Syrie : l’ONU appelle à une « désescalade immédiate » dans le nord-est du pays

14 octobre 2019

Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, s’est dit « gravement préoccupé » par l'évolution de la situation militaire dans le nord-est de la Syrie qui aurait déjà fait de nombreuses victimes civiles et provoqué le déplacement d'au moins 160.000 civils, a affirmé lundi son porte-parole.

La Turquie a lancé la semaine dernière une intervention dans le nord-est de la Syrie.

« Le Secrétaire général appelle à une désescalade immédiate et exhorte toutes les parties à résoudre leurs préoccupations par des moyens pacifiques », a précisé son porte-parole, Stéphane Dujarric,  dans une déclaration de presse.

M. Guterres note également avec une « vive inquiétude » que les opérations militaires en cours pourraient conduire à la libération involontaire d'individus associés à l'organisation terroriste Etat islamique en Iraq et au Levant (EIIL), « avec toutes les conséquences que cela pourrait entraîner ».

M. Guterres continue d'exhorter « à la plus grande retenue et souligne que toute opération militaire doit respecter pleinement le droit international, y compris la Charte des Nations Unies et le droit international humanitaire », a précisé M. Dujarric.

Le chef de l’ONU a souligné que les civils qui ne participent pas aux hostilités, de même que les infrastructures civiles, doivent être protégés à tout moment, conformément au droit international humanitaire. Il a attiré l’attention sur la vulnérabilité particulière des personnes déplacées.

Pour M. Guterres il importe en outre de « garantir un accès humanitaire durable, sans entrave et sûr aux civils dans le besoin, y compris par le biais de la modalité transfrontalière, afin de permettre à l'ONU et à ses partenaires humanitaires de continuer à mener à bien leurs activités essentielles dans le nord du pays ».

Toute solution à la crise syrienne doit réaffirmer la souveraineté, l'indépendance, l'unité et l'intégrité territoriale du pays, a enfin rappelé le Secrétaire général citant la résolution 2254 (2015) du Conseil de sécurité.

Des centres de santé attaqués et des installations d'eau endommagées

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) est également gravement préoccupée par la situation sanitaire humanitaire dans le nord-est de la Syrie où près de 1,5 million de personnes ont besoin d'une aide sanitaire. 

« Nombre des personnes touchées par les récentes hostilités ont déjà subi un stress physique et mental immense à la suite d'années de conflit et de déplacements répétés », a rappelé lundi l’OMS dans un communiqué.

Selon l’agence onusienne, les services de santé déjà affaiblis dans le nord-est de la Syrie ont été gravement touchés à la suite de l'intensification des opérations militaires depuis le 9 octobre, . 

« L'hôpital national de Ras Al-Ain est actuellement hors service, et l'hôpital national et les deux centres de santé de Tel Abyad sont également actuellement hors service. Les trois hôpitaux de campagne du camp d'Al-Hol ont limité leurs services depuis le 12 octobre en raison de l'escalade des hostilités qui a entravé l'accès du personnel sanitaire au camp. Toutes les installations sanitaires des camps accueillant des personnes déplacées dans l'Ain Issa et Ras al Ain ont également été évacuées et d'autres installations sont menacées par l'escalade rapide du conflit », a précisé l’OMS signalant que plusieurs installations avaient fait l’objet d’attaques et que plusieurs partenaires du secteur de la santé avaient déjà suspendu leurs services en raison de l'insécurité.

Aussi la pénurie d'agents de santé, dans tout le nord-est de la Syrie, est généralisée car ils font également partie des personnes déplacées par l'insécurité actuelle, ce qui aggrave une situation déjà critique et prive davantage les populations mal desservies de l'accès aux soins médicaux.

Les dommages causés à la station de pompage de Ras Al Ain, principale source d'eau de la majeure partie du gouvernorat d'Al Hassakeh, ont augmenté le risque de flambées de maladies infectieuses, a expliqué l’OMS, soulignant que même avant l'escalade actuelle du conflit, la diarrhée aiguë et la typhoïde étaient deux des maladies les plus signalées chez les habitants du nord-est de la Syrie en août 2019. 

