Haïti, 10 ans après le séisme : « La reconstruction est un processus progressif » (témoignage)

15 janvier 2020

Le 12 janvier 2010, en 30 secondes, le visage d’Haïti a changé à jamais. Il y a dix ans, les trente secondes qu’a duré la secousse de magnitude 7 ont transformé Port-au-Prince et les villes de Gressier, Léogane et Jacmel en champs de ruines, entraînant la mort de plus de 200.000 personnes, en blessant 300.000 autres.

Louis Germain a connu le désastre de près. Celui qui est aujourd’hui l’Ombudsman adjoint et Chef du bureau des Services d’ombudsman et de médiation à New York était au moment de la tragédie dans son pays natal, en congé annuel. 

Lorsque la terre a tremblé à 16 h 53 ce jour-là, il était en voiture entre Jacmel et la capitale Port-au-Prince. Ce puissant séisme et ses répliques ont par la suite modifié le cours de millions de vies. Et la plaie laissée par le séisme dans le cœur d’Haïti et de sa population est loin d’être cicatrisée. 

Dix ans après et après avoir perdu des proches et des amis, Louis Germain décrit le long chemin menant à sa reconstruction. Après avoir vécu une telle tragédie, « la reconstruction est un processus progressif », a-t-il déclaré dans un entretien accordé à la Télévision de l’ONU à Genève.

Vivre chaque jour comme si c’était le dernier

Louis Germain en a tiré une « leçon principale », l’importance du cours de la vie.

« Le présent est précieux parce que très souvent, on vit dans le futur, on parle de ce que l’on va faire à la retraite. On parle de ce que l’on va faire dans un an. On planifie toujours. Mais la réalité, c’est que dans la vie, on n'a que le moment actuel », relève-t-il. 

Le présent est précieux parce que très souvent, on vit dans le futur, on parle de ce que l’on va faire à la retraite. On parle de ce que l’on va faire... Mais la réalité, c’est que dans la vie, on n'a que le moment actuel

« On ne sait pas ce qui va se passer d’ici à dix minutes ou même cinq minutes, même deux minutes », a fait remarquer le fonctionnaire onusien d’origine haïtienne. « Alors il faut vivre à chaque moment comme si c’était le dernier parce qu’on ne sait jamais. »

Dans tous les cas, il trouve que dans le contexte de ses années de carrière à l’ONU, c’était pour lui, « la période la plus précieuse, au point de vue du rôle d’une organisation ».

Face aux critiques sur l’inefficacité de l’aide internationale au lendemain du séisme, M. Germain préfère plutôt insister sur la difficulté à gérer un tel drame. 

« Pendant le séisme, l’Organisation s’est trouvée dans une situation très très difficile. La MINUSTAH n’avait pas de mandat pour faire face à une tragédie comme celle vécue il y a dix ans », a-t-il ajouté. 

« Pour l’Organisation, c’était plutôt difficile, notamment savoir comment gérer la situation. Malgré tout, l’ONU a décidé, peut-être, de mettre de côté son aspect bureaucratique » pour s’orienter vers l’aide à apporter au peuple haïtien, mais aussi aux fonctionnaires de l’Organisation qui ont été affectés par le séisme.

 A cet égard, il rappelle une anecdote au lendemain du séisme.

 « Le Président haïtien de l’époque est venu vers le Chef de l’administration de l’ONU pour demander de l’assistance alors que le responsable onusien n’avait vraiment pas l’expertise, ni un mandat pour assister et (s’inscrire) dans une démarche pareille », rappelle M. Germain.

« Haïti fait face à beaucoup de difficultés »

Outre la perte d’une centaine de membres du personnel des Nations Unies, cet événement tragique avait également emporté la hiérarchie, la tête de la Mission onusienne, notamment le Représentant spécial du Secrétaire général (Hédi Annabi) et son adjoint (Luiz Carlos da Costa).  

« Mais on s’est retrouvé dans une situation où le Chef de l’administration se retrouvait vraiment comme le responsable qui devait tout gérer », souligne Louis Germain.

Dix ans après le séisme meurtrier, le doute domine face à l’échec de la reconstruction et la situation socio-économique. 

« Je pense que Haïti n’est pas nécessairement au point où on devrait être pour préparer le peuple pour faire face à une tragédie comme on l’a connu il y a dix ans », raconte Louis Germain.

Sur le terrain, « Haïti fait face à beaucoup de difficultés », a indiqué l’Ombudsman adjoint de l’ONU, non sans rappeler que son pays d’origine a fait face à beaucoup de crises depuis le séisme, notamment la saison des cyclones qui a « beaucoup ravagé » la situation chez lui.

« Et en plus de ça, on a eu le choléra qui n’a pas été bien gérée, soit dans le contexte international, soit dans le contexte gouvernemental et national du pays », regrette M. Germain.

Louis Germain devait témoigner mercredi après-midi au Palais des Nations lors d’une cérémonie de commémoration organisée par l’Office des Nations Unies à Genève et par la Mission permanente de Haïti auprès de l’Office des Nations Unies. 

Outre le message vidéo du Secrétaire général de l’ONU, il était prévu des allocutions de Bocchit Edmond, Ministre des Affaires Étrangères de Haïti, Tatiana Valovaya, Directrice générale de l’Office des Nations Unies à Genève et l’Ambassadeur Pierre André Dunbar, Représentant permanent d’Haïti auprès de l’ONU Genève.

Photo ONU Tunisie/Ammar Louati
Le Coordonnateur résident des Nations Unies en Tunisie, Diego Zorrilla, lors de l'hommage rendu à Hédi Annabi, décédé en 2010 en Haïti.

Hommage rendu à Hédi Annabi à Tunis

Lundi, à Tunis, une cérémonie a été organisée en l’honneur d’Hédi Annabi, chef de la MINUSTAH qui a perdu la vie lors du séisme de 2010.

Dans un message lu par le Coordonnateur résident des Nations Unies, Diego Zorrilla, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a souligné qu’Hédi Annabi était « l’un des piliers du maintien de la paix des Nations Unies ».

« Modeste et sans prétention, doté d’un humour pince-sans-rire, Hédi était un fonctionnaire diligent et dévoué. Décédé en service alors qu’il dirigeait la mission de l’ONU en Haïti, sa perte a laissé un vide dans le monde entier, y compris dans sa Tunisie natale, où il avait fait ses premiers pas de diplomate et où l’on était, à juste titre, fier de le voir œuvrer à un monde meilleur », a dit M. Guterres.

Une salle de conférence a été baptisée à son nom au siège des Nations Unies à Tunis.

 

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