A Genève, le chef de l’ONU lance un appel à l’action en sept points sur les droits de l’homme 

24 février 2020

Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a lancé lundi à Genève un appel à l’action en faveur des droits de l’homme dans le monde, menacés selon lui de toutes parts alors que les Nations Unies fêtent cette année leur 75e anniversaire. 

« Mon appel à l’action s’adresse à la famille des Nations Unies elle-même, aux États membres, aux parlementaires, au monde des affaires, à la société civile et aux gens de toute la planète », a déclaré M. Guterres à l’ouverture de la session annuelle du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève

Le chef de l’ONU a ainsi présenté un plan en sept points, dans un contexte de préoccupations liées au changement climatique, aux conflits et à la répression. « Les gens du monde entier veulent savoir que nous sommes de leur côté. Qu’ils soient privés de leur dignité par la guerre, la répression ou la pauvreté, ou qu’ils rêvent simplement d’un avenir meilleur, ils invoquent leurs droits irréductibles - et ils comptent sur notre aide pour les faire respecter », a-t-il dit au Palais des Nations.

Or pour celui qui a grandi sous la dictature de Salazar au Portugal et a été témoin de l’oppression sous le régime colonial en Afrique, « ce sont les luttes pour les droits de l’homme et les succès d’autres personnes dans le monde qui l’ont inspiré ».

Au fil des décennies, les efforts de nombreuses personnes ont permis des avancées massives en matière de droits de l’homme sur tous les continents.  Le régime colonial et l’apartheid ont été vaincus. Les dictatures sont tombées. La démocratie s’est répandue. De même, un milliard de personnes ont été sorties de la pauvreté en une génération.

Photo ONU/Violaine Martin
Elisabeth Tichy-Fisslberger (à gauche), Présidente du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, parle avec le Sécrétaire général de l'ONU, António Guterres, à Genève.

Guterres cible les féminicides

Toutefois, « les peurs progressent » et les droits de l’homme sont « attaqués » de partout. D’où l’élaboration d’un plan en sept points qui consiste à relier les droits de l’homme à des questions telles que le développement durable, la prévention des crises, l’égalité des sexes, le développement de l’ère numérique, la liberté d’expression et la société civile, entre autres.

La violence contre les femmes et les filles est la violation des droits humains qui se répand le plus

« Le succès doit être mesuré à l’aune d’un changement significatif dans la vie des gens », a-t-il déclaré. « En tant que famille des Nations Unies, une culture des droits de l’homme doit imprégner tout ce que nous faisons » et cet appel à l’action est attendu pour « permettre de faire un bond en avant ou d’éviter le risque de recul ». 

Premièrement, il s’agit des droits au cœur du développement durable et du Programme 2030.  Ce Programme de développement, qui reste une approche axée sur des sociétés pacifiques et justes et sur le respect de l’État de droit, permet d’obtenir un développement plus durable et plus inclusif, avec notamment la participation de la société civile.

Ensuite, ces droits doivent être préservés même en temps de crise, a souligné M. Guterres, rappelant que les droits de l’homme ne sont guère plus mis à l’épreuve que lorsque des conflits éclatent, que des terroristes attaquent ou que des catastrophes surviennent. Selon l’ONU, le droit international peut rétablir une certaine humanité, même dans les moments les plus sombres.

Troisièmement, il s’agit de l’égalité des sexes et l’égalité des droits pour les femmes. 

En ce 25e anniversaire de la plate-forme d’action de Pékin, le chef de l’ONU s’est aussi inquiété de voir des « reculs des droits des femmes, des niveaux alarmants de féminicides, des attaques contre les défenseurs des droits des femmes, et la persistance de lois et de politiques qui perpétuent la soumission et l’exclusion ».

« La violence contre les femmes et les filles est la violation des droits humains qui se répand le plus », a-t-il souligné.

La crise climatique, la menace la plus pressante

« Les lois répressives se multiplient, avec des restrictions de plus en plus grandes pour les libertés d’expression, de religion, de participation, de réunion et d’association », a ajouté M. Guterres. 

« Les journalistes, les défenseurs des droits humains et les militants écologistes - tout particulièrement les femmes - font l’objet de menaces croissantes, au moment même où leur engagement est indispensable à l’exercice de la justice », a-t-il ajouté.

Si nous n’agissons pas, nos enfants et petits-enfants ne pourront jouir de tous leurs droits fondamentauxx, loin de là

Mais la menace la plus pressante est celle qui touche à l’avenir, aux droits des générations futures qui nous obligent à plaider en faveur de l’action climatique et du droit à un environnement sûr, propre, sain et durable, a-t-il dit. 

