Syrie : l’ONU appelle à la fin des hostilités et à protéger les civils dans le nord-ouest du pays

24 décembre 2019

Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’est dit profondément préoccupé par l'escalade militaire dans le nord-ouest de la Syrie et a appelé à la cessation immédiate des hostilités.

« Le Secrétaire général est alarmé par l'ampleur de l'opération militaire », a indiqué son porte-parole, Stéphane Dujarric, dans une déclaration de presse rendue publique dans la nuit de lundi à mardi.

De vendredi et à dimanche, environ 39 communautés auraient été touchées par des bombardements dans les gouvernorats du nord de Hama, du sud d’Idlib et de l’ouest d’Alep, tandis que 47 communautés auraient été touchées par des frappes aériennes. « L’ONU demeure profondément préoccupée par la sécurité et la protection de plus de trois millions de civils à Idlib », avait déclaré lundi Stéphane Dujarric lors d’un point de presse au siège de l’ONU, à New York. Plus de la moitié de ces personnes ont été déplacées, à la suite des frappes aériennes dans la région.

Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), ces déplacements qui ont lieu pendant les mois d’hiver exacerbentdavantage la vulnérabilité des personnes dans le besoin. « Nombre de ceux qui ont fui ont un besoin urgent d’aide humanitaire, en particulier d’abris, de nourriture, de soins de santé, d’aide non alimentaire et d’aide à l’hivernage », a précisé OCHA dans son dernier bulletin humanitaire daté du lundi 23 décembre.

Au moins 80.000 civils déplacés par les combats, dont 30.000 la seule semaine dernière

En raison de l’intensification des bombardements, des dizaines de milliers de civils ont fui depuis le début de la semaine cette région de la province d’Idlib. Selon M. Dujarric, la récente escalade militaire en Syrie a fait des dizaines de victimes civiles et entraîné le déplacement d’au moins 80.000 civils, dont 30.000 rien qu’au cours de la seule semaine dernière.

Selon OCHA, des dizaines de milliers de civils ont fui la région de Ma’arrat An-Nu’man, dans le sud du gouvernorat d’Idlib, depuis le 16 décembre. Ces derniers se déplacent « plus au nord en raison de la reprise des hostilités ». Des milliers d’autres personnes dans le sud d’Idlib attendraient une pause dans les bombardements et de trouver des moyens de transport pour fuir, craignant que les la poursuite des hostilités n’affectent ensuite leurs communautés.

Les nouvelles populations déplacées viennent s’ajouter aux plus de 400.000 femmes, enfants et hommes déjà déplacés à la suite des hostilités depuis fin avril, beaucoup ayant été déplacés à plusieurs reprises.  La région d’Idlib abrite quelque trois millions de personnes, dont plus de la moitié sont des déplacés qui ont fui les combats ailleurs en Syrie, où la guerre déclenchée en 2011 a déjà fait des millions de déplacés.

OCHA souligne que la situation sécuritaire toujours volatile le long des voies d’accès au nord et la pénurie de carburant dans la zone d’Idlib limitent les déplacements des civils qui fuient les hostilités. La plupart des personnes récemment déplacées se dirigent vers les centres urbains tels que la ville d’Idlib, Saraqab et Ariha et vers les camps de déplacés dans le nord-ouest d’Idlib. Un nombre plus restreint de civils se dirigerait vers des zones du nord du gouvernorat d’Alep.

Toutes les parties ont l’obligation de protéger les civils

António Guterres s’est également dit alarmé par les informations faisant état d'attaques contre les voies d'évacuation alors que les civils tentent de fuir vers le nord en quête de sécurité. « Le Secrétaire général rappelle à toutes les parties leurs obligations de protéger les civils et de garantir la liberté de mouvement », a dit son porte-parole.

« Un accès humanitaire durable, sans entrave et sûr aux civils, y compris par le biais de la modalité transfrontalière, doit être garanti afin de permettre à l'ONU et à ses partenaires humanitaires de continuer à mener à bien leur travail critique dans le nord de la Syrie.

Face à cette recrudescence des violences, l’ONU exhorte toutes les parties à garantir la protection des civils et à permettre aux organisations humanitaires d’accéder de manière sûre, durable et sans entrave à toutes les personnes dans le besoin.

Samedi, l’ONU a négocié une pause humanitaire de six heures qui a permis à plus de 2.500 personnes de fuir Idlib en toute sûreté. « Nous poursuivons nos efforts avec toutes les parties concernées pour plaider en faveur de la protection et du passage en toute sécurité de tous ceux qui souhaitent quitter les zones touchées ».

Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) rappelle que les enfants sont les premiers à souffrir de l’escalade militaire dans le nord-ouest de la Syrie.

« Plus de 500 enfants ont été blessés ou tués au cours des neuf premiers mois de 2019, et au moins 65 enfants ont été tués ou blessés au cours du seul mois de décembre », a déploré l’UNICEF dans un communiqué publié la veille de Noel.

Neuf ans après le début de la guerre, les enfants en Syrie continuent de subir une « violence, des traumatismes et une détresse indescriptibles », souligne l’agence onusienne pour qui les enfants doivent toujours être protégés, y compris en temps de conflit. « C'est une obligation pour toutes les parties au conflit - pas un choix », martele l’UNICEF qui appelle également à fin des hostilités.

Antonio Guterres a réitéré qu'il n'y a pas de solution militaire au conflit syrien. « La seule solution crédible est un processus politique facilité par l'ONU conformément à la résolution 2254 (2015) du Conseil de sécurité », a rappelé son porte-parole.

 

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