Iraq : l’ONU demande une enquête rapide et transparente sur les morts dans des manifestations

4 octobre 2019

Au moins 12 manifestants ont été tués lors des mouvements de contestation réclamant des emplois pour la jeunesse en Iraq, a indiqué vendredi le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH), qui a réclamé une enquête rapide et transparente sur ces décès. 

 

« Le personnel de l’ONU chargé des droits de l’homme a confirmé la mort de 12 personnes à Bagdad. Cependant, nous avons reçu des rapports - et je tiens à souligner que ce nombre n’a pas encore été vérifié - selon lesquels jusqu’à 30 personnes au total auraient été tuées jusqu’à présent lors de manifestations dans plusieurs villes et villages », a déclaré ce vendredi à Genève, Marta Hurtado, porte-parole du HCDH.

Outre ces morts, des centaines de personnes ont été blessées, y compris des membres des forces de sécurité. Et des dizaines de manifestants ont été arrêtés mais la plupart ont été relâchés par la suite, selon le Haut-Commissariat.

Ce bilan provisoire pourrait être revu alors que des rapports des médias font état de la poursuite de violences ce vendredi marquant le quatrième jour du mouvement de contestation.

Dans ces conditions, les services de la Haut-Commissaire Michelle Bachelet sont préoccupés par les informations selon lesquelles » les forces de sécurité auraient utilisé des balles réelles et des balles en caoutchouc dans certaines zones, et auraient également tiré directement des grenades lacrymogènes sur des manifestants ».

Les Nations Unies ont ainsi exhorté Bagdad à faire preuve d’un maximum de retenue dans la gestion des manifestations et à laisser de l’espace aux manifestants pour qu’ils puissent s’exprimer librement, dans le respect de la loi.

« Le recours à la force devrait être exceptionnel et les assemblées devraient être gérées normalement sans recours à la force.  L’utilisation d’armes à feu est interdite, sauf en dernier recours pour se protéger contre une menace imminente de mort certaine ou de blessures graves », a rappelé la porte-parole du Haut-Commissariat.

Détention de journalistes et coupure d’Internet

Les services de Mme Bachelet ont donc demandé une enquête rapide sur les morts dans la dispersion des manifestations. « Tous les incidents dans lesquels les actions des forces de sécurité ont causé des morts et des blessés devraient faire l’objet d’enquêtes rapides, indépendantes et transparentes », a insisté Mme Hurtado.

Selon le Haut-Commissariat, les demandes des manifestants sont « légitimes » car « la plupart des manifestants sont des jeunes et des chômeurs qui réclament le respect de leurs droits économiques et sociaux ».

Pour l’ONU, les autorités ont l’obligation de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour aider leurs citoyens à joindre les deux bouts, notamment en respectant leur droit à l’emploi. « Nous appelons le gouvernement iraquien à permettre à la population d’exercer librement ses droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique », a fait valoir la porte-parole du HCDH.

Le Haut-Commissariat est également préoccupé par la détention d’au moins trois journalistes, dont deux ont ensuite été libérés, ainsi que par la coupure d’Internet dans tout le pays. « Les coupures généralisées d’Internet sont susceptibles de porter atteinte à la liberté d’expression, restreignant indûment le droit de recevoir et de communiquer des informations, et peuvent exacerber les tensions », a indiqué Mme Hurtado.

La Représentante spéciale du Secrétaire général pour l’Iraq, Jeanine Hennis-Plasschaert, s’est entretenue avec un certain nombre de manifestants mercredi soir à Bagdad et leur a réitéré son appel au calme, soulignant l’importance d’un dialogue direct entre les gens dans la rue et le leadership iraquien.

Selon l’ONU, la situation actuelle limite la faculté des agents humanitaires à travailler et à fournir l’aide en dehors de Bagdad alors que plus de 6 millions de personnes ont toujours besoin d’une assistance humanitaire en Iraq.

Le chef de l'ONU appelle à la retenue

Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a déclaré suivre de près les récentes vagues de manifestations dans plusieurs pays du monde, notamment en Iraq.

« Il est profondément préoccupé par le fait que certaines de ces manifestations ont conduit à des violences et, malheureusement, dans certains cas, à des pertes en vies humaines et des blessures graves », a dit son porte-parole dans une déclaration à la presse publiée vendredi.

« Le Secrétaire général réaffirme que la liberté d'expression et de réunion pacifique sont des droits fondamentaux qui doivent être respectés. Le respect de ces droits est l’un des fondements de notre société et est essentiel pour faire progresser la démocratie, le développement et la paix », a-t-il ajouté.

Le chef de l’ONU a réitéré son appel aux forces de sécurité pour qu’elles agissent avec le maximum de retenue et pour qu’elles réagissent à tout acte de violence conformément aux normes internationales relatives aux droits de l’homme concernant l’usage de la force par les forces de l’ordre. Il a appelé également les manifestants à manifester pacifiquement et à s'abstenir de toute violence.

Comme il l’a déclaré dans son discours à l’Assemblée générale des Nations Unies la semaine dernière, le Secrétaire général a exhorté tous les États à préserver l’espace civique et à faire respecter les droits de l’homme afin de contribuer au développement durable et à la paix.

Dans une autre déclaration de son porte-parole plus spécifiquement consacrée à la situation en Iraq, le chef de l'ONU a appelé au dialogue entre le gouvernement iraquien et les manifestants comme mesure immédiate de désescalade de la violence. Il s'est dit attristé par les morts lors des récentes manifestations.

 

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