Guinée : l'ONU dénonce l’impunité qui règne 10 ans après l’attaque au stade de Conakry

28 septembre 2019

Les autorités guinéennes devraient accélérer l'organisation du procès visant à poursuivre les responsables d'actes qui pourraient constituer des crimes internationaux graves commis lors des événements du 28 septembre 2009, a déclaré la Haut-Commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme, Michelle Bachelet, à l’occasion du 10ème anniversaire de l’attaque par les forces de l’ordre guinéennes dans le stade de Conakry.

« Bien que la commission d'enquête ait recommandé il y a près de dix ans aux autorités guinéennes de poursuivre les responsables et d'indemniser les victimes, peu de progrès tangibles ont été enregistrés jusqu'à présent », a regretté la cheffe des droits de l'homme des Nations Unies dans un communiqué. 

Une « forte présomption » de crimes contre l'humanité 

Le 28 septembre 2019 marque en effet le dixième anniversaire de l'attaque par les forces de sécurité et l'armée guinéennes d'un rassemblement politique pacifique au stade de Conakry, qui, selon une commission d'enquête des Nations Unies, a fait au moins 156 morts et disparus, dont un certain nombre de femmes décédées des suites de violentes agressions sexuelles.

Il est particulièrement préoccupant qu'un certain nombre de hauts fonctionnaires mis en accusation soient toujours en poste - Michelle Bachelet

Cette commission d'enquête a établi qu'au moins 109 filles et femmes ont été victimes de violences sexuelles, notamment de mutilations sexuelles et d'esclavage sexuel; des cadavres ont été enterrés dans des fosses communes; des détenus ont été torturés; et que les autorités ont modifié les lieux du crime. 

Le rapport de la Commission concluait qu'il existe une « forte présomption de crimes contre l'humanité commis », ainsi que des preuves sérieuses et fiables de la responsabilité pénale de certains individus.

Des efforts « extrêmement lents » sans résultats réels

Michelle Bachelet a reconnu que des mesures avaient été prises au cours des dix dernières années pour engager des poursuites et organiser une procédure judiciaire, grâce aux efforts déployés au niveau national et au ferme engagement du système des Nations Unies. 

Elle a cependant souligné que ces efforts ont été extrêmement lents et n'ont pas abouti à un procès ni à des condamnations réelles des responsables. « Il est particulièrement préoccupant qu'un certain nombre de hauts fonctionnaires mis en accusation soient toujours en poste et ne soient pas encore traduits en justice », a souligné Mme Bachelet.

« Ces procédures judiciaires tant attendues - si et quand elles auront réellement lieu - devraient garantir la responsabilité à la fois dans l'intérêt des victimes et renforcer l'Etat de droit dans l'ensemble du pays », a affirmé la Haut-Commissaire.

La sécurité des victimes et des témoins suscite également de graves préoccupations. « Beaucoup de victimes n'ont jamais reçu de traitement adéquat et continuent de souffrir de traumatismes profonds, de stigmatisation et de rejet de la part de leurs communautés. Elles ont néanmoins persisté dans la lutte pour leur droit à la reconnaissance, à la justice, à la vérité et à la réparation», précise le communiqué.

« L’impunité règne depuis trop longtemps en Guinée et empêche les cicatrices des victimes de guérir. La paix et la réconciliation durables ne seront pas atteintes tant que justice et responsabilité ne seront pas maintenues », a déclaré Michelle Bachelet.

 

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