Syrie : des enfants de 12 ans torturés et des filles de 9 ans victimes de viol, selon des enquêteurs onusiens

16 janvier 2020

Les enfants syriens sont privés de leur enfance car ils sont contraints de participer à une guerre brutale et sont victimes de nombreuses violations perpétrées par toutes les parties au conflit, a dénoncé ce jeudi la Commission d’enquête de l’ONU pour la Syrie.

 « Bien que le gouvernement syrien ait la responsabilité principale de la protection des garçons et des filles dans le pays, tous les acteurs de ce conflit doivent faire davantage pour protéger les enfants et préserver la génération future du pays », a déclaré, Paulo Pinheiro, Président de la Commission d’enquête, lors d’une conférence de presse ce jeudi à Genève.

Dans ce dernier rapport publié ce jeudi à Genève, les enquêteurs indépendants onusiens soulignent que des enfants ont été tués et mutilés, et soumis à une multitude de violations par les parties belligérantes. « Les forces gouvernementales ont détenu des garçons âgés d’à peine 12 ans, les soumettant à de graves passages à tabac et à la torture », a souligné M. Pinheiro.

En outre, des garçons âgés d’à peine six ans ont été recrutés pour participer aux hostilités par les parties belligérantes, tandis que le viol et la violence sexuelle ont été utilisés contre les filles pour « les punir, les humilier et leur inspirer la peur ».

UNICEF/M. Abdulaziz
Une école primaire endommagée par les combats à Hujjaira, dans la région de Damas, en Syrie. Photo UNICEF/M. Abdulaziz

« La tragédie des enfants va durer des années »

Si les djihadistes de Hay’at Tahrir al-Sham (HTS) ont recruté et utilisé des garçons pour combattre en première ligne, « l’Etat islamique » a, à son apogée, soumis des filles d’à peine neuf ans à des viols et à l’esclavage sexuel.

Les garçons, quant à eux, recevaient un entraînement militaire et étaient régulièrement exposés à des violences extrêmes, notamment en étant témoins d’exécutions publiques ou en étant contraints de jouer le rôle d’exécuteur.

En détention, des enfants ont été utilisés pour arracher des aveux à leurs parents, soumis à la torture et à des mauvais traitements, tout en se voyant systématiquement refuser l’accès à la nourriture, à l’eau et aux soins médicaux. Pour les enquêteurs onusiens, les enfants ont été, et continuent d’être, brutalement marqués par le conflit syrien. « Ils ont été privés de leur enfance. C’est une tragédie qui va durer des années », a dénoncé M. Pinheiro.

Ce rapport de 25 pages intitulé « Ils ont effacé les rêves de mes enfants », décrit également les multiples violations des droits des enfants - y compris le sort de plus de de cinq millions d’enfants déplacés internes et réfugiés - ainsi que la situation dévastatrice de l’éducation en Syrie. A cet égard, le document rappelle que depuis le début du conflit, des milliers d’écoles ont été détruites ou utilisées à des fins militaires.

Dans ces conditions, plus de 2,1 millions de garçons et de filles ne suivent pas régulièrement des cours, sous quelque forme que ce soit. Des groupes armés ont pris pour cible des écoles et utilisé des établissements d’enseignement à des fins militaires.

Pour les enquêteurs de l’ONU, la reconstruction des écoles doit être une priorité et les enseignants doivent être réintégrés, et les enfants doivent pouvoir retourner à l’école là où ils devraient être. « La Syrie ne peut tout simplement pas se permettre d’avoir plusieurs générations sans éducation à l’avenir », a fait valoir M. Pinheiro.

© UNICEF/Aaref Watad
Des enfants se reposent sous un arbre en République arabe syrienne. Leurs familles ont installé des camps de fortune dans le village d'Aqrabat, à 45 km au nord de la ville d'Idlib, près de la frontière turque.

Rapatriement des enfants de djihadistes étrangers

Par ailleurs, la Commission d’enquête a plaidé pour le rapatriement des enfants de djihadistes étrangers en Syrie.

En réitérant cet appel aux « États Membres qui ont des ressortissants étrangers ayant des liens apparents avec EI (Daech), bloqués dans des camps contrôlés par les Forces démocratiques syriennes », les enquêteurs notent qu’il incombe à chaque gouvernement de rapatrier ses enfants, conformément à « l’intérêt supérieur de l’enfant ». « En ne le faisant pas, on prive d’innombrables filles et garçons de leur droit à une nationalité et on souligne les risques de maltraitance, d’exploitation et de radicalisation accrue ».

Or ces gamins nés dans ces zones anciennement contrôlées par l’opposition syrienne, peinent parfois à obtenir leur enregistrement à l’état civil « car les documents fournis par les groupes armés ne sont pas reconnus par les autorités gouvernementales compétentes ».

Les enquêteurs demandent donc aux pays d’origine des combattants étrangers de prendre « des mesures pour simplifier l’enregistrement de leurs ressortissants nés en Syrie, dans le but ultime de les rapatrier dès que possible ».

« Les Etats ont des obligations bien définies de protéger les enfants, y compris contre l’apatridie. Ne pas respecter ces principes fondamentaux constituerait une dérogation claire à cette obligation », a fait valoir dans un communiqué, Hanny Megally, membre de la Commission d’enquête.

 

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