Journée des femmes : nous avons besoin de votre passion et de votre conviction, déclare le chef de l’ONU

6 mars 2020

Vingt-cinq ans après la conférence de Beijing, les progrès en matière de droits des femmes sont au point mort, voire en recul, a déploré vendredi le Secrétaire général des Nations Unies lors de la célébration de la Journée internationale des femmes au siège de l’Organisation à New York.

« Certains pays ont réduit les lois qui protègent les femmes contre la violence, d'autres réduisent l'espace civique, d'autres encore poursuivent des politiques économiques et d'immigration indirectement discriminatoires à l'égard des femmes », a averti António Guterres ajoutant que l'autonomie des femmes est loin d'être universelle.

Nous avons besoin de votre passion et de votre conviction alors que nous sommes confrontés à toute une série de défis mondiaux, du changement climatique aux conflits - António Guterres, chef de l'ONU

Malgré les restrictions liées au coronavirus, dirigeants, activistes, musiciens, lauréat du Prix Nobel, jeunes et moins jeunes se sont rassemblés dans la salle de l’Assemblée générale pour revendiquer l’égalité et les droits des femmes, vingt-cinq ans après la conférence historique de Beijing sur les femmes. 

Selon M. Guterres, l'inégalité entre les sexes est l'injustice la plus flagrante de notre époque, le plus grand défi à relever en matière des droits humains, et une question de pouvoir.

Il a déploré que les femmes soient encore « très souvent privées de voix, leurs opinions ignorées et leur expérience mise à l'écart », y compris dans les processus de paix ou en matière de planification sanitaire.

Mettre en exergue les contributions méconnues des femmes

António Guterres a souligné l’importance de mettre en exergue les contributions clefs et méconnues des femmes, citant en exemple la « mère fondatrice » de la science du climat, Eunice Foote ; les femmes qui ont travaillé pour la NASA sur les alunissages d’Appollo, telle que Katherine Johnson ; ou encore, Tu Youyou, dont les découvertes en matière de paludisme et de remèdes ancrés dans la médecine chinoise traditionnelle ont sauvé des millions de vies dans le monde entier et ont « finalement » été récompensées par un prix Nobel en 2015.

Le chef de l'ONU a affirmé qu'il avait temoigné du fait que le changement est possible au cours de sa vie, expliquant que quand il était enfant, dans de nombreux endroits, les femmes étaient juridiquement dépendantes de leur mari ; qu'elles ne pouvaient pas ouvrir un compte bancaire ou posséder des biens en leur nom propre ; et qu'elles étaient complètement exclues de toute position de pouvoir.

« Nous avons besoin de votre passion et de votre conviction alors que nous sommes confrontés à toute une série de défis mondiaux, du changement climatique aux conflits », a affirmé le chef de l’ONU, se félicitant des changements qu’il a pu constater, y compris par les jeunes, en matière d’égalité des sexes, de la participation et de la prise en compte des femmes.

« Il est plus important que jamais que les hommes défendent l’égalité et les droits des femmes », a affirmé M. Guterres. « Seule une participation égale des femmes peut nous permettre de bénéficier de l'intelligence, de l'expérience et des connaissances de toute l'humanité ».

Photo ONU
La Première ministre de la Finlande, Sanna Marin, célèbre la Journée internationale des femmes à l'ONU.

L’égalité des sexes : pierre angulaire du succès de la Finlande

Pour sa part, la Première ministre de la Finlande a souligné qu’aucun pays n’a réalisé l’égalité des sexes, et a appelé à « placer la barre plus haut » et « écouter les jeunes qui nous demandent d'agir maintenant ».

Sanna Marin a affirmé que la Finlande, premier pays à octroyer le droit de vote et les pleins droits politiques aux femmes, promeut l’égalité des sexes parce que « c’est la pierre angulaire de notre société ».

« Notre parcours pour arriver à être l’une des sociétés les plus développées et stables du monde n’a pas été facile…  Nous avons dû exploiter les ressources de l'ensemble de la société parce que nous ne pouvions pas nous permettre de négliger la moitié de la population », a dit Mme Marin, expliquant que « pendant longtemps la Finlande a été un pays agraire pauvre avec des divisions profondes dans la société ».

Agée de 34 ans, la plus jeune des Premiers ministres actuels a estimé qu’il importe de mettre des femmes au pouvoir pour réussir à mettre en place des politiques transformatives sur le plan du genre.

Elle a souligné qu’en Finlande les inégalités sur le marché du travail demeuraient l’un des grands défis, et notamment dans le secteur des nouvelles technologies.

« Les nouveaux produits et services qui utilisent l’intelligence artificielle perpétuent les préjugés sexistes qui existent », a souligné Mme Marin. « Je veux changer cela et la seule façon de le faire c’est de faire en sorte qu’il y ait plus de filles dans le codage, plus de femmes dans la haute technologie, et plus de femmes au pouvoir afin qu’elles puissent participer à la règlementation du secteur ».

« L’égalité des genres profite à l’ensemble de la société, à tous les genres et toutes les générations. La réalisation de l’égalité des genres nous libérera tous des stéréotypes qui nous contraignent et mettent des limites à ce que nous pouvons faire et être », a conclu la dirigeante.

Photo ONU
L'Ambassadrice de bonne volonté de l'UNICEF et lauréate des Grammy Awards, Angélique Kidjo, chante à l'occasion de la Journée internationale de la femme 2020 célébrée par les Nations Unies.

 

De son côté, la militante et prix Nobel de la paix, Leymah Gbowee, a rappelé qu'il y a 25 ans, les femmes ont célébré la victoire représentée par la Déclaration de Beijing, lorsque le monde a enfin reconnu les droits des femmes comme des droits humains.

« La Déclaration devrait garantir que nous ayons la maîtrise de nos vies, de nos destinées, de nos corps, de nos périodes et même de notre avenir. Vingt-cinq ans plus tard, nous voyons tous ces défis se poursuivre - la menace croissante pour les femmes et les filles, pour les droits des femmes », a-t-elle déclaré.

« C’est bien d’avoir une Journée des femmes, mais tous les jours devraient être une journée des femmes », a déclaré Angélique Kidjo prenant la parole après avoir chanté devant et avec l’audience.

« Moi je suis pour l’égalité des sexes, ma maman, mon père et ma grand-mère m’ont tous transmis l’égalité des sexes », a annoncé l’Ambassadrice de bonne volonté de l’UNICEF.

« Lorsque je grandissais au Bénin, mon père me disait toujours que l’intelligence n’a pas de genre », a partagé la chanteuse béninoise, ajoutant que son père avait toujours encouragé ses trois filles et sa femme à « unir le cœur et le cerveau », à rêver « grand » et à aller de l'avant et transformer le monde.

 

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