Davantage scolarisées, les filles restent toutefois confrontées aux violences et aux discriminations

4 mars 2020

Vingt-cinq ans après la conférence historique de Beijing sur les femmes, les filles vont davantage à l'école à travers le monde mais elles continuent de faire l’objet de violences et de discriminations, selon un rapport conjoint publié mercredi par le Fond des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), l'ONG Plan International et ONU-Femmes.

« Il y a vingt-cinq ans, les gouvernements du monde se sont engagés vis-à-vis des femmes et des filles, mais ils n’ont que partiellement tenu leur promesse. Bien que la communauté internationale ait trouvé la volonté politique d’envoyer massivement les filles à l’école, elle a lamentablement échoué à leur apporter les compétences et l’aide nécessaires pour qu’elles puissent décider de leur propre avenir, mais aussi vivre de manière sûre et digne », a déclaré la Directrice exécutive de l’UNICEF, Henrietta Fore.

Selon Mme Fore, l’accès à l’éducation ne suffit pas, il importe de faire évoluer les comportements et les attitudes envers les filles. 

« L’égalité réelle ne sera atteinte que lorsque les filles ne seront plus exposées à la violence, qu’elles seront libres d’exercer leurs droits et qu’elles pourront bénéficier de chances égales », a lancé la cheffe de l’UNICEF.

Fort recul du nombre de filles déscolarisées en 20 ans

Le rapport intitulé A New Era for Girls: Taking stock on 25 years of progress (Une nouvelle ère pour les filles : Retour sur 25 ans de progrès), signale que « jamais il n’y a eu autant de filles scolarisées ou en mesure de poursuivre leur scolarité dans le monde ». 

« Le nombre de filles déscolarisées a reculé de 79 millions ces 20 dernières années », fait valoir l’UNICEF dans un communiqué accompagnant le rapport, soulignant que depuis 10 ans les filles sont plus susceptibles de fréquenter l’enseignement secondaire que les garçons.

Ces remarquables avancées dans le domaine de l’éducation n’ont pourtant eu que « peu d’effet » sur l’émergence d’un monde plus égalitaire et moins violent envers le sexe féminin, précise l’UNICEF.  La violence à l’égard des femmes et des filles demeure un phénomène courant. 

Chaque année, 12 millions de filles sont mariées durant leur enfance, et 4 millions risquent de subir des mutilations génitales

« Aujourd’hui, il est effrayant de constater que les filles sont partout confrontées à des risques de violence – en ligne, à l’école, à la maison et au sein de leur communauté –, des violences dont elles gardent des séquelles physiques, psychologiques et sociales », a déploré l’UNICEF. 

En 2016, par exemple, 70% des victimes de traite identifiées dans le monde étaient des femmes ou des filles, pour la plupart à des fins d’exploitation sexuelle. 

« Une proportion effarante de jeunes filles âgées de 15 à 19 ans – 1 sur 20, soit environ 13 millions – a subi au cours de sa vie un viol, c’est-à-dire l’une des formes d’abus sexuel les plus brutales que l’on puisse endurer en tant que fille ou femme », signale également l’UNICEF.

Selon les conclusions du rapport, des pratiques nuisibles telles que le mariage des enfants et les mutilations génitales féminines continuent de déstabiliser et de ruiner la vie et le potentiel de millions de petites filles à travers le monde. 

Chaque année, 12 millions de filles sont mariées durant leur enfance, et 4 millions risquent de subir des mutilations génitales. Il n’en reste pas moins qu’à travers le monde, les filles âgées de 15 à 19 ans sont tout aussi susceptibles de justifier le fait de battre sa femme que les garçons du même âge.

© UNICEF/Noorani
Mariée à 14 ans, le mari de cette adolescente l'a abandonnée lorsqu'elle est tombée enceinte.

Discrimination et inégalités 

Selon l’étude, les adolescentes, en particulier, souffrent de discriminations exacerbées en raison de leur âge et de leur genre. 

L’autonomisation des adolescentes est triplement bénéfique sur le plan sociétal : pour les jeunes filles d’aujourd’hui, pour les adultes qu’elles deviendront et pour la génération d’enfants qui suivra

« Elles continuent d’être mises à l’écart dans leurs communautés et au sein des espaces de décision, et demeurent largement invisibles dans les politiques publiques. Or, l’autonomisation des adolescentes est triplement bénéfique sur le plan sociétal : pour les jeunes filles d’aujourd’hui, pour les adultes qu’elles deviendront et pour la génération d’enfants qui suivra », a déclaré la Directrice générale de Plan International, Anne Birgitte Albrectsen. 

« Tant que les femmes et les filles consacreront trois fois plus de temps et d’énergie que les hommes à s’occuper du foyer, l’égalité des chances permettant aux jeunes filles de terminer leurs études et de trouver un bon travail dans un cadre sûr demeurera hors de portée », a pour sa part souligné la Directrice exécutive d’ONU-Femmes, Phumzile Mlambo-Ngcuka.

« Pour notre bien à tous, il faut que les choses changent, et l’on doit également s’assurer que les compétences enseignées aux filles les préparent aux emplois technologiques et numériques de demain, et que cesse toute violence à leur encontre », a ajouté Mme Mlambo-Ngcuka.

Santé physique et mentale

Le rapport pointe également des tendances préoccupantes chez les filles dans le domaine de la nutrition et de la santé, tendances pour la plupart inimaginables il y a 25 ans. 

La mondialisation, l’effacement des régimes traditionnels devant une alimentation transformée et malsaine, et l’essor rapide de techniques de marketing agressives ciblant les enfants ont entraîné une hausse de la consommation d’aliments mauvais pour la santé et de boissons édulcorées, souligne l’UNICEF en exemple. 

Ces évolutions ont contribué à une explosion du surpoids et de l’obésité chez les enfants et les adolescents. Entre 1995 et 2016, la prévalence du surpoids chez les filles âgées de 5 à 19 ans a quasiment doublé et l’on compte aujourd’hui près de deux fois plus de jeunes filles en surpoids (155 millions) qu’en 1995 (75 millions).

En parallèle, ces 25 dernières années, se sont développées les préoccupations liées aux troubles psychologiques, en partie causés par l’usage excessif des technologies numériques. 

Selon le rapport, le suicide est à l’heure actuelle la deuxième cause de mortalité chez les adolescentes de 15 à 19 ans, derrière les pathologies maternelles. 

Les jeunes filles demeurent également très exposées aux infections sexuellement transmissibles, dont le VIH, avec lequel vivent aujourd’hui 970.000 adolescentes âgées de 10 à 19 ans, contre 740.000 en 1995. Les filles de cette tranche d’âge continuent d’ailleurs de représenter environ 3 nouvelles infections sur 4 chez les adolescents dans le monde.

Que faut-il faire ?

Le rapport appelle à agir dans les domaines suivants :

  • Valoriser et élargir les opportunités pour les jeunes filles de tout horizons en leur donnant la parole et en écoutant leurs opinions et leurs idées sur leur corps, leur communauté, leur éducation et leur avenir.
  • Accroître les investissements dans les compétences des filles adaptées à la quatrième révolution industrielle
  • Mettre fin à la violence sexiste, aux mariages précoces et aux mutilations génitales.
  • Investir dans des données de qualité, ventilées par tranche âge et par sexe, dans des domaines tels que la violence fondée sur le sexe, l'acquisition de compétences, la nutrition et la santé mentale.

 

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