« Si nous n’agissons pas, nos enfants et petits-enfants ne pourront pas jouir de tous leurs droits fondamentaux, loin de là. Nous entendons ces craintes à travers les voix de jeunes qui, courageusement, prennent la parole aujourd’hui », a ajouté le chef de l’ONU.

Sixièmement, l’ONU insiste sur l’action collective pour faire face aux crises actuelles. A cet égard, le Secrétaire général de l’ONU rappelle le rôle du multilatéralisme qui « doit être plus inclusif », s’inscrire davantage en réseaux et s’articuler autour des droits humains. 

Pour le septième volet de ce Plan, le chef de l’ONU a mis en avant « de nouvelles perspectives pour les droits humains ». Les nouvelles technologies « ont certes permis à la société civile de mieux s’organiser, mais elles ont également donné aux autorités des moyens inédits pour contrôler les allées et venues de chacun et restreindre les libertés », a poursuivi le chef de l’ONU. En ce sens, il a plaidé pour la protection des données des citoyens et à ce que les machines autonomes ne puissent jamais tuer hors du contrôle ou sans l’aval d’un être humain. 

« Je réitère mon appel en faveur d’une interdiction mondiale des systèmes d’armes létales autonomes », a-t-il noté.

« Aucun pays n’est à l’abri »

Plus globalement, un tel Plan d’action est finalement une réponse aux défis croissants auxquels sont confrontés les droits de l’homme, d’autant qu’aucun pays « n’est à l’abri ». 

Le chef de l’ONU n’a cité aucun pays en particulier dans son discours, même s’il a fait des allusions à des situations dans lesquelles « des civils piégés dans des enclaves dans des régions ravagées par la guerre, affamés et bombardés en dépit du droit international ». Il a également dénoncé les « trafics d’êtres humains, qui affectent toutes les régions du monde ».

M. Guterres s’est aussi inquiété de voir des militants de la société civile jetés en prison, et des minorités religieuses et ethniques persécutées, « en vertu de définitions trop larges de la sécurité nationale ».  Des journalistes tués ou harcelés parce qu’ils ne cherchaient qu’à faire leur travail. Les minorités, les autochtones, les migrants, les réfugiés, la communauté LGBTI tourmentée par des actes de haine.  C’est dans ce contexte que le monde fait aussi l’amer constat « d’une augmentation de la faim dans le monde » et d’un chômage des jeunes à des « niveaux alarmants ».

De plus, avec la crise climatique, l’évolution démographique et l’urbanisation rapide, il y a les « laissés pour compte » de la mondialisation, accentuant la peur et les divisions dans le monde. « Certains responsables politiques alimentent ainsi les divergences pour des raisons électoralistes. Une situation qui a mené l’État de droit à s’éroder, poussant ainsi des gens à s’élever contre de tels systèmes économiques », a signalé M. Guterres.

L’interdépendance entre droits civils et politiques et droits socio-économiques 

C’est pourquoi, le chef de l’ONU trouve que les droits économiques, sociaux et culturels « ne suffisent pas » pour répondre à l’aspiration à la liberté des populations. 

« Les droits humains – qu’ils soient civils, culturels, économiques, politiques ou sociaux - sont à la fois le but et le chemin », a déclaré le Secrétaire général, réaffirmant ainsi l’universalité des droits humains et cette culture fait que l’ONU continue de faire pression pour un élan de diplomatie afin de réduire la souffrance humaine. 

Les droits de l’homme sont un droit naturel pour chaque individu et dans l’intérêt de chaque pays

« Lorsque nous dénonçons la montée du racisme, de la suprématie blanche et d’autres formes d’extrémisme et que nous publions le tout premier plan d’action à l’échelle du système des Nations Unies pour lutter contre les discours de haine, nous défendons les droits de l’homme », a-t-il fait valoir.

En conclusion, M. Guterres a dit que les droits de l’homme sont un droit naturel pour chaque individu et dans l’intérêt de chaque pays.  Ils ne doivent jamais être un moyen de faire deux poids deux mesures ou de poursuivre des objectifs cachés. Une façon de rappeler que « la souveraineté nationale ne peut servir de prétexte pour violer les droits de l’homme ». « Nous devons surmonter la fausse dichotomie entre les droits humains et la souveraineté nationale. Les droits de l’homme et la souveraineté nationale vont de pair », a-t-il insisté. 

Pour la communauté internationale, le défi permanent est de transformer les ambitions de la Déclaration universelle en changements concrets sur le terrain, « pour aider les sociétés à se développer dans la liberté, pour assurer l’égalité des femmes et des filles et pour faire progresser le développement durable ». 

Pour construire un monde juste et équitable, le chef de l’ONU a donc appelé à « œuvrer ensemble à la réalisation de la plus haute aspiration de l’humanité : la pleine jouissance des droits humains ».

 

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