La cheffe des droits de l’homme engage vivement le Myanmar à respecter les droits des minorités

27 février 2020

Devant le Conseil des droits de l’homme, Michelle Bachelet a exhorté jeudi le gouvernement du Myanmar à prendre en compte les droits des minorités pour construire la paix et consolider la transition démocratique.

« La prise en compte des droits des minorités sera essentielle pour que le Myanmar puisse résoudre les conflits, construire la paix et consolider la transition démocratique », a déclaré jeudi à Genève la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.

« J'invite instamment le gouvernement à prendre des mesures pour faire face à l'escalade des préjugés et des incitations (à la violence) à l'encontre des musulmans rohingya et des autres communautés minoritaires », a-t-elle ajouté.

La loi de 1982 sur la citoyenneté a rendu apatride une proportion importante des Rohingyas et d'autres musulmans - Michelle Bachelet, Haut-Commissaire aux droits de l'homme

La Haut-Commissaire a estimé que la discrimination et l'exclusion des minorités religieuses et ethniques caractérisent nombre des lois et politiques du Myanmar depuis plus d'un demi-siècle. Ces lois et politiques ont contribué à la violence, à l'extrême pauvreté, à l'exploitation et à la dépossession et les ont perpétuées.

« La loi de 1982 sur la citoyenneté a rendu apatride une proportion importante des Rohingya et d'autres musulmans, ce qui a aggravé leur vulnérabilité », a déploré Michelle Bachelet.

« Les minorités ethniques et religieuses du pays ont, à des degrés divers, subi de graves violations des droits de l'homme aux mains de l'armée, dont les politiques et tactiques anti-insurrectionnelles ont parfois inclus le ciblage délibéré de civils », a-t-elle regretté.

Photo : UNICEF/UN157481/Nybo
Un groupe d'enfants réfugiés rohingyas se rassemblent au coucher du soleil sur un pont de bambous dans une colonie de fortune de Kutupalong, dans le district de Cox's Bazar, au Bangladesh, le 11 janvier 2018.

Garantir un contrôle civil de l'armée

Présentant son « Rapport sur les causes profondes des violations et des abus subis par les minorités ethniques et religieuses au Myanmar, y compris les Rohingya », Michelle Bachelet a engagé les autorités birmanes à garantir une véritable responsabilité et un contrôle civil de l'armée ainsi qu’à adopter des réformes juridiques et politiques, notamment sur la citoyenneté.

De même, elle a plaidé pour un recours à la justice transitionnelle afin de  guérir les profondes divisions, tout en prônant une réforme de l'éducation en vue  d’encourager un nouveau sentiment d'identité nationale et promouvoir la diversité et la tolérance.

Notant que la recrudescence de la xénophobie et de la violence peut aussi être attribuée aux incertitudes de la transition du Myanmar après des décennies de régime autoritaire, la cheffe des droits de l’homme de l’ONU a estimé que les déficits démocratiques, ainsi que l'impunité bien ancrée, la faiblesse de l'État de droit et l'absence de contrôle civil sur l'armée, ont été des facteurs favorables majeurs.

En outre, a-t-elle insisté, les intérêts économiques ont  été un moteur important, alimentant les déplacements, aggravant les inégalités et privant les communautés minoritaires des moyens de survie de base.  

« Les élections de cette année, les discussions actuelles sur la réforme constitutionnelle et le processus de paix en cours sont des occasions importantes d'aborder le passé et de façonner une vision commune pour l'avenir », a fait valoir la Haut-Commissaire.

« La reconstruction d'une société fondée sur les valeurs d'égalité, de non-discrimination et de respect mutuel, après tant d'années de répression et de conflit, sera également essentielle pour réaliser le Programme de développement durable à l'horizon 2030 dans tout le pays », a-t-elle souligné.

 

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