Pour la Russie, les pays occidentaux sont responsables de la fragmentation de la communauté internationale

27 septembre 2019

A la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies, le chef de la diplomatie russe a fustigé vendredi les pays occidentaux pour leur velléité à empêcher l’émergence d’un monde « polycentrique ».

« Bien que la Troisième Guerre Mondiale ait été empêchée grâce à l’ONU, le nombre de conflits sur la planète n’a pas diminué et l’inimitié n’a pas diminué », a déploré le Ministre russe des affaires étrangères, Serguei Lavrov.

Les défis du terrorisme international, du trafic de drogue, du changement climatique, des migrations illégales, et du fossé grandissant entre les riches et les pauvres « sont de plus en plus difficiles à relever » d’année en année, a dit M. Lavrov.

« La fragmentation de la communauté internationale ne fait qu'augmenter. À notre avis, la raison de la situation actuelle réside avant tout dans la réticence des pays qui se sont déclarés vainqueurs de la Guerre froide de tenir compte des intérêts légitimes de tous les autres États, à accepter les réalités du cours objectif de l'histoire », a expliqué le Ministre russe.

Pour Moscou, l’Occident a du mal à supporter l’affaiblissement de « sa domination séculaire des affaires internationales ». « De nouveaux centres de croissance économique et d'influence politique sont apparus et se développent. Sans eux, il est impossible de trouver une solution durable aux défis mondiaux qui ne peuvent être abordés que sur la base solide de la Charte des Nations Unies à travers l’équilibre des intérêts de tous les Etats », a dit M. Lavrov.

La Russie estime que les principaux pays occidentaux tentent d’empêcher le développement d’un monde polycentrique, de retrouver leurs positions privilégiées, d’imposer des normes de conduite basées sur « l'interprétation occidentale étroite d’esprit du libéralisme » par rapport aux autres : « En un mot, ‘nous sommes des libéraux et nous pouvons tout faire’ », a ironisé M. Lavrov.

Dans la poursuite de telles aspirations, l’Occident est moins enclin à rappeler le droit international et s’appuie régulièrement et de façon plus importune sur un « ordre basé sur des règles », a dit le chef de la diplomatie russe.

« L’objectif d’un tel concept est évident : réviser les normes du droit international, qui ne conviennent plus à l’Occident, pour le substituer par des "règles" adaptées à son propre intérêt et élaborées en fonction de l’opportunité politique, et « proclamer l’Occident et seulement l’Occident en tant que source incontestable de légitimité », a dit le Ministre russe des affaires étrangères.

Serguei Lavrov a notamment fustigé les Etats-Unis pour leur attaques contre le droit international, citant le retrait de Washington de l’accord sur le nucléaire iranien et du Traité anti missiles balistiques (ABM) – « qui a détruit le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) avec le soutien écrasant de tous les membres de l’OTAN », et ironisant sur l’« Accord du siècle » promis par les Américains dans le conflit israélo-palestinien et plus largement au Moyen-Orient.

Il a également blâmé les Etats membres de l’OTAN pour leur bombardement de Libye – « en violation flagrante de la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies », rappelant les « répercussions désastreuses » de cette « aventure » sur les pays africains voisins.

Pour la Russie, les principes clés de la Charte des Nations Unies que sont la non-ingérence dans les affaires intérieures et le non-usage de la force ou de la menace de la force, sont également mis à rude épreuve, citant les tentatives de déstabilisation au Venezuela.

« Comme la grande majorité des membres des Nations Unies, la Russie rejette les tentatives de revenir aux ‘règles’ du temps de la doctrine Monroe en Amérique latine, de changer de l’extérieur des régimes dans les États souverains », a dit M. Lavrov, qui a dénoncé les méthodes de chantage militaire, de coercition illégale et de blocus, citant le cas de Cuba, « au mépris des résolutions de l'ONU ».

Le Ministre russe a tenu à souligner que le système d’ordre mondial centré sur les Nations Unies est stable, « en dépit de toutes les épreuves », et dispose d’une grande marge de sécurité. « C'est une sorte de filet de sécurité qui garantit - si la Charte des Nations Unies est respectée - un développement pacifique de l’humanité par la recherche d’un équilibre entre des intérêts parfois plutôt contradictoires de divers pays ».

 

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