L’ONU appelle à intégrer la protection des enfants dans les processus de paix

12 février 2020

Les enfants ne devraient jamais être mêlés aux conflits, a déclaré mercredi le chef de l’ONU lors d’une réunion du Conseil de sécurité consacrée à l’intégration de la protection des enfants dans les processus de paix.

« Les enfants de moins de 18 ans constituent plus de la moitié de la population dans la plupart des pays touchés par la guerre, et étant incapables de se protéger contre ses maux, ces enfants sont parmi les personnes les plus vulnérables », a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, rappelant que près de 250 millions d’enfants vivent dans des pays affectés par un conflit.

M. Guterres a déploré un nombre record de violations à l’encontre des enfants dans le contexte des conflits armés avec, en 2018, plus de 12.000 enfants tués ou mutilés dans un conflit – le chiffre le plus élevé depuis 1996 – et plus de 24.000 cas de violence vérifiés, contre 21.000 en 2017.
 

© UNICEF/Sebastian Rich
Un enfant se tient debout lors d'une cérémonie pour libérer les enfants des rangs des groupes armés et entamer un processus de réintégration à Yambio, au Sud-Soudan.

Un guide pour intégrer les enfants dans les processus de paix

Au Conseil de sécurité, le chef de l’ONU a présenté un nouveau guide pratique, à l’intention des médiateurs, afin de mieux protéger les enfants dans les situations de conflits armés.

« Le guide reconnaît que les besoins et les droits des enfants doivent être pris en compte à toutes les phases d'un conflit, des efforts de prévention à la médiation et au rétablissement par un développement durable et inclusif », a expliqué M. Guterres.

Le document fournit aux médiateurs et aux négociateurs les moyens de procéder à une analyse des conflits fondée sur les droits de l'enfant et repose sur des principes qui interdisent la discrimination et placent les intérêts des enfants au premier plan, a précisé le Secrétaire général.

Basé sur des exemples concrets de situations dans lesquelles les questions de protection de l'enfance ont été intégrées avec succès dans des processus ou des accords de paix, le guide souligne la valeur stratégique de l'inclusion des droits et des besoins des enfants dans les négociations de paix et donne des outils aux médiateurs pour prendre ces questions en considération dès les premières étapes des négociations.

« En intégrant des mesures spécifiques de protection des enfants dans les processus de paix, nous pouvons obtenir des résultats concrets pour les enfants et pour la paix », a affirmé le chef de l’ONU.Selon le Secrétaire général, ce guide pratique pour les médiateurs est « la prochaine étape de notre stratégie visant à placer les enfants au cœur des efforts de protection, de consolidation de la paix et de prévention ».

 

MINUSS/Nektarios Markogiannis
Des enfants soldats sont libérés au Soudan du Sud en juillet 2019.

Instaurer la confiance et faire avancer la paix

La protection des enfants peut rapprocher les parties en conflit et renforcer la confiance et la paix, a ajouté le chef de l’ONU.

« Au Soudan du Sud, par exemple, les parties à l'accord de paix ont signé un plan d'action conjoint global pour la protection des enfants avec les Nations Unies en présence de ma Représentant spécial pour les enfants et les conflits armés à Juba la semaine dernière », a donné en exemple M.Guterres.

Selon lui, ce plan arrive à un moment « crucial » pour le Sud-Soudan et a le potentiel de « renforcer la confiance entre les parties dans le contexte du processus de paix qui se heurte à de nombreux obstacles ».

« En intégrant des mesures spécifiques de protection des enfants dans les processus de paix, nous pouvons obtenir des résultats concrets pour les enfants et pour la paix », a -t-il précisé, évoquant la mise à terme du recrutement et de l’utilisation des enfants par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FRADC) qui ont contribué à instaurer la confiance et à créer une dynamique pour faire avancer le processus de paix.
 

Photo UNICEF/Donna DeCesare
Cette jeune fille âgée de 15 ans était un enfant soldat en Colombie. Environ 30% d'entre eux sont des filles, souvent victimes de violences sexuelles.

Un cercle vicieux

« Dans les zones de guerre, les enfants font souvent l’objet d’atrocités et peuvent notamment subir des violences sexuelles ou être enlevés. Certains sont formés au maniement d’armes mortelles, ou utilisés comme cuisiniers ou messagers », a constaté le Secrétaire général.

Selon lui, ces violences « traumatisent durablement les enfants, ainsi que les communautés et les sociétés dont ils font partie » et alimentent le ressentiment et les frustrations qui conduisent à l’extrémisme, créant un cercle vicieux de tensions et de violences.

L’ONU souligne par ailleurs que les attaques contre les hôpitaux et les écoles privent les enfants d’éducation, de traitements ou de soins d’urgence vitale et obligent les familles à quitter leur domicile.

 

Cet enfant soldat, démobilisé au Soudan du Sud en 2015, n'est jamais allé à l'école. Photo UNICEF/Doune Porter

Des progrès 

M. Guterres s’est félicité de l’engagement systématique du Conseil de sécurité en faveur de la protection des enfants ces 21 dernières années ainsi que des progrès accomplis.

« Un plaidoyer soutenu a conduit à des changements dans la loi et à une meilleure coopération avec les ministères et les armées. En Afghanistan, par exemple, des unités de protection de l'enfance ont été créées dans chaque province, et le recrutement et l'utilisation d'enfants ont été érigés en infraction pénale » a-t-il mis en exergue.

Des campagnes telles que ‘Enfants, pas soldats’ et de nouvelles lois sur la protection ont contribué à un consensus mondial sur le fait que les enfants ne doivent jamais être utilisés dans les conflits, a ajouté le Secrétaire général.

« Toutefois, malgré ces efforts, les chiffres des violations graves commises à l'encontre des enfants dans les conflits continuent d'augmenter », a-t-il regretté.
 

Faire tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger les enfants

M. Guterres a affirmé que sa Représentante spéciale pour les enfants dans les conflits armés, Virginia Gamba, œuvrait actuellement à améliorer la situation des enfants en République centrafricaine au Myanmar et au Yémen et qu’elle était prête à soutenir tous les États membres dans cet effort, en particulier le Mali, la Syrie et le Yémen.

« Il est de notre devoir fondamental, en tant que dirigeants, de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour protéger les enfants, notre avenir, du chaos et de la folie des guerres qui n'ont rien à voir avec eux. Ensemble, nous commençons à faire des progrès. Je vous invite à poursuivre sur cette voie », a exhorté M. Guterres. 

La réunion du Conseil de sécurité a été organisée par la Belgique, qui préside actuellement l’organe onusien, à l’occasion de la Journée internationale contre l’utilisation des enfants dans les conflits armés, en présence de sa Majesté Philippe, Roi des Belges.

Dans une déclaration présidentielle, le Conseil de sécurité s'est félicité de l'élaboration du guide et a encouragé le Secrétaire général à diffuser largement ces orientations et à promouvoir leur utilisation dans les processus de paix et de médiation soutenus, parrainés et facilités par les Nations unies (S/PRST/2020/3).

 

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