Les déplacements continus, les conditions de vie surpeuplées et l'accès limité à l'eau potable et aux services d'assainissement entraîneront probablement une augmentation du nombre de personnes touchées par les maladies d'origine hydrique.

Face à cette situation chaotique et changeante, l'OMS et ses partenaires de la santé travaillent d'arrache-pied pour répondre aux besoins sanitaires urgents. 

Près de 314.000 traitements médicaux, vaccins et médicaments pour 500 patients traumatisés ont déjà été prépositionnés dans le centre de Qamishly. Une cargaison supplémentaire de plus de 100.000 traitements et médicaments pour 640 patients traumatisés sera acheminée par avion à Qamishly au cours de la semaine prochaine. Des médicaments contre les maladies diarrhéiques ont également été prépositionnés pour être livrés aux établissements de santé en fonction des besoins. 

Malgré les difficultés, de nombreuses ONG du secteur de la santé continuent d'exercer leurs activités ou s'installent dans de nouveaux locaux. Certains cas nécessitant une hospitalisation sont dirigés vers un établissement soutenu par l'OMS à Al-Hassakeh, et l'OMS est en train d'engager deux hôpitaux supplémentaires à Al-Hassakeh et à Al-Raqqa pour appuyer les services d'orientation.

Au fur et à mesure de l'évolution de la situation, l'OMS et ses partenaires continueront d'évaluer les besoins en matière de santé et d'intensifier leur action si nécessaire.
 

© UNICEF/Delil Souleiman
Une femme et des enfants sont assis sous un camion alors que des personnes déplacées de Ras al-Ain arrivent à Tal Tamer, après avoir fui l'escalade de violence en République arabe syrienne. (11 octobre 2019)

Les humanitaires se préparent à aider jusqu'à 400.000 personnes

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a fait écho aux préoccupations des autres instances onusiennes.
Le PAM a jusqu'à présent fourni une aide alimentaire immédiate à plus de 70.000 personnes fuyant les villes du nord-est de la Syrie alors que les opérations militaires se poursuivent, et a demandé instamment que les voies d'approvisionnement essentielles restent ouvertes et sûres pour les livraisons humanitaires. 

Le Programme fournit des aliments prêts à consommer qui ne nécessitent pas de cuisson aux familles hébergées dans des abris, tandis que les familles d'accueil reçoivent un colis alimentaire régulier.

Selon le PAM, environ 130.000 personnes en déplacement qui cherchent refuge dans les villes de Hasakeh et de Raqqa, mais ce chiffre pourrait être plus élevé car beaucoup de gens choisissent de rester avec leur famille ou leurs amis plutôt que dans des refuges.

Les écoles sont vidées pour accueillir les personnes nouvellement déplacées qui ont un besoin urgent de nourriture, de vêtements et d'autres produits de première nécessité. 

Chaque jour, des dizaines de milliers de personnes se déplacent et fuient ces zones, et l’agence s’attend à ce qu'un plus grand nombre de personnes fuient leur foyer dans les jours à venir, à mesure que les opérations militaires se poursuivent. 

Le PAM et d'autres organismes humanitaires rappellent à toutes les parties qu'il faut garder les voies d'approvisionnement ouvertes afin de garantir un accès sans entrave et continu aux personnes prises dans la violence et à celles qui fuient.

Le PAM, avec ses partenaires sur le terrain, s'emploie à identifier et à aider les personnes dans le besoin ainsi qu'à enregistrer les familles qui accueillent des personnes déplacées afin de leur fournir de la nourriture supplémentaire en fonction de leurs besoins.  

L'ONU et ses partenaires humanitaires se préparent à aider jusqu'à 400.000 personnes qui pourraient avoir besoin d'assistance et de protection dans la période à venir.

 

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