Iraq : l’envoyée de l’ONU appelle les responsables politiques à écouter la population qui manifeste

3 mars 2020

Alors que les manifestations anti-gouvernementales se poursuivent en Iraq, l’envoyée de l’ONU dans ce pays a encouragé mardi les responsables politiques iraquiens à écouter la population et les aspirations qu’elle exprime.

« Après cinq mois de manifestations et de nombreux morts et blessés, il devrait être clair que les manifestants pacifiques - soutenus par une majorité silencieuse - ne bougeront pas sur leurs aspirations. Cela devrait être la première et la dernière préoccupation de la classe politique – mais jusqu'à présent, nous avons vu peu de résultats », a déclaré devant le Conseil de sécurité Jeanine Hennis-Plasschaert, Représentante spéciale du Secrétaire général en Iraq.

Selon elle, « pour répondre aux demandes du peuple, il faudra effort collectif ». « J'insiste à nouveau sur le fait qu'aucun Premier ministre ne peut travailler seul. Chaque acteur politique et chaque dirigeant a pour responsabilité de restaurer la confiance de l’opinion publique dans son gouvernement et ses institutions », a-t-elle ajouté.

Fin novembre 2019, le Premier ministre Abdul Mahdi a annoncé sa démission, et il y a quelques jours, le nouveau Premier ministre désigné a retiré sa candidature. Le Président a désormais 15 jours pour désigner un nouveau Premier ministre.

« Tout cela prolonge l’incertitude et pose des défis importants, érodant davantage la confiance de l’opinion publique », a estimé Mme Hennis-Plasschaert, qui est également la cheffe de la Mission des Nations Unies en Iraq (MANUI).

Abus intolérables

Selon elle, « les nombreux Iraquiens courageux - qui continuent de payer un prix inimaginable pour que leur voix soit entendue - méritent que nous reconnaissions les abus intolérables dont ils sont victimes ».

Citant des meurtres, des enlèvements, des violences, des menaces, elle a jugé « impératif de mettre un terme à ces abus ». « Il est aussi impératif que les auteurs soient traduits en justice », a-t-elle ajouté.

Elle a par ailleurs jugé sans précédent la participation de femmes iraquiennes aux manifestations. « Cela marque une nouvelle page dans l'histoire de la mobilisation des femmes en Iraq. Les dirigeants politiques devraient en tenir compte », a-t-elle dit.

Selon elle, une autre priorité absolue est la corruption, « peut-être la plus grande source de dysfonctionnement en Iraq ». Elle a jugé nécessaire une réforme d’ampleur pour réduire la bureaucratie et renforcer l’Etat de droit et les mécanismes anti-corruption.

Quant à l’extrémisme violent, Jeanine Hennis-Plasschaert a estimé qu’il n’était pas possible d’ignorer la menace persistante du terrorisme.

« Bien que l'EIIL (Daech) ait été vaincu territorialement, il a continué, au cours des deux derniers mois, ses tentatives d'accroître ses opérations militaires dans le nord-est de Diyala, le nord de Bagdad et les régions de l'ouest de l'Iraq », a-t-elle noté.

 

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