La barre des 20.000 migrants morts en Méditerranée franchie après un naufrage au large de la Libye

6 mars 2020

Le naufrage d’un navire au large de la Libye fait passer à 20.000 le nombre de décès de migrants et de réfugiés en Méditerranée, a indiqué vendredi l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). 

« Un tragique naufrage au large des côtes libyennes le mois dernier et plus d’une douzaine d’autres décès récents ailleurs ont porté le nombre de morts en mer Méditerranée à 20.014 depuis 2014, selon le projet de l’OIM sur les migrants disparus. 

Le dernier épisode de cette longue série de tragédies en Méditerranée remonte au 9 février dernier quand au moins 91 personnes ont été portées disparues à bord d’un canot au nord de Garabulli, en Libye.

« C’est le dernier d’une série de soi-disant « bateaux fantômes » qui ont disparu en route vers l’Europe, faisant des centaines de victimes des vies », a déclaré Frank Laczko, Directeur du Centre d’analyse des données sur les migrations mondiales de l’OIM.

Outre la tragédie au large des côtes libyennes, l’Agence de l’ONU pour les migrations indique que les corps de trois jeunes hommes ont été rejetés la semaine dernière sur une plage en Tunisie.

« Ils sont probablement liés à un navire transportant 18 personnes qui a quitté l’Algérie le 14 février, dont le sort reste incertain », a précisé Paul Dillon, porte-parole de l’OIM au cours d’un point de presse ce vendredi à Genève.

Plus largement, les deux tiers des décès enregistrés par les équipes de l’OIM sont « des personnes perdues en mer sans laisser de trace », a déclaré le Directeur du Centre d'analyse de l'OIM.

« Le fait que nous ayons atteint ce nouveau jalon sombre renforce la position de l’OIM selon laquelle il est urgent d’augmenter la capacité globale des opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée », a ajouté M. Laczko, cité dans le communiqué.

L’appel en détresse de « bateaux fantômes » ou « épaves invisibles »

Selon l’agence onusienne, des « bateaux fantômes », également appelés « épaves invisibles », sont généralement signalés par des ONG telles que « Alarm Phone » et « Caminando Fronteras ». Ces dernières reçoivent souvent des appels de migrants en détresse en mer et de membres de la famille à la recherche d’un être cher perdu.

Dans des dizaines de cas similaires enregistrés par les organismes humanitaires, l’OIM regrette le fait qu’aucune opération de recherche et de sauvetage n’est jamais menée, et les personnes à bord sont présumées perdues en mer.

« Si vous venez d’un pays à revenu élevé, des efforts seront faits pour retrouver et identifier votre corps en cas de disparition. Il n’en va tout simplement pas de même si vous êtes un migrant en Méditerranée », a fait remarquer M. Laczko. Du coup, chaque année, de plus en plus « de familles se retrouvent dans l’incertitude, ne sachant pas si un de leurs proches est mort ou vivant ».

De façon générale, même si le nombre annuel de décès a diminué chaque année depuis 2016, année où plus de 5.000 personnes ont perdu la vie en traversant la Méditerranée, l’OIM relève toutefois que la proportion de décès par rapport aux tentatives de traversée a augmenté en Méditerranée centrale et occidentale en 2019 par rapport aux années précédentes. Ce qui constitue « une poursuite de l’augmentation du risque de décès observée depuis 2017 ». 

Dans ces conditions, sans une fin en vue dans cette tragédie en Méditerranée, l’OIM réaffirme qu’il est urgent d’améliorer et de développer des voies d’accès légales et sûres pour les migrants et les réfugiés. Il s’agit à la fois de mesures « pour réduire l’incitation à choisir des voies irrégulières et pour aider à prévenir les pertes de vies inutiles et évitables ».

 

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