

Au-delà de ces nombreux avantages, le fait de ne pas utiliser ces langues lorsque cela est raisonnable pourrait être discriminatoire ou en violation des obligations des États en matière de droits de l’homme, comme le droit à l’éducation, a-t-il insisté. Ça serait également incompatible avec l’objectif 4 des Nations Unies pour le développement durable, qui appelle à une éducation inclusive et de qualité pour tous.

En conclusion, M. de Varennes a donc demandé l’élaboration de lignes directrices pratiques afin de fournir des orientations concrètes sur la mise en œuvre des droits de l’homme des minorités et l’utilisation de leurs langues dans le domaine de l’éducation.

NOTE :   

Les experts indépendants, groupes de travail et rapporteurs spéciaux font partie de ce que l'on nomme les procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Les procédures spéciales, le plus grand corps d'experts indépendants du système des droits de l'homme de l'ONU, est le terme généralement attribué aux mécanismes indépendants d'enquête et de surveillance qui s'occupent de la situation spécifique d'un pays ou de questions thématiques dans toutes les régions du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent bénévolement ; ils n'appartiennent pas au personnel de l'ONU et ne perçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou de toute organisation et siègent à titre personnel.

 

♦ Recevez des mises à jour quotidiennes directement dans votre boîte mail - Inscrivez-vous ici.
♦ Téléchargez l'application ONU Info pour vos appareils iOS ou Android.