A Dakar, le changement climatique et les migrations à l'agenda d'une réunion du Conseil des droits de l’homme

21 octobre 2019

La capitale sénégalaise accueille du 21 au 22 octobre un séminaire du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies consacré au changement climatique et aux migrations de masse

Le Président du Conseil des droits de l’homme, Coly Seck, estime que l’organe onusien doit servir de « précurseur à l’échelle internationale » sur ces deux questions « extrêmement importantes ».

Ambassadeur du Sénégal auprès des Nations Unies à Genève, Coly Seck entend faire de ces « enjeux du présent et du futur », la grande cause de la fin du mandat de son pays à la tête du Conseil des droits de l’homme, mais aussi de fil conducteur pour son successeur qui prendra ses fonctions le 1er janvier 2020.

Réunis en séminaire à Dakar, les 47 membres du Conseil vont se pencher sur certains sujets délicats débattus au sein de leur organe tels que l’environnement et le changement climatique, les migrations de masse, les droits de l’homme à l’ère du numérique, la responsabilité sociétale des entreprises dans le contexte des droits de l’homme.

« Cette rencontre informelle va permettre aux délégations de discuter de manière tout à fait franche », a déclaré Coly Seck dans un entretien accordé à ONU Info. Interrogé sur la pertinence d’un tel séminaire à deux mois de la fin du mandat de la présidence sénégalaise, M. Seck insiste sur l’importance d’avoir « un regard plus pressant, plus proactif » pour aider les pays, notamment africains.

Le Conseil des droits de l’homme doit être plus visible

Pour le Sénégal, la tenue de ce séminaire est une façon de rappeler que le changement climatique est une question fondamentale de droits de l’homme et que c’est grâce à au Conseil que des références sur les droits humains font partie de l’Accord de Paris sur le climat.

« Les changements climatiques vont dominer l’actualité du monde ces 50 prochaines années » et si rien n’est fait, cela risque « de réduire à néant les efforts qui ont été faits ces 50 dernières années pour promouvoir un développement durable à l’échelle mondiale », a dit M. Seck.

Pour l’Ambassadeur du Sénégal, le déplacement du Conseil des droits de l’homme à Dakar s’inscrit dans une certaine logique : avoir un organe onusien plus proche des peuples qu’il sert. « Nous avons estimé que le Conseil fait un excellent travail, mais il n’est pas bien connu », a-t-il fait valoir. C’est dans le cadre de ce travail de proximité, que le Président du Conseil s’est déjà rendu à l’Université de Genève, au Club diplomatique mais a aussi rencontré de jeunes écoliers d’un lycée français à Ferney Voltaire pour les sensibiliser sur le travail de son organe et la façon dont les jeunes peuvent s’impliquer personnellement. « Et donc le Conseil doit être plus visible », insiste-t-il.

Au-delà de l’empreinte que Dakar souhaiterait laisser sur sa présidence du Conseil, M. Seck tient à rappeler « l’universalité des droits de l’homme ». Selon lui, il ne sert à rien de vouloir dicter une seule façon de voir les droits humains. « Nous avons tous des cultures, des valeurs, des religions différentes. Il convient à mon avis de faire en sorte que tous les pays puissent appliquer la Déclaration universelle des droits de l’homme, mais sans renoncer à leur religion, à leurs valeurs, à leur culture », a-t-il fait remarquer. « Par exemple, nous le Sénégal, avons aboli la peine de mort qui est appliquée dans beaucoup de pays qui se considèrent comme des champions en matière de promotion et de protection des droits de l’homme », a-t-il dit.

« Il n’y a pas de question taboue au Conseil des droits de l’homme »

La présidence sénégalaise du Conseil a été marquée au cours de ces trois dernières sessions, par des débats sur les violations des droits de l’homme, le droit au développement, l’environnement, les questions relatives à la peine de mort, les questions sociétales de manière générale.

« Ce sont des sessions relativement calmes fondées, un peu, sur le souci de construire des consensus, de faire moins dans l’accusation », a martelé M. Seck. Une stratégie qui, selon lui, a abouti à l’adoption de la plupart des résolutions par consensus même si certaines ont été adoptées par vote. « Ce qui est normal, parce qu’elles constituent des questions délicates et difficiles qui ne font pas graviter autour d’elles un consensus fort », a-t-il indiqué.

Interrogé sur le fait que cette quête de consensus ne cachait pas une volonté des Etats membres d’éviter les questions qui fâchent, l’Ambassadeur du Sénégal a souligné qu’il n’y avait pas « de question taboue au Conseil des droits de l’homme ». Les Etats, sur la base notamment de leurs intérêts et sur la base de leurs intérêts de groupe également, portent des questions qu’ils estiment essentielles sur la table du Conseil. « Il en est ainsi des situations pays », a-t-il précisé, tout en rappelant que lors de la session d’automne, « la question du Venezuela a été agitée ». « Il se passe dans un pays un moment où le Conseil doit prendre ses responsabilités et veiller à ce que des mesures soient prises pour faire cesser les violations constatées », a-t-il fait remarquer.

Si Coly Seck est le premier représentant du Sénégal à diriger le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies depuis sa création en 2006, d’autre Sénégalais avaient déjà présidé la défunte Commission des droits de l’homme, notamment le Dr. Ibrahima Boye en 1968, le juge Kéba Mbaye en 1978 et l’Ambassadeur Alioune Sène en 1988.

Coopération avec le Conseil de sécurité

Dès ses débuts, la présidence sénégalaise du Conseil des droits de l’homme a mis l’accent sur la coopération avec les organisations régionales, notamment avec l’Union africaine, et sur la place de l’Afrique dans le domaine des droits de l’homme, non seulement pour porter la voix du continent africain au sein de cette instance, mais également pour encourager tous les pays africains à coopérer avec le Conseil.

« Nous avons essayé de gérer le Conseil sur la base des orientations de politique étrangère du Sénégal, mais en tenant compte également des intérêts et des enjeux prioritaires, en matière des droits de l’homme de tous les Etats membres, notamment des Etats africains », a dit M. Seck.

Selon le Président, le Sénégal a voulu insuffler au Conseil « un esprit de respect mutuel. On ne peut pas faire de droits de l’homme si nous ne nous respectons pas, si nous ne privilégions pas l’écoute mutuelle, le respect des différences », a-t-il dit.

A travers cette présidence du Conseil, Dakar a également voulu montrer qu’en tant que pays africain d’un continent qui fait de grands efforts dans le domaine de la promotion et de la protection des droits de l’homme, il était possible de contribuer au renforcement de la Déclaration universelle des droits de l’homme. « Mais c’est un idéal. Il n’y a pas d’un côté des pays maîtres, en matière de droits de l’homme et d’un autre côté des élèves, qui sont plus ou moins bons », a-t-il tenu à préciser.

Dans un esprit de dialogue, M. Seck a mené en février dernier des consultations avec tous les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies pour discuter de sa coopération avec le Conseil des droits de l’homme. « Parce que les résolutions du Conseil (des droits de l’homme) ont une portée limitée. Et n’oublions pas que la plupart des dossiers qui sont à l’agenda du Conseil de sécurité proviennent initialement des violations des droits de l’homme », a-t-il souligné, insistant sur le fait que l’ONU est une seule organisation. « Si nous voulons avoir des résultats, il nous faut combiner les forces de ces organes-là, faire en sorte que nous puissions parler de la même voix et viser les mêmes résultats », a-t-il conclu.

 